La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Béjaia : Clochardisation du parc national de Gouraya

S'étalant sur une superficie de 2080 ha, baigné par une douzaine de kilomètres de côte, le Parc national de Gouraya (PNG) à Béjaia, grande réserve locale de la biosphère, recèle en son sein sites historiques d'une richesse archéologique et émotionnelle inestimables et endroits pittoresques inégalables, que tout visiteur de Byaget se doit au moins une fois visiter.

LE triptyque ciel, mer, montagne est un régal pour tous les sens et un ravissement dont on se lasse jamais. "Après avoir créé le ciel, la terre, la mer, Dieu a pensé à peupler ce jardin immense et merveilleux dont la similitude avec l'Eden est grande. C'est ainsi qu'il emplit la forêt d'espèces rares, singes magots et porc-épics d'oiseaux, canard calvert, foulque, aigle de bonelle, chouette et d'un curieux bipêche bien sage en cette épopée lointaine. "Cette version remaniée de la genèse aurait très bien pu concerner le PNG tel qu'il était à l'origine, celui dont la luxuriance de la flore et la richesse de la faune, le fameux lion de l'Atlas, sont parvenus jusqu'à nous par le truchement des contes et légendes que nos grands-mères nous narraient théâtralement les soirs de froid au coin du feu. C'était bien avant l'apparition de l'étrange lucarne qui débite sons et images, mettant un frein brutal au merveilleux, au féerique de la tradition orale. Longtemps le bipède se tint coi, vivant en harmonie avec la nature qui l'inondait de ses bienfaits.

Puis sombrant peu à peu dans une aliénation progressive, une folie destructrice, en rage qu'il n'a même pas tenté de contenir, il a commencé à s'en prendre à la nature, détruisant forêts et bois sous prétexte de défrichage et d'espace vital, massacrant animaux et oiseaux les tenant pour responsables de toutes les déprédations et au passage, sans avoir l'air de rien, s'attaquer à son prochain. Les agressions contre la nature se firent au fil du temps plus nettes, plus incisives, plus destructrices. Trouvant sans doute que cognées et scies ne vont pas assez vite, il donna libre cours à la pyromanie et ailleurs des incendies un peu partout. C'est plus net, plus rapide. Chaque année le tribut payé aux incendies est effarant car c'est des centaines d'hectares qui partent en fumée poussant sa logique destructrice jusqu'au bout, il s'est mis à jeter ordures, déchets, et gravats un peu partout et notamment en bordure du parc national de Gouraya, parfois à l'intérieur même. L'écologie, il n'en a cure ! Le cauchemar ne fait que commencer et le sac noir, terreur et ennemi n°1 des "Verts" jonche désormais le sol du PNG.

Si la nature a son propre système de voirie, de destruction de ses propres déchets, elle demeure impuissante face aux saletés humaines. Et pour parachever "son grand œuvre", l'œuvre de toute une vie, l'homme n'a pas trouvé d'endroit plus propice à l'installation d'une décharge que le PNG . Il y a même une autre de prévue toujours dans la même enceinte ! Sans que cela n'émeuve grand monde, l'écologie étant toujours perçue comme un "truc de pays riches". Autre phénomène qui a pris des proportions incommensurables, l'amour fouffé, en plein air derrière chaque fourré, chaque arbre ou sur la banquette d'un fourgon. Les péripatéticiennes, et ce n'est un secret pour personne ont opté pour ce parc vaste tranquille pour monnayer leurs chansons. Et l'amateur des plaisirs fugaces, que la crainte d'être surpris émoustille, n'aura même pas à s'acquitter du prix d'une chambre d'hôtel. A Bgayet on ferme l'unique maison close de la ville, pourtant déclarée d'utilité publique et on tolère un énorme lupanar à ciel ouvert. Ne pouvant absolument pas éradiquer, ni même limiter, d'autres ont essayé en vain avant nous, la prostitution qui passe pour le plus vieux métier du monde, il serait peut-être plus judicieux de lancer un large débat de société, non pas pour discuter de son utilité ou pas, l'heure n'étant pas aux justifications de ce qui est apodictique, mais plutôt pour s'attaquer aux racines du mal pour pieux le contrôler et peut être le limiter. Non messieurs si vous voulez encore une fois parler de prix à payer pour la paix sociale, vous vous fourvoyez complètement ! Le spectre du sida est là, et vous le savez mieux que quiconque, Comme vous savez que le condor n'est pas entré encore dans nos mœurs sexuelles !

