La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Le Matin Algérie : Entre faussaires ?

Dans la presse du week-end, un anodin entrefilet nous apprend que Bouteflika aurait récemment consulté le Conseil constitutionnel. Au sujet de quoi s'est-on entretenu ?
Nous n'en saurons rien, et cela suffit à intriguer. Car si en soi l'information n'avait pas à être soulignée par la singularité à l'exemple des Etats de droit et sous des régimes transparents, chez nous elle est vite connotée par le caractère du secret, voire du complot.
Le Matin Algérie

A juste raison, le recours à l'excessive « discrétion » dans les usages républicains fait froncer les sourcils. Et il n'est guère sérieux d'invoquer la « raison d'Etat » pour cacher une démarche qui ne peut que prendre les contours de la manigance.
En la soustrayant aux canaux officiels tout en s'abstenant d'en motiver les raisons, les deux parties (pouvoir politique et instance consultative) se placent solidairement sur le terrain de la connivence coupable au lieu de faire valoir leur indépendance respective.

Sacrifier les saines séparations des missions sur l'autel du secret engage les institutions dans le pire travers qui est celui de déshonorer, par complicité, leurs rôles. Le pouvoir politique qui use de pressions et de subterfuges pour arracher des lectures « favorables et convenables » de la loi fondamentale ; et le Conseil constitutionnel qui ne sait pas résister et incline à fermer les yeux sur les infamies qui se préparent.

Répétons-le donc : bien que ne sachant rien de ce qui s'est dit ou suggéré lors de ces entretiens, le fait de manquer un devoir de rendre obligatoirement publique la substance d'une consultation ne peut que jeter le trouble sur la bonne foi des uns et des autres.

Un conseil soupçonné de sous-traitance de la légalité au profit d'un pouvoir politique, et ce dernier d'irrévérence à l'égard de la Constitution et ses gardiens constituent par hypothèse la trame de ce qui se trame !
Face à ce mutisme concerté, l'unique interrogation ne concerne désormais plus un chef d'Etat au profil bas et dont les promesses n'engagent que les rares badauds qui l'écoutent, mais elle s'adresse à un certain maître Bedjaoui, vigile de la Constitution.
Ainsi par les détours de l'actualité, nous revoilà en train de reparler d'une mystification incarnée dans la fonction de président du Conseil constitutionnel qui, à toutes époques, ne fut que la blanchisserie légale de tous les coups tordus des régimes.

Même ce juriste à la notoriété internationale assise et dont la nomination fut précédée d'un cortège de louanges n'échappera pas au conditionnement moral émanant du pouvoir et ses cercles.
De lui, on affirmait qu'il fut positivement blanchi sous le harnais de la très respectable cour de La Haye et qu'il saurait par conséquent tenir mieux que ses prédécesseurs sa charge d'interprète exclusif et intransigeant de la grande loi. Mais, très tôt, on le découvre sous les oripeaux de scribe travestissant l'esprit de la Constitution afin de plaire et de complaire.

A l'heure de la glorieuse retraite, celle qui donne de la hauteur et de la consistance à une grande carrière, Bedjaoui était donné pour un juriste d'exception définitivement à l'abri des contingences politiciennes et apte en toutes circonstances à épingler les dérives et ne dire que le droit. Hélas, à chaque manifestation, il se révélera à son tour comme l'otage du système politique qui l'a adoubé.

Dans le registre de nos désillusions, ce docteur en droit est, après tant d'autres, celui qui aura désespéré le plus l'opinion. En effet dès son rapatriement politique, il a choisi contre toute attente de se remettre au service des clans. Délivrant des exégèses dûment tronquées pour valider des farces électorales qui n'auraient jamais dû l'être, il démonétisera à tout jamais cette charge déjà mal en point avant lui. Sauf que, par le passé, elle n'était exercée que par des notaires du droit constitutionnel au lieu d'être dévolue à un éminent juriste dont le modèle couramment cité était précisément lui.
La validation de mandats de députés « élus » avec moins de 1 % du corps électoral en Kabylie restera dans les annales de notre démocratie comme l'un de ses chefs-d'uvres d'imposture maquillés par le droit et auxquels il donna l'onction.

Après avoir présidé à la manière de Ponce Pilate la commission nationale pour la présidentielle de 1999 - pluraliste disait-on mais à candidat unique -, il accéda à cette haute fonction où il donna la pleine mesure de ses bonnes dispositions à l'égard du pouvoir en place.

Ainsi chaque fois que sons avis (?) est recueilli pour habiller de la conformité constitutionnelle une initiative douteuse, il obtempérera comme un grand faiseur.
Mais alors qui s'étonnera que dans les semaines qui viennent l'on apprenne que Bouteflika, à l'abri d'une interprétation constitutionnelle taillée sur mesure, ne nous annoncera pas par exemple une dissolution du Parlement et son renouvellement dans les 60 jours légaux puis en toute logique, le renvoi de la présidentielle pour l'automne 2004 ? Juste le temps de se retourner. Rompu aux réaménagements (il faut plutôt écrire : accommodement) des calendriers politiques, il aura alors le secours de la loi fondamentale et surtout du grand gourou délivrant des sentences.
On oublie parfois que même les despotes ont besoin de la respectabilité de la loi et de l'imagination des faussaires pour donner le change.

source : Le Matin


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