La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Boumerdès : les sinistrées maltraités

Plus d'une quinzaine de familles sinistrées ont été évacuées hier par la force publique de leur camp de toile situé devant la cité Zegna de Réghaïa, 30 km à l'est d'Alger. Ce mercredi 31 décembre 2003, aux environs de 16 h, une escouade de policiers était encore sur place pour appliquer, laisse-t-on entendre, un ordre émanant de leurs supérieurs hiérarchiques. Sitôt arrachées, les tentes sont chargées dans des camions pour les déposer avec tous les objets des sinistrés dans une fourrière située à 100 m du quartier précité.

Révoltés, les pères de familles ciblées s'entendaient hier en fin d'après-midi sur l'action à entreprendre pour faire valoir leur droit. « Alors qu'on attendait l'accélération de l'opération de confortement en béton de nos bâtiments classés, pour la plupart, orange 4 et 3, donc fortement endommagés, ou tout au moins l'obtention de chalets pour recaser temporairement nos enfants, les pouvoirs publics nous jettent à la rue », s'indignent les chefs de familles concernés. « Voilà le cadeau que nous a offert Bouteflika pour ce nouvel an », lance sur un ton d'humour un jeune du quartier. Son vieux père qui n'avait pas le cur à plaisanter nous entraîne dans un immeuble toujours en cours de réhabilitation.

Sur les trois pièces que compte son appartement, où s'entassaient 18 personnes avant le séisme, selon ses dires, deux nécessitent encore une confortement. La tente qu'il avait juste en face sur un terrain vague avec d'autres compagnons de fortune lui avait permis d'abriter, explique-t-il, une bonne partie de sa progéniture pendant plus de sept mois, en dépit des aléas climatiques et autres misères. « Maintenant, on nous jette dehors », gémit-il. Dans l'une des trois pièces du logement de son voisin, des morceaux de fer servant à la consolidation d'un mur fortement détérioré par le cataclysme, sont là depuis plus de deux mois. L'opération de confortement y est toujours au point mort.

Les immeubles d'en face demeurent aussi un immense chantier. « Zerhouni et sa clique nous ont évacués de ces tentes qu'ils ne voulaient pas voir et notre sort ne les intéresse guère », grimace un jeune homme en tournant en dérision la dernière émission télévisuelle de Warrachat El Djazaïr qui prétendait que tout allait pour le mieux du côté des sinistrés. A Réghaïa, l'ordre des priorités n'a pas été respecté par les pouvoirs publics quant au relogement de toutes les familles victimes de la catastrophe naturelle. Au bâtiment 20 de la cité Segna, une famille sinistrée de 11 personnes, dont l'une est handicapée, fut contrainte hier de regagner son immeuble où les ouvriers viennent à peine d'entamer les opérations de confortement.

Vécue par plus d'une quinzaine de familles, cette injustice rappelle celle subie par les infortunés du bâtiment D15, toujours à Réghaïa, depuis trois mois. Ayant refusé de rejoindre les fameux F1 (22 m2) qu'on leur a proposés à Ouled Fayet, ces derniers ont été violemment évacués de leur camp de toile quelques mois avant le Ramadhan 2003. Après trois semaines d'errance entre le cimetière chrétien et le siège de l'APC de Réghaïa, ces chefs de familles furent contraints de louer des masures chez des particuliers. « Mais l'injustice que l'autorité nous fait subir restera gravée dans nos curs éplorés », témoigne Mlle Hendel. Recasés dans des chalets particulièrement à Boumerdès, d'autres sinistrés se sentent abandonnés par les pouvoirs publics.

« Ces baraques s'apparentent à des prisons », s'insurge un quinquagénaire dont la famille est composée de 7 personnes. Dans son logis du site de Figuier II, 3 lits sont superposés pour trois de ses enfants. Un autre passe ses nuits devant les toilettes. Et l'aîné, étudiant à l'université, installe son matelas chaque soir devant la porte de sortie. L'exiguïté d'une telle bicoque ne permet de disposer d'aucun meuble. Plus grave, dans ce site qui compte plus de 200 logis en préfabriqué, on recense plusieurs familles de plus d'une dizaine de membres chacune. Quant l'eau est disponible, se plaint-on encore, il y a des fuites partout. La pression du liquide érode facilement, explique-t-on, cette tuyauterie en plastique.

Certains déplorent le retard flagrant de l'opération de viabilisation du site. Situation plus dramatique au niveau des nouveaux espaces où les responsables locaux se sont empressés tout récemment pour poser ces logis, à l'exemple de la Sablière, Figuier II, Sahel, à mi-chemin entre Boumerdès et El Kerma. Là, les ruelles ne sont pas encore goudronnées. Il n'y a ni eau, ni éclairage public, ni sécurité. Mais on s'inquiète en premier lieu de l'absence d'une école primaire. « Je suis là depuis une semaine et mon fils âgé de 8 ans ne peut rejoindre son ancien établissement du chef-lieu de la wilaya, situé à 2 km de notre site », lancera, la rage au cur, un professeur d'université.

Salim Haddou, le matin


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