La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Les Kabyles ont fait un rêve

Les Kabyles de Suisse réunis samedi à Bulle ont célébré les 23 ans du Printemps berbère. Ils ont rêvé éveillés d’une Algérie pacifiée et d’une culture kabyle reconnue officiellement. Notre abécédaire raccourci vous en donne un aperçu, avec des haltes à C comme Couscous et à Z comme Zidane.

Un couscous pour plus d’une centaine de personnes a mijoté samedi à Bulle

Rachid, Nordine, Salah, Tassadit, Hendane et bien d’autres. En tout 130 personnes étaient réunies, samedi à Bulle dans la salle des ateliers Clos-Fleuri, à l’invitation de l’Association des Kabyles de Suisse (AKS). Elles y ont célébré le 23e anniversaire du Printemps berbère, mouvement populaire pour la reconnaissance de la culture berbère réprimé par le pouvoir algérien en avril 1980 (voir La Gruyère du 17 avril).
Certains sont musulmans, d’autres chrétiens, mais la plupart ne pratiquent pas. Ce n’est donc pas la religion qui unit ces Algériens. Ils partagent en réalité la même culture, qui s’exprime par une langue spécifique, un refus constant de la soumission et une littérature singulière.

«Notre identité est niée»

Autre trait commun, c’est une évidence, le fait d’avoir quitté leur pays d’origine. Motif: il y règne un conflit plus ou moins larvé avec les dirigeants algériens qui refusent de reconnaître l’identité berbère et lui préfèrent une politique d’arabisation.
«Notre identité kabyle y est niée, on tente sans cesse de nous imposer la culture arabe et la religion musulmane», témoigne cette jeune femme de 24 ans prénommée Tassadit. Installée en Valais avec son mari, elle porte en ce jour anniversaire le costume traditionnel, haut en couleur avec ses rayures orange, rouges et jaunes. Elle a si peu le type nord-africain qu’à son arrivée les organisateurs s’étonnent de voir une Suissesse porter une telle tenue. Avant de saisir leur méprise en l’entendant s’exprimer dans un kabyle parfait!
En Suisse depuis cinq ans, Tassadit avoue n’avoir pas souvent l’occasion de se vêtir ainsi. «L’ambiance de la fête et de la danse traditionnelle me manque un peu», confie-t-elle. Comme ses voisins, sauf ses deux enfants en bas âge, cette mère de famille parle plusieurs langues: kabyle, arabe, français. Et sa licence d’anglais l’autorise à donner des cours…
Si les Kabyles ont fait le détour de Bulle, c’est à Rachid Meghezi qu’ils le doivent. Cet habitant de Morlon, en Gruyère depuis 1999 après avoir vécu durant cinq ans à Genève, a connu la trajectoire d’un clandestin, entre son départ d’Algérie à 28 ans, en 1993, et ces derniers mois. L’asile lui a été refusé et l’ordre de renvoi finalement donné.
Sa vie a failli basculer le 14 février 2002: trois policiers l’embarquent, direction l’aéroport de Genève. C’est au pied de l’avion que son amie, française, retourne la situation à l’aide d’avocats. «Une semaine plus tard, nous étions mariés», raconte cet installateur sanitaire de formation, qui a depuis lors reçu son permis B. «Je me rappellerai toute ma vie cette Saint-Valentin. Comme j’ai été libéré dans l’après-midi, nous avons pu aller dîner aux chandelles là où nous avions réservé.»
Chrétien comme Rachid, le président de l’AKS, Salah Ouadahi, a connu les brimades: «J’ai été menacé, 67 de mes amis ont été tués», s’emporte ce quinquagénaire à la langue bien pendue. Normal, ce «Lausannois» a travaillé par le passé comme journaliste de radio.
Arrive Nordine, anesthésiste à l’hôpital de Riaz. Lui est plus posé. L’Algérie, qu’il a fuie en 1998? Un pays synonyme, à ses yeux, de liberté entravée, d’injustice, de régime militaire. A 44 ans, marié et père de deux enfants, l’homme vante sa terre d’accueil helvétique, pacifique, respectueuse des lois et riche de quatre langues nationales et d’autant de cultures différentes. Et Nordine de se prendre à rêver d’une officialisation de la culture kabyle en Algérie.

Calendrier propre

C’est d’ailleurs à cela que ressemble la réunion de l’AKS fondée il y a un an. Un rêve éveillé, d’une Algérie pacifiée, délivrée des discriminations que subissent les Kabyles. Chaque participant y a de la famille, et se tient donc au courant par les journaux et par internet.
C’est la première fois que l’association, forte d’un listing de 230 adresses, commémore le Printemps berbère. Auparavant, elle avait réuni son monde pour fêter le jour de l’an à Neuchâtel. L’occasion de préciser qu’il existe un calendrier berbère, même s’il n’est pas vraiment utilisé. Nous sommes en 2953!

Sébastien Julan, http://www.lagruyere.ch


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