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L’avenir de tamazight est dans son officialisation régionale

Mohand Oulhadj Laceb, directeur de l’enseignement et de la recherche au HCA : L’avenir de tamazight est dans son officialisation régionale

A la veille de l’anniversaire de l’élaboration de la plate-forme d’El Kseur, nous avons contacté

M. Laceb Mohand Oulhadj, docteur en science du langage, maître de conférences à l’université de Tizi Ouzou et directeur de l’enseignement et de la recherche au Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA) pour avoir son avis sur la constitutionnalisation de tamazight, l’une des 15 revendications du mouvement citoyen.

L’Actualité : La constitutionnalisation de tamazight est un acte qui ne semble pas satisfaire le mouvement citoyen. Quelle appréciation faites-vous de cette position ?

Mohand Oulhadj Laceb : La constitutionnalisation de tamazight est un aspect positif, mais insuffisant. Il faut être réaliste, la création d’un statut pour cette langue ne sera pas possible tant qu’elle ne revêt pas un caractère national et officiel. Cette officialisation doit se faire au moins au niveau régional.

Pensez-vous que le mouvement citoyen accepterait une officialisation régionale ?

L’avenir de cette langue est dans son officialisation régionale tout en étant dans un Etat unitaire. Il faut penser à un statut futur d’officialité de tamazight, ceci suppose, d’ailleurs, son application par l’Etat. Et pour en arriver là, il faudrait d’ores et déjà mettre les moyens nécessaires.

Est-ce la raison pour laquelle elle n’a pas été officialisée ?

Nous sommes en face d’une situation inhérente à la langue. Il est difficile de répondre de façon pragmatique au statut d’officialité, car cela suppose que l’Etat pourrait l’utiliser dans tous les domaines. Malheureusement, cette langue n’a pas été parfaitement prise en charge. C’est la raison pour laquelle elle enregistre un manque, ce qui peut constituer une entrave quant à son officialisation.

Tamazight est incapable, donc, de répondre à cette officialité ?

Pratiquement, non !

Il est connu que sur l’ensemble du territoire national, seules certaines régions réclament l’officialisation de cette langue. Comment peut-on donc répondre à ce besoin ?

Effectivement, on ne peut pas l’imposer là où elle n’est pas désirée. Néanmoins, on peut lui accorder un statut officiel à l’échelle régionale. Il faut savoir que même sur le plan constitutionnel, l’article 3 (alinéa 10) stipule qu’il faut promouvoir cette langue dans toutes ses variantes. Ce qui peut expliquer le développement de chaque variante locale afin qu’elle prétende arriver à un niveau de langue entière et à part. C’est ainsi qu’on peut traduire ce qui est écrit dans la Constitution à propos de cette langue.

Croyez-vous qu’un référendum aurait permis à cette langue d’avoir un statut meilleur ?

Absolument pas. Ça aurait été une catastrophe. Je pense que l’Etat a trouvé une solution judicieuse. Ce qui a évité, d’ailleurs, de créer un fossé entre les régions.

Quelles sont les mesures qui auraient dû accompagner cette constitutionnalisation ?

Nous attendons depuis plus d’un an déjà les implications qui pourraient mettre en application cette mesure. C'est-à-dire, la création d’organes d’aménagement linguistique, en comparant tamazight avec, à titre d’exemple, la langue française. Cette dernière est standardisée depuis longtemps. Néanmoins, plus d’une quarantaine d’organes sont chargés de sa promotion en plus de l’Académie française.

Le système d’éducation et de communication doit être le vecteur de sa promotion. Cependant, jusqu’à présent, l’enseignement de cette langue n’est que facultatif. C’est devenu presque un moyen de déprécier cette langue aux yeux des élèves.

La dimension de la formation des enseignants de cette langue doit être prise sérieusement en charge.

Tamazight peut-il arriver un jour à se mettre au même niveau que les langues pratiquées en Algérie, à savoir l’arabe et le français ?

Tamazight a le même niveau linguistique que toutes les autres langues. Pour ce qui est du domaine technologique, on ne peut pas demander à une langue longtemps opprimée de posséder un vocabulaire technique, mais il existe des méthodes pour combler ce vide. C’est un instrument structurellement perfectible.

Si cette langue avait été prise en charge dès l’Indépendance, aurait-elle eu un meilleur niveau ?

D’abord on aurait évité beaucoup de dégâts matériels et humains. On aurait eu suffisamment de moyens et de temps pour rattraper ce qui lui manque actuellement en matière technologique et scientifique.

Le ministère de la Culture et de la Communication prévoit la création d’un institut de standardisation de la langue amazighe. Cette structure ne serait-il pas un dédoublement du HCA ?

Depuis 1996, je n’ai pas cessé de réclamer cette institution. Cet organe d’aménagement de la langue est indispensable. La langue arabe dispose de plusieurs structures en plus de l’académie. Il est temps qu’on ait des organes qui se chargent de l’aménagement et du développement de tamazight. L’objectif principal de cet institut est beaucoup plus linguistique et sociolinguistique. S’agissant du rôle du HCA, celui-ci doit continuer dans ses activités visant à promouvoir cette langue. Après huit ans d’existence, on peut éventuellement penser à sa reconfiguration. Le HCA constituerait alors un pôle de soutien et d’orientation pour cette nouvelle institution.

La libération des détenus du mouvement citoyen permettrait sans doute d’apaiser les esprits. Quelle lecture faites-vous de cet évènement ?

Cette mesure aurait dû venir bien avant. Nous en sommes, en tout cas, ravis en attendant d’autres mesures qui se traduiraient sur le terrain, notamment celles relatives aux problèmes que vivent les enseignants de la langue amazighe. Il est extrêmement urgent d’attribuer à ces enseignants des postes pédagogiques au lieu d’un statut d’ouvriers professionnels.

Qu’attendez-vous du gouvernement à propos des problèmes que vous venez de citer ?

Il faudrait des instructions fermes au département de l’Education pour qu’il y ait une consolidation de cet enseignement aussi bien dans les lycées que dans les collèges.

Propos recueillis par Assia Boucetta, www.lactualite-dz.com/


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