Quel Ramadhan pour les ex-squatteurs Ils, les ex-squatteurs ont froid et faim. Froid au corps et au cœur. Leur quotidien se limite à faire le pied de grue devant les administrations où travaillent les gros pontes qui dirigent la ville et qui en public se disent compatissants et sensibles à leurs conditions infrahumaines, caressant, entre deux bouffées d'angoisse entrecoupées d'un chouiya d'envie d'en finir, l'espoir bien incertain d'être reçu dans ces citadelles, réputées inexpugnables et qui bien souvent tiennent portes closes, et les nuits glaciales d'un noir d'encre sous un ciel menaçant à guetter la moindre ondée à surveiller le niveau de l'Oued Soummam et à rapetasser les abris fragiles, mis à mal à la moindre petite brise, qui abritent femmes et enfants. Abris faits de couvertures, de sacs -poubelles, ouverts et servant de toitures à ces tentes de fortune pour des gens sans fortune, dans appuis et qui sérieusement remettent en cause, face à tant de froideur, d'indifférence leur nature humaine.

Et puis ces regards, ceux des autres, de tous les autres, terribles et difficilement soutenables, ils ne peuvent les affronter que dans l'anonymat de la foule. Et encore, car il se trouve toujours quelqu'un pour les reconnaître et les montrer du doigt. Après une canicule exceptionnelle, une rentrée scolaire qui n'a pas eu lieu, des promesses, toujours des promesses, rien que des promesses, le pire reste à venir. Le camp qui les abrite, situé en contrebas de la voie ferrée est en pleine zone marécageuse et connaissant les crues capricieuses de la Soummam, il y a fort à parier que dès les premières grosses pluies, toute la zone sera inondée et submergée par des ondes jaunâtres, visqueuses, répandant des émanations pestilentielles, des miasmes. C'est ce qui s'appelle avoir "les pieds dans l'eau". Mais trêve d'humour noire continuons à dérouler le film de la descente aux enfers de centaines de citoyens. Le wali, dans un point de presse, a pris l'engagement de reloger les plus méritants parmi ces SDF. Puis 2000 ans après Ponce Pilate renouvelant un geste passé depuis à la postérité : se laver les mains, l'entier dossier a été confié à l'APC qui souffle le chaud et le froid promettant un jour de se pencher sur ce problème.

Histoire sans doute de maintenir le statu quo tout en laissant une place à un espoir bien infime. C'est vrai qu'il est plus aisé et plus profitable de dérouler le tapis rouge devant des visiteurs étrangers qu'au final ne rapportent rien qui soit visible et tangible par la population que de prendre en charge une poignée de citoyens. Pendant ce temps au camp, les femmes se disent non concernées par le Ramadhan, les enfants pieds nus errent à travers ronces et buissons, rêvant d'une salle de classe bien chauffée et les pères, de guerre lasse évoquent les yeux brûlants d'une détermination emprunte d'effort et sans faille la possibilité d'en finir avec une vie de chien. Cette idée extrême qui donne froid dans le dos risque si l'on n'y prend garde et si l'on continue à opposer à la détresse de centaines d'hommes mépris et rejet de finir de manière catastrophique : un suicide collectif, une solution à la "Jones" qui un jour pour 'd'autres mobiles, a "aidé" toute une communauté à passer de vie à trépas. Cela s'est passé en Cayane. Cela risque de se reproduire à Bgayet !

La zalabia, cet obscur objet de désir Question à un douro : quelle est cette friandise qui est totalement ignorée onze mois sur douze, que personne ne s'avise à acheter, dont beucoup ognorent jusqu'à l'existence hors Ramadhan et qui l'espace d'un mois voit sa cote s'élever vers les sommets et devenir la confiserie culte, l'objet de toutes les convoisites et de toutes les gourmandises. Proclamée reine de la meïda, reléguant les autres délices du palais au rang de vétilles, la zalabia trône à la place d'honneur.

Brune ou orange, ocre ou jaune, en bâtonnets accolés au individuels, doigts de la marriée crénelés ou ovale tendre ou croustillante, elle dame largement le pion aux autres confiseries telles que baklawa, kalb-ellouz (sans amandes, kalb kawkaw serait plus approprié)… Certains font même dans l'innovation et s'essaient à faire des mélanges pour le moins curieux en y ajoutant, quelle hérésie, du chocolat noir, le résultat est… du plus mauvais goût. Ce commerce, jadis réservé à une corporation, est devenu l'apanage des commerçants-caméléons, peu regardants sur la qualité de leurs produits et guidés uniquement par l'appât du gain immédiat. Il vendait de la zlabia pendant le carême, des vêtements lors des fêtes, de la pastèque en été, de la sardine dans les villages, des sandwiches à la plage, leur "nif" à l'occasion et leur mère s'il le faut.

