La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Washington arbitre du scrutin algérien

Les Américains peuvent se targuer d'être entendus par Alger : dans une lettre adressée à George W. Bush, Abdelaziz Bouteflika s'est engagé mercredi à «user de toute (son) autorité pour assurer au prochain scrutin (présidentiel) toutes les garanties de transparence», y compris en «faisant appel à des observateurs internationaux». Cette déclaration survient moins d'une semaine après une visite à Alger de l'Américain Lorne Craner, qui a passablement inquiété les autorités algériennes persuadées jusqu'ici que le 11 septembre 2001 et le pétrole avaient solidement scellé leur «amitié» avec Washington.

Or le secrétaire d'Etat adjoint chargé des droits de l'homme ne s'est pas contenté de rencontrer pendant près de trois heures les responsables de la Ligue de défense des droits de l'homme au siège même de cette association, et de leur affirmer : «Nous allons vous aider concrètement et diplomatiquement.» Il a aussi plaidé en faveur d'élections «libres et honnêtes» et de la levée de l'état d'urgence, constatant que «les normes démocratiques en Algérie sont en deçà de ce qui est attendu». Un pas que l'Europe en général, et la France en particulier, n'ont jamais osé franchir. Et Lorne Craner de conclure, oubliant les louanges auxquelles Washington a habitué Alger depuis le 11 septembre : «La stabilité et la démocratie vont de pair.»

La célérité du président algérien à répondre aux critiques américaines ­ en se gardant de fournir la moindre précision sur le nombre d'observateurs envisagé ­ n'est évidemment pas innocente. En effet, Abdelaziz Bouteflika espère faire d'une pierre deux coups au moment où sa candidature à la présidentielle d'avril déchire la nomenklatura. Il entend d'abord couper l'herbe sous le pied de ses concurrents, d'autant que les analyses de ces derniers ont été jugées «cohérentes» par Lorne Craner. Il s'agit ensuite pour le président algérien de convaincre Washington de sa bonne foi démocratique et donc du fait qu'il est le «meilleur» candidat. Il y a à cela une raison majeure : l'adoubement des Américains, comme celui des Français, reste le principal argument susceptible d'empêcher les généraux de s'opposer à son second mandat, à commencer par le très influent chef d'état-major, Mohamed Lamari. Bouteflika espère enfin que la présence d'observateurs internationaux ­ qui sera fatalement limitée vu le délai très court avant le scrutin ­ servira surtout à tenir loin des opérations de vote un haut commandement militaire qui se saura sous surveillance.

Dans cette course au soutien des Etats-Unis ­ qui affirment n'appuyer personne ­, la haute hiérarchie de l'armée a préféré riposter sur un autre terrain qu'elle sait particulièrement sensible du côté de Washington : celui de la lutte contre le terrorisme international. Depuis quelques jours, l'armée fait ainsi grand bruit autour de la saisie à l'extrême sud du pays d'importantes quantités d'armements qui auraient été achetés par des terroristes «liés à Al-Qaeda grâce à la rançon versée par les Allemands pour récupérer leurs otages» enlevés l'an dernier dans le Sahara algérien. Et, pour faire bonne mesure, Bouteflika est rendu «responsable du versement» de cette rançon...

Une manière de signifier aux Américains que l'armée demeure au final le seul «vrai» rempart contre l'infiltration des terroristes de tout poil, non seulement en Algérie, mais dans tout le Sahel. Ces grandes manoeuvres ­ qui laissent de glace des Algériens confrontés à des conditions de vie de plus en plus difficiles ­ semblent n'en être qu'à leur début. A en croire la rumeur, Abdelaziz Bouteflika officialiserait sa candidature au cours du week-end.

Par José GARÇON, Libération


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