La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Le tamazight, une seconde langue officielle pour l'Algérie ?

Le président Bouteflika a - enfin - évoqué cette possibilité après tant d'années au cours desquelles l'enseignement du tamazight a été, plus ou moins ouvertement, banni.

La revendication identitaire a aussi une dimension constitutionnelle qui ne peut être prise en charge que dans le cadre d'une révision constitutionnelle", a annoncé le président Bouteflika, le 30 avril dernier, à la suite de la révolte qui a secoué la Kabylie. Dix jours d'amertume et de sang ont ainsi enfanté une promesse, inattendue, au-delà de la nature radicalement sociale des revendications des manifestants : celle de la reconnaissance de la langue berbère dans la Constitution.

On était ainsi loin du Bouteflika qui jurait, en septembre 1999, que le tamazight ne serait jamais officialisé. Son discours a été un aveu sec de l'insuffisance des dispositions constitutionnelles actuelles, qui définissent l'amazighité comme une "dimension de l'identité nationale" et laissent aux autorités le soin de mesurer sa promotion à l'aune des rapports de force avec le mouvement culturel berbère. Cet aveu pourrait préfigurer la fin d'une phase d'hésitations qui, en septembre 1996, avaient fait rater une grande occasion d'officialiser la langue berbère.

En 1996, lors de la révision de la Constitution entreprise par Liamine Zeroual, les conditions étaient en effet favorables à une résolution définitive de la question identitaire berbère. Beaucoup de chemin avait été parcouru depuis la déclaration titubante de Chadli Bendjedid, qui affirmait, en 1980 : "Nous sommes tous des Berbères arabisés par l'islam." La "grève du cartable" de 1994-1995 était passée par là, lorsque des milliers d'enfants et d'étudiants kabyles avaient déserté les salles de classe.

Le Mouvement culturel berbère (MCB), né des manifestations du printemps 1980, s'était imposé comme une donnée incontournable sur la scène politique. Des centaines de collectifs amazighes agissaient dans la légalité après des années de clandestinité. La population arabophone paraissait suffisamment comprendre les droits culturels de la population kabylophone. Elle était moins sensible à la propagande qui présentait le berbère comme le chemin détourné de l' "invasion culturelle francophone".

Il ne manquait, en fait, que la volonté politique. Au lieu d'opter pour une solution durable de la question amazighe, le pouvoir a préféré entériner d'anciens acquis du MCB, arrachés sous la pression du boycott de l'école par les Kabyles en 1994-1995. Les plus importants de ces acquis étaient l'enseignement du berbère dans les régions berbérophones et la création d'un Haut-Commissariat à l'amazighité (HCA), rattaché à la présidence de la République.

"L'ENFERMEMENT DE LA CAUSE BERBÈRE DANS LE GHETTO KABYLE"
Le pouvoir comptait sur le temps pour faire oublier l'urgence d'un règlement radical de la question berbère. Le HCA était censé symboliser la constance de la préoccupation officielle pour la protection de la culture amazighe. Il se voulait surtout un succédané du MCB et un interlocuteur aussi "raisonnable" que le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), qui lui a fourni l'essentiel de son personnel. Pour le reste, l'introduction du berbère à la télévision et l'enseignement facultatif du tamazight en Kabylie, dans les Aurès et le M'zab devaient parfaire le décor d'une réalité institutionnelle qui devait s'avérer, malheureusement, assez superficielle.

Faute de budgets, mais également en raison de résistances idéologiques de l'administration locale, rien n'a été entrepris pour le sortir de l'enclos folklorique. Les cycles de formation des enseignants se sont révélés insuffisants et souvent expéditifs. Il arrivait même, à en croire la coordination nationale du MCB (l'une des tendances du mouvement, proche du RCD), que les professeurs soient considérés comme des bénévoles et ne soient pas rétribués. Le résultat est une désertion progressive des cours de berbère.

L'objectif supposé de la manoeuvre serait l' "enfermement de la cause berbère dans le ghetto kabyle". Il n'est cependant pas besoin d'excès pour comprendre que la débâcle de l'enseignement du berbère était inscrite dans les limites de la Constitution, dans le refus de reconnaître le tamazight comme deuxième langue de l'Algérie et d'inscrire tout simplement sa promotion au budget de l'Etat. Le pouvoir ne devait mesurer ces limites qu'au bout de dix jours d'émeutes qui auraient pu ébranler l'Algérie.

Reste que l'officialisation explicite du berbère ne dépend pas du seul président. Ses principaux alliés, le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND), pourraient lui opposer la crainte d'un sabordage programmé de l' "identité algérienne", fondée sur une telle prééminence de l'arabité que l'amazighité est réduite à une évocation rituelle de quelques rois berbères d'avant l'ère chrétienne. Les islamistes, fraîchement intégrés à la base idéologique du régime algérien, seraient encore plus difficiles à convaincre. Abdallah Djaballah, président du Mouvement de la réforme nationale, parle déjà d'une énorme manoeuvre de déperdition identitaire.

Ces pesanteurs feront que tout se jouera au niveau de la formulation de la constitutionnalité de la langue berbère. La dichotomie, strictement algérienne, entre langue officielle et langue nationale aura alors des chances de refaire surface et de dominer les débats. Elle n'opposera plus, toutefois, le Front des forces socialistes (FFS) au RCD comme à la fin des années 80, mais "les partis kabyles" aux autres, pour qui l'arabe et l'islam sont le socle principal de l'unité nationale. Il ne sera pas étonnant que les adversaires de l'officialisation du tamazight, avec ce qu'elle implique comme transformations au sein de l'administration ou de l'école, préconisent le statut de "langue nationale", qu'ils définiront comme un statut symbolique, équivalent amélioré des dispositions constitutionnelles actuelles.

C'est entre ces deux voies qu'Abdelaziz Bouteflika devra choisir. Il pourrait se montrer compréhensif envers les ennemis de l'officialisation du berbère. Il satisferait alors une partie de ses alliés, mais reporterait le règlement de la question amazighe d'une autre décennie.

Yassin Temlali , algeria interface

Courrier International
10/05/2001, Numero 549


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