Le Tunisien de jadis est en voie de disparition, ne pouvant lutter à armes égales avec la cohorte des pseudo-confiseries. Ne lui restent fidèles que les gourmets adeptes, du "peu, mais bien", les citadins détenteurs d'un certain art de vivre à la bougiote, espèce malheureusement en voie de disparition. Cet art jalousement gardé qui était transmis de mère en fille, selon une lignée matriarcale, ne se fait presque plus pour cause d'acquisition de nouveaux standards de vie, véhiculés par les médias dont le matraquage systématique et répétitif finit par avoir raison du plus tenace des conservateurs. Au plat mitonné à feu doux, on préfère la pizza avalée sur le pouce. Au grand dam des vénérables anciennes gardiennes de la tradition qui assistent impuissantes à l'écoulement de tout un peu de civilisation qui a su tirer la substantifique moelle de celles des autres, sans toutefois se réunir et qui résiste jusqu'à nos jours à toutes sortes d'agressions culturelles. La moins virulente n'étant pas celle venue du pays des pharaons.

Notre zalabia résiste tant bien que mal contre vent et marées. Désirée fortement, stimulant jusqu'à l'excès les glandes salivaires pendant la journée, donnant parfois des pics de fièvre qui ne retombent qu'à l'appel du muezzin, la zalabia redevient alors un objet inerte anodin qui ne suscite aucune envie particulière. C'est à peine, si au cours des longues veillées ramadhanesques on y goûte, sur le bout des lèvres. Ah, gourmandise quand tu nous tiens ! Le lendemain, les enfants ayant pris soin de n'en laisser aucune miette léchant même le sucre liquide qui tapisse le fond du plat, "bis repetitas" et pas de retour au bercail sans le sachet de zalabia. La ruée vers cette mignardise s'estompe quelque peu vers la fin du carême pour disparaître pour de bon le premier jour de l'Aïd. Rendez-vous est pris pour l'année prochaine.

La petite gazette ou l'actualité du Hitte Le temps est à la grisaille et la crête de Gouraya, là où se trouve le temple, baigne dans un tissu nuageux vaporeux, ouaté, évanésant. Les oiseaux volent bas annonçant l'imminence d'un gros frein. Sur le port, les marins et autres gens de mer s'affairent à mettre à l'abri embarcations, filets… Il n'est pas question en effet de faire une sortie par ce temps d'apocalypse où pas un esquif ne résisterait à la force des vents, à la furie des éléments. Le décor en haute mer, à en croire les marins est dantesque, tout en démesure… La fièvre du Ramadhan et la frénésie des achats ne sont guère retombées. Comme mus par une espèce de besoin viscéral, de rage à dépenser les jeûneurs et les autres les non jeûneurs, surtout eux, pillent et dévalisent tout ce qui s'offre à la vente.

C'est de véritables déferlantes humaines dont il s'agit, qui prennent d'assaut boutiques et étals, magasins et échoppes, prises dans le tourbillon de la gourmandise et de l'envie, soucieuses de rattraper vaille que vaille le temps des vaches maigres, des repas bien légers et des sacrifices non pas librement consentis mais imposés tout au long de l'année par une conjoncture difficile et un pouvoir d'achat qui s'effiloche de jour en jour. Le Ramadhan ou mois de la grosse bouffe ; c'est en quelque sorte le mois du rattrapage et de la revanche sur les privations. C'est aussi celui où la solidarité s'exprime le moins, car hormis les quelques restos Erahma ouverts et financés certains pardes particuliers, d'autres par les autorités et l'action traditionnelle du Croissant rouge, les familles qui ouvrent leurs portes à l'étranger de passage ou partagent avec le voisin démuni ne sont pas légion. Et dire que la plus grande partie des victuailles, une fois la fringale bien maîtrisée finissent immanquablement par atterrir dans les poubelles. Triste Ramadhan. Tristes gens, sans repères, ni morale et en proie à un égoïsme féroce.

Un semblant d'animation règne à Bgayet en ce Ramadhan. Juste après le f'tour, les hommes, la chorba expédiée en deux temps trois mouvements sortent pour la première tasse de café et la première clope, celle qui donne le tournis.Les café peu à peu se remplissent de gens bien vite regaillardie. On ne reconnaît plus ces êtres hagards les épaules vantées et qui se traînent comme des âmes en peine, évitant de se croiser, de se parler par peur de malentendus ou de propos bien souvent mal interprétés de nature à soulever palabres disputes et à échauffer des esprits déjà bien difficiles à brider et à contenir. La diète forcée, le manque de caféine et de nicotine, ce cocktail détonnant, contribuent à rendre le Bgayetti plus irracible que de coutume, facilement irritable et les nerfs à fleur de peau, prêt à déverser son fiel sur le premier venu ou à faire carrément le coup de poing.

