La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Bouteflika président-candidat

Abdelaziz Bouteflika aura attendu l'extrême limite légale pour rendre public un secret de polichinelle qui déchire la nomenklatura algérienne depuis de longs mois : son intention de se succéder à lui-même. Ultime mise en scène : ce n'est pas le chef de l'Etat qui a annoncé, hier, sa candidature mais une «commission d'organisation de la cérémonie officielle». En précisant que le Président le ferait en personne, dimanche, dans un grand hôtel d'Alger.

Promesses. Ce dernier avait une bonne raison de se «découvrir» le plus tard possible ­ moins de deux mois avant la présidentielle du 8 avril ­ : mettre à la disposition du candidat Bouteflika tous les moyens du président Bouteflika. Et donc de l'Etat. Le moins qu'on puisse dire est qu'il ne s'en est pas privé. Depuis sept mois, il squatte littéralement la télévision nationale, qui le montre à longueur d'antenne sillonnant le pays en promettant tout à tout le monde. Y compris des prêts importants aux fonctionnaires ou des aides à la construction qui seront effectives... après l'élection ! Il s'est aussi assuré du soutien de deux bureaucraties du système : l'Organisation des moudjahidin (combattants de la guerre d'indépendance) et l'ex-syndicat unique, l'UGTA. Enfin, il s'est rapproché, dans le plus pur style médiéval, de toutes les zaouïas ­ confréries religieuses. «Cette mainmise du clan présidentiel constitue d'ores et déjà une fraude généralisée et massive», résume Ali Benflis, l'un de ses principaux rivaux, et «patron» du FLN, l'ex-parti unique qui s'est aussi déchiré sur cette affaire.

Une situation aux antipodes de celle qui avait vu l'intronisation de Bouteflika par l'armée, en 1999. A l'époque, la haute hiérarchie militaire l'avait imposé, persuadée qu'il serait ­ comme l'a affirmé le général Nezzar ­ «le meilleur contre-feu diplomatique» pour cette armée qui a besoin de faire oublier ses exactions contre les civils pendant une décennie d'affrontements avec les groupes armés islamistes.

Quatre ans plus tard, le (fragile) consensus interne des «décideurs» militaires et, partant, du sérail tout entier a volé en éclats. Dynamité par la volonté de Bouteflika de s'emparer de tous les leviers de commande, y compris en exerçant un chantage sur l'impunité qui obsède les généraux. Ces derniers, confrontés à un autocrate imprévisible, craignent en effet que, réélu, il brandisse encore cette arme pour les contraindre à la retraite ou pour limiter drastiquement leurs prérogatives.

Les «décideurs» militaires ont donc tout fait pour le dissuader de se représenter. En vain. Lentement mais sûrement, Bouteflika a placé ses hommes aux postes clés et il contrôle une institution décisive pour l'organisation et le dépouillement d'un scrutin : le ministère de l'Intérieur, grâce à Yazid Zerhouni, actuel détenteur de ce portefeuille, mais surtout un homme de réseaux pour avoir été, des années durant, le «numéro deux» de la toute puissante Sécurité militaire, la police politique du régime.

Régionalisme. «Après les démissions forcées de Chadli Bendjedid et Liamine Zeroual et l'assassinat de Boudiaf, les généraux ne peuvent se permettre un nouveau coup de force contre un Président, commente un homme d'affaires algérois. Cela a fini de renforcer le chef de l'Etat.» D'autant que jusqu'ici seul le très influent chef d'état-major Mohammed Lamari s'est ouvertement opposé à Bouteflika, tandis que le non moins influent «patron» des services secrets, le général Médiène, se contente d'envoyer des messages à des personnalités pour les inciter à se présenter... «Deux candidats à l'Ouest, deux à l'Est, un au Sud, on tente de fragmenter son électorat en jouant sur le régionalisme», remarque un économiste.

Les généraux semblent en fait avoir plusieurs scénarios pour tenter d'empêcher Bouteflika de se succéder à lui-même. Sans trop d'illusions toutefois. Le retrait successif de deux de ses adversaires, l'ancien Premier ministre Mouloud Hamrouche et l'ex-général Rachid Benyelles, montre qu'ils sont de plus en plus nombreux à se lasser de jouer les figurants.

Pour les généraux, il s'agit donc avant tout de l'empêcher d'être élu au premier tour. Et de lui en imposer un second dont le mot d'ordre serait : «Tous contre Boutef». Mais la manoeuvre n'est pas garantie. Nombreux sont ceux qui pensent que Bouteflika a les moyens d'être réélu. «On va assister à un équilibre de la terreur entre ministère de l'Intérieur et armée, qui disposeront tous deux des vrais résultats», remarque un connaisseur du système.

En cas de victoire proclamée de Bouteflika, tout se jouerait au lendemain du scrutin, dans ce pays où les affrontements entre clans se règlent souvent dans la rue. La situation explosive en Kabylie peut évidemment donner lieu à toutes les manipulations susceptibles de bouleverser le scrutin. A moins que les généraux ne laissent ­ poussent ? ­ Bouteflika tricher avec tant d'impudence que les Algériens descendent dans la rue au lendemain de sa réélection. C'est le scénario préféré des partisans de son adversaire, Ali Benflis. Quant aux Algériens, leur point de vue est clair : officiellement, moins de 40 % de participation, à peine 30%, officieusement.

Par José GARÇON, Libération


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