La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Dans "la plus grande nation berbère du monde", Les émeutes en Kabylie ont entraîné des manifestations de soutien au Maroc. Plutôt que de réprimer un mouvement berbère renaissant, Mohammed VI pourrait le canaliser afin de contrer les islamistes.

DEMAIN MAGAZINE (extraits)
Rabat

Non à l'arabité du Maroc !" ont scandé des manifestants dans les rues de Rabat, le 1er mai dernier. Quelques-uns portaient des tee-shirts affirmant (en français) "Je suis berbère" ; d'autres n'ont pas hésité à manifester devant l'ambassade d'Algérie, à Rabat, pour soutenir les Kabyles de ce pays. Y aurait-il eu ce genre de manifestations sans le drame kabyle et ses morts ? Difficile de répondre. Quoi qu'il en soit, le combat des Berbères marocains pour la reconnaissance de leur identité monte lentement en puissance.

C'est en 1967 que naît la première association résolument berbériste, l'Association marocaine de recherches et d'échanges culturels (AMREC). Le groupe d'étudiants et d'enseignants berbères qui fondent l'AMREC évite soigneusement de rajouter le mot "berbère" au nom de l'association. A l'époque, cela aurait été inimaginable.

En 1971 et 1972, les deux coups d'Etat qui ébranlent le régime d'Hassan II et, trois ans plus tard, la récupération par le Maroc du Sahara [occidental], qui devient la "cause nationale" par excellence, font taire les autres revendications. C'est à la fin de cette décennie, que d'anciens militants d'extrême gauche fondent l'association Tamaynut, qui va en peu de temps se structurer pour devenir aujourd'hui, avec 4 500 adhérents, le premier mouvement associatif berbère du Maroc.

En 1979, une obscure commission de la Chambre des députés approuve la création d'un Centre d'études berbères. L'idée en restera au stade des bonnes intentions. Mais qu'importe, le mot est prononcé dans l'enceinte législative. Et, quelques mois plus tard, des militants berbères encouragés par cette brèche créent, à Agadir, la première université sur l'amazighité [berbérité]. Mais, en 1982, le poète Ali Sedki, qui a publié un article sur l'histoire du berbère, est arrêté et condamné à un an de prison. L'AMREC et l'université d'été d'Agadir prennent peur et gèlent, en partie, leurs activités. Et le militantisme berbère entre une nouvelle fois dans un long sommeil, qui ne prendra fin qu'en 1991, quand six associations se réunissent à Agadir et élaborent un projet de charte pour la culture et la langue amazighes. Ce texte demande, entre autres, que le tamazight devienne "langue nationale du Maroc".

Le 1er mai 1994, lors du défilé du 1er-Mai à Er Rachidia, dans le sud-est du pays, des sympathisants de l'association Tilelli, arborent des pancartes en tamazight et crient des slogans hostiles à l'enseignement de l'hébreu dans les universités marocaines - "alors que celui du berbère est ignoré". Les jours suivants, la répression s'abat sur les militants : sept d'entre eux sont arrêtés, jugés et condamnés. En réponse, des réactions en faveur des manifestants d'Er Rachidia se multiplient et, à la fin du mois, les berbéristes défient ouvertement le pouvoir en organisant à Casablanca une conférence sur le thème "Information nationale et tamazight".

Cette tension ne reste pas sans effet. Le Palais laisse faire et, quelques jours avant le discours royal du 20 août [1994], on demande à l'AMREC d'élaborer un document avec des revendications précises. Et, effectivement, lors de son discours, Hassan II fait l'éloge des dialectes berbères et annonce que dorénavant le tamazight sera enseigné dans les écoles primaires. Mais, encore une fois, l'intention, restera lettre morte. Seule la décision de diffuser des journaux télévisés de douze minutes dans les trois dialectes (tarifit pour le Rif, au nord ; tamazight pour le centre-est ; et tachelhit pour le sud) est menée à terme.

C'est à partir de ce moment qu'entre en action Mohamed Chafik, universitaire et académicien du royaume. Chafik, qui a publié deux volumes du premier dictionnaire arabe-tamazight, "prend l'affaire en main". Certains militants berbéristes croient que Chafik n'a pas décidé tout seul d'abandonner une retraite dorée pour un combat incertain et a sûrement été "envoyé" par le Palais pour canaliser les revendications amazighes. Et certains d'affirmer que le "Manifeste" qu'il élabore en mars 2000 et qu'il présente comme "une initiative personnelle" n'est en fait qu'une bulle envoyée par le pouvoir pour tester la réaction de l'opinion publique.

Mais, avant d'arriver à inscrire le tamazight dans la Constitution et de commencer un travail d'unification des dialectes, il faudrait se mettre d'accord avec les autres Berbères de la région : les Kabyles d'Algérie, les derniers Berbères de Tunisie et de Libye, et même d'Egypte. "Certes, dit un militant de Tamaynut, le Maroc est la plus grande nation berbère du monde, mais il ne faut pas que, dans ce cas précis où entrent en jeu une langue et une culture communes, il y ait de l'hégémonie." Les militants amazighs marocains, sont d'accord sur une seule chose : leur combat est "intégrationniste". Une bonne chose pour le pouvoir marocain, qui ne veut pas d'une guéguerre entre berbéristes et "arabistes". Ce qui l'intéresse le plus, c'est de pouvoir compter le jour venu sur une forte composante de la société marocaine qui ne soit pas contre lui, pour contrer une autre composante qui menace, ou menacerait, le vieux système politique marocain : les islamistes.

Thami Afailal

Courrier International
17/05/2001, Numero 550


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