Curieux tout de même les comportements pendant le Ramadhan ! Outre les cafés, les lieux de culte ne désemplissent pas pour les prières du Tarawih. C'est le moment privilégié pour les ouailles ; surtout ceux qui n'ont pour passion que la récolte et la collection des hassanates. Il existe aussi à travers la ville d'autres endroits, aux antipodes des lieux de culte pour les pratiques qui s'y déroulent : ceux sont les lieux où l'on s'adonne à un jeu qui, invariablement, chaque Ramadhan draine des foules énormes d'amateurs, d'amateurs des jeux de hasard, le loto ici en l'occurrence. Ça peut rapporter gros, paraît-il, surtout aux organisateurs. Quoique taxé de jeu clandestin, les autorités ferment les yeux et laissent faire. S'il y en a parmi les censeurs de la cité, les gardiens du Temple qui rappellent parfois bruyamment que ce jeu est "Haram", illicite surtout en plein mois sacré, les amateurs se moquent éperdument de ces Ukases et laissent dire, tant occupés à assouvir une une véritable passion. Qu'importent les flammes de la Guehène dont on les menace. L'important est qu'ils prennent leur pied.

Et puis, c'est leur choix. Et il est respectable ! Entre les deux, la maison de Dieu et les tripots de satan, c'est généralement la coexistence pacifique. Ça a toujours été ainsi et ce n'est pas une poignée de zélateurs souvent incultes qui va changer quoi que ce soit à ce mode de vie séculaire, où la tolérance et la liberté individuelle ou libre arbitre tiennent une place de tout premier plan. Quant à la culture, elle se limite généralement à l'organisation de quelques galas, sans grand intérêt au demeurant. Et ce n'est pas thérapie de cheval appliquée à intervalles réguliers à ce secteur par le changement de quelques têtes dirigeantes qui va mettre fin au marasme et à l'indigence qui touche à la "nourriture de l'esprit. Il ne serait d'ailleurs pas judicieux, ni dans l'intérêt de certains d'encourager la créativité et l'éclosion des énergies et du génie populaire. Un homme qui va au théâtre, se pose inévitablement des questions. Et un homme qui se pose des questions ne peut être que dangereux. Alors, il serait de fort bon aloi de laisser les choses en l'état.

Oui à la culture, mais celle des patates. En somme, sois bête et tais-toi ! Ça, nous l'avons compris au Hitte où la plupart du temps les discussions demeurent oiseuses et les propos échangés pareils à l'épée de Charlemagne, c'est-à-dire, longs et plats. Franchement, ça ne vole pas bien haut. Mais, détrompez-vous, tant est suggéré ; tout est fait pour entretenir l'état de sous-humanité dans lequel les âmes bien nées et bien pensantes nous confinent. On donne de nous l'image que l'on veut bien qu'ils aient de nous, leur faisant accroire que nous la la c..., on fait bon ménage. En réalité, en fonctionne en "underground" et rien n'affleure à la surface, rien qui laisse deviner qu'on a une culture, des désirs, des hobbies, des joies, des peines ; en un mot, qu'on est pareils aux autres. Jusqu'au jour où certains l'apprendront à leur dépens.

Et alors, il sera trop tard ! Dda Hammou, l'inénarrable, le truculent, l'homme aux mille et une frasques, à l'inimitable faconde, le roi du calembour, le prince du Vaudeville, le docteur Honaris de Causa de tous les Hittes de Bgayet, le représentant kabyle aux rencontres du type, l'homme qui a pris langue avec ceux d'autres espace et qui tutire Mollahs et Centauriens et qui taquine comme pas un la dive bouteille s'apprête à prendre congé du Hitte et du quartier. Pas pour toujours car que serions-nous sans lui ? Mais, pour la durée du carême. C'est une tradition à laquelle il sacrifie volontiers chaque année à pareille époque. Ne pouvant se passe de chopine pour cause d'alcoolisme avancé et cultivant tact et délicatesse à faire parler d'envie bien de grands de ce monde portant chapeaux melon et particules, il préfère s'exiler et aller cuver son vin ailleurs à l'abri des regards inquisiteurs, bêtes et méchants. Où ? Mystère et boule de gomme. Adieu Dda Hammou, ou plutôt à plus. Au premier jour de l'aïd. Il aura comme d'habitude droit à son triomphe et à sa fête et tout le monde fera la ribouldingue. Reviens mais vite Dda Hammou. J'en vois qui furtivement écrasent une larme... A la prochaine, si vous le voulez bien.

M. R. de la LA DÉPÊCHE DE KABYLIE


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