La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
ACCUEIL | KABYLIE | CULTURE | MUSIQUE | PHOTOS | FORUM
Actualité
Culture
Femmes
Etudiants

Village de Kabylie

En Kabylie, le mouvement des comités de village semble dans l'impasse

Après 41 jours de jeûne, les six grévistes de la faim ont interrompu leur action : Les six délégués de la coordination des aârchs (comités de village de Kabylie) de Tizi-Ouzou ont interrompu, lundi 13 janvier, leur grève de la faim.

Ils disent estimer nécessaire de mener une "réflexion" avant de reprendre le combat. C'est le 3 décembre 2002 qu'ils avaient entamé leur jeûne pour protester contre leur détention et celle de cinquante autres délégués, qualifiée par eux d'"injuste et arbitraire". Cette action leur avait valu la sympathie et le soutien d'une grande partie de la presse et de personnalités politiques hostiles au pouvoir.

Pour leurs proches et leurs sympathisants, leur décision d'y mettre fin est un soulagement, d'autant que les autorités avaient signifié clairement qu'elles ne céderaient pas.

En début de semaine, le ministre de l'intérieur, Yazid Zerhouni, avait en effet dissipé des rumeurs sur un éventuel élargissement des six grévistes, indiquant que c'était à la justice, et à elle seule, de statuer sur leur sort. Le ministre avait au passage émis des doutes sur la réalité de la grève de la faim des détenus, provoquant du même coup des commentaires acides dans certains journaux francophones.

Le message était en tout cas sans équivoque pour un mouvement qui parvient péniblement à maintenir un semblant de mobilisation. De son côté, le pouvoir assure, ces derniers mois, une présence forte des services de sécurité. Ces derniers répriment systématiquement les manifestations de rue.

LASSITUDE DE LA POPULATION

L'arrêt du mouvement, après quarante et un jours de jeûne, intervient au lendemain de Yennayer, le nouvel an berbère. La journée du 12 janvier devait être celle d'un regain de mobilisation mais elle a, au contraire, confirmé l'érosion de l'enthousiasme. Les foules annoncées par les délégués du mouvement, à Bejaïa et Tizi-Ouzou, pour faire pression sur le pouvoir et réclamer la libération "inconditionnelle" des cinquante délégués en détention préventive n'ont pas été au rendez-vous.

Dimanche, les rues des deux principales villes de la région, fiefs du mouvement citoyen des aârchs, ont vécu Yennayer à l'ordinaire : un impressionnant cordon de sécurité, quelques échauffourées, parfois violentes, entre de jeunes manifestants et des policiers, et des ordres de dispersion qui ont laissé dans leur sillage l'image d'un mouvement épuisé et divisé.

La lassitude de la population avait déjà été mise en évidence par le peu de répondant à l'appel à la "grève générale illimitée", lancé pour le 4 janvier par la coordination des aârchs. Les responsables du mouvement avaient d'ailleurs dû en prendre acte en annonçant, le lendemain, la suspension de cette grève.

Outre une lassitude manifeste de la population et les traces profondes laissées par la confrontation entre le mouvement des aârchs et le Front des forces socialistes (FFS), qui a participé aux élections communales du 10 octobre 2002, le mouvement est piégé par son propre mode de fonctionnement. Des proches d'Ali Benflis, le secrétaire général du Front de libération nationale (FLN) et premier ministre, ont tenté, ces dernières semaines, d'approcher les responsables des aârchs en leur faisant valoir qu'ils avaient engrangé un nombre appréciable de succès, tels que la constitutionnalisation de la langue berbère, le retrait d'une quinzaine de brigades de gendarmerie ou encore l'indemnisation des familles des victimes. En vain ! Le fonctionnement même des aârchs fait que toute velléité de dialogue de la part d'un délégué cataloguerait celui-ci comme traître à la plate-forme d'El-Kseur, décrétée "scellée et non négociable".

La presse et les milieux politiques favorables au mouvement ont salué l'interruption de la grève de la faim des délégués de Tizi-Ouzou comme une "victoire" et parient sur la relance de la contestation. Quant à la "réflexion" souhaitée par les ex-grévistes de la faim, elle se fera sans eux puisqu'ils restent en détention. La coordination des aârchs de Tizi-Ouzou prévoit de tenir le 16 janvier un conclave "extraordinaire"dans la localité de Tizi-Rached.

La crise en Kabylie dure depuis le 18 avril 2001, jour où un lycéen, Massinissa Guermah, a été tué dans la gendarmerie de Beni Douala (120 km à l'est d'Alger).

Le Monde 16/01/2003


FORUMS
Music
Poésie
Tchatche
Rencontres
© Kabylie 2015 | Charte | Recommandez-Nous | Plan | Archives | Contact