La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Bouteflika a-t-il vraiment compris le message ?

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika s'est déclaré favorable au dialogue, à condition que le document élaboré par le mouvement citoyen " ne porte pas atteinte à l'unité du peuple " et à " l'intégrité de l'Algérie éternelle ".

Il aura fallu plus de deux années pour que le président Bouteflika et son gouvernement sortent, plus ou moins, de leur politique répressive envers le mouvement citoyen de Kabylie et invitent ses représentants à la table des négociations sur la plate-forme revendicative, élaborée à l'issue des émeutes qui ont ensanglanté la région au printemps 2001. Cent vingt-trois personnes, essentiellement des jeunes, sont mortes, tuées par des balles de la gendarmerie nationale. Des centaines d'autres ont été blessées, certaines amputées d'une jambe ou d'un bras. Dans de nombreux villages ou villes de Kabylie, des stèles ont été dressées afin d'honorer ces victimes du " printemps noir ", assassinées pour avoir " osé " défier " le pouvoir mafieux ". En première ligne de la contestation, les jeunes se sont insurgés contre la " hogra ", ce mépris, cet arbitraire affiché par le régime et contre la violation des lois et des droits des populations.

Deux ans durant, des actions se sont succédé (marches, sit-in, grèves générales, boycott des élections législatives et municipales). Une longue et exceptionnelle mobilisation que les autorités algériennes ont cantonnée dans la seule région de Kabylie. Craignant en effet une contagion dans l'ensemble du pays, elles ont interdit aux manifestants d'entrer dans la capitale (1). D'autant que la plate-forme, " scellée et non négociable ", selon ses initiateurs, constitue un véritable projet de société pour cette Algérie engluée dans une crise politique, qui ressemble à celle précédant l'avènement du Front islamique du salut (FIS) sur la scène publique. Le mouvement citoyen est ainsi né pour donner du sens à la colère et à la révolte. Au-delà de la jeunesse, il a permis à la population kabyle de s'organiser en une force qui, tout en contestant l'ordre établi, construit un projet politique tendant à changer radicalement le régime algérien. Celui-ci a donc pris la forme d'une plate-forme, sorte de programme revendicatif en quinze points, qui met l'accent sur la démocratisation de la société.

Acteur central de la région de Kabylie depuis 2001, le mouvement citoyen s'est fortement structuré en fonctionnant à l'horizontale. Sa base sociale y exerce une considérable influence. Ses 10 000 délégués des villages et des villes, tous des hommes, doivent rendre des comptes aux habitants qui les ont élus, les consulter en assemblées générales à chaque fois qu'un fait politique engage l'avenir du mouvement. Aucune décision importante ne doit être prise sans que l'ensemble de la population se prononce. C'est ainsi que des réunions ont eu lieu durant tout l'été pour donner ou non un feu vert à la rencontre gouvernementale sur les questions soulevées par le mouvement.

Aujourd'hui, celui-ci se trouve confronté à la période la plus cruciale de son histoire. En juin dernier, le chef du gouvernement l'avait sollicité pour un éventuel dialogue " autour de la plate-forme ". Mais les militants kabyles ont réitéré leur exigence d'une " réponse publique et officielle du premier magistrat du pays engageant l'État algérien quant à la satisfaction pleine et entière de la plate-forme ". La réponse du président de la République est intervenue le 20 juillet dernier. Abdelaziz Bouteflika s'est ainsi déclaré favorable au dialogue, à condition que le document élaboré par le mouvement citoyen " ne porte pas atteinte à l'unité du peuple algérien et à l'intégrité de l'Algérie éternelle ". Une façon de jeter le doute sur les intentions de cette force largement populaire dans la région mais qui peine à rassembler hors du territoire kabyle. Cependant, avant tout dialogue, le mouvement exige du chef de l'État la satisfaction des huit préalables qu'il a formulés, tels que la révocation des élus des APC (conseillers municipaux) installées en octobre 2002, en dépit du très faible taux de participants dans la région au scrutin municipal ; la levée des barrages de gendarmerie, réapparus sur certains axes routiers de la Kabylie ou l'annulation des poursuites judiciaires engagées contre les animateurs du mouvement. À l'heure où ces lignes sont écrites, la voie du dialogue semble bien lointaine.

Les hésitations du mouvement ne sont pas dénouées de sens. Comment, en effet, accepter le rendez-vous avec le chef de l'État au moment où une crise gouvernementale secoue le pays ? Pourquoi le président Bouteflika s'empresse-t-il aujourd'hui de rencontrer les militants kabyles, lui qui les a niés, réprimés ? Peut-on aller au dialogue sans donner le sentiment de cautionner une fraction du FLN contre une autre ? Car, programmée pour avril 2004, l'élection présidentielle fera s'affronter, pour la première fois, deux candidats de l'ex-parti unique, Abdelaziz Bouteflika et Ali Benflis. Dans ce cadre, le mouvement citoyen semble bel et bien confronté à un véritable casse-tête.

M. K., www.humanite.fr

(1) Le 14 juin 2001, une marche sur Alger, la plus grande manifestation jamais organisée dans l'histoire de l'Algérie, à l'initiative du mouvement citoyen, s'est soldée par une féroce répression de la part du pouvoir.


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