La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Bouteflika parti pour se succéder à lui-même

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a signé le décret fixant le scrutin. Il n'a pas encore annoncé sa candidature pour un second mandat. Cependant il multiplie les visites à travers le pays. L'opposition, regroupée dans un " Groupe anti-fraude ", demande à l'armée de garantir un scrutin libre.

Bien qu'il ait signé le décret fixant l'élection présidentielle pour le 8 avril, Abdelaziz Bouteflika n'a pas encore annoncé sa candidature. Or sur le terrain, il se comporte comme un candidat potentiel. En effet, depuis le début de l'année, Abdelaziz Bouteflika bat la campagne, enchaînant tournée sur tournée. Plus d'une dizaine de régions visitées. Juste après avoir accueilli le président chinois en visite officielle en Algérie, Hu Jintao, il est reparti pour un nouveau périple dans les départements du sud algérien. Selon un rituel bien rodé, le chef de l'État inaugure des réalisations socio-économiques, pose des " premières pierres ", prend des bains de foules composées de personnes ramenées, dit-on, des communes voisines pour accréditer l'image d'un président populaire. Il écoute, à l'instar de feu le président tunisien Bourguiba, des poèmes clamés à sa gloire par d'obscurs poètes locaux, rend visite aux chefs des zaouïas (confréries religieuses). À chacune de ses étapes, des appels sont lancés pour qu'il postule pour un second mandat. La télévision algérienne consacre entre 20 et 40 minutes à ces visites dites " d'inspection ", qui ont tout l'air d'une campagne électorale.

Cette présidentielle est différente de la précédente. Le chef de l'État algérien ne bénéficie pas du soutien de l'armée comme en avril 1999. Son commandant en chef, le général Lamari, a réitéré aux journaux le Matin et El Khabar (arabophone) la neutralité de l'institution militaire. Ce qui a été vite interprété comme une défiance de l'armée vis-à-vis du chef de l'État algérien, notamment par ses adversaires politiques regroupés dans un " Front anti-fraude " constitué le 12 janvier dernier (1). Ce groupe a publié une déclaration se félicitant de la position de l'armée et posant un certain nombre de conditions, dont le départ du gouvernement et son remplacement par " un cabinet intérimaire " afin de garantir un scrutin présidentiel libre et transparent. Et cela afin d'éviter, affirme-t-il, à l'Algérie d'être " précipitée dans une ère d'instabilité et de chaos ". Échaudés par le scrutin présidentiel de 1999, les adversaires du chef de l'État ne veulent pas d'une élection " bidon ". Quant au Front des forces socialistes (FFS) et au Mouvement démocratique social (MDS, ex-communiste), ils prônent le report d'une élection qu'ils estiment jouée d'avance.

Bouteflika ne bénéficie pas non plus du soutien du FLN. Le " mouvement de redressement du FLN " regroupant les partisans de Bouteflika conduits par le ministre des Affaires étrangères Abdelaziz Belkhadem, n'a pas réussi son OPA sur le FLN. Pourtant, grâce à l'appui actif des proches de Bouteflika, ce " mouvement " a réussi à faire invalider par une décision de justice le dernier congrès du parti qui avait investi son secrétaire général, Ali Benflis, comme candidat à l'élection présidentielle. La suite devait couler de source : provoquer une hémorragie de la base au sommet dans les rangs du parti ainsi qu'au sein du groupe parlementaire. Et tenir un nouveau congrès du FLN qui finalement n'a pas eu lieu. Pour l'heure, la tentative pour reprendre le contrôle du FLN a échoué malgré les pressions exercées sur les élus et la base militante par l'administration dans les différentes régions du pays.

Un seul parti appuie la candidature de Bouteflika : le Rassemblement national démocratique (RND) du premier ministre Ahmed Ouyahia. Constitué en 1997 par des transfuges du FLN, le RND n'a jamais réussi à supplanter le vieux parti dans l'Algérie profonde. De plus, les Algériens n'ont pas oublié la gestion néo-libérale d'Ahmed Ouyahia entre 1996 et 1998, qui s'est soldée par la liquidation de 1 010 entreprises publiques et le licenciement de 460 000 salariés ! L'administration, en revanche, solidement tenue par le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni, a été carrément mise au service du chef de l'État. Cette puissante bureaucratie d'État, en charge des 48 000 bureaux de vote du pays, est en mesure de lui faire gagner l'élection présidentielle. Le ministre de l'Intérieur a invité les partis d'opposition à déléguer leurs militants pour assurer le contrôle des urnes mais, hormis le FLN, les effectifs militants des principaux partis de l'opposition n'excèdent guère plus d'une trentaine voire une quarantaine de milliers de militants, basés principalement dans les grandes villes et en Kabylie. D'où les craintes réelles de l'opposition quant à l'impartialité de l'administration lors du scrutin présidentiel. Qui plus est, l'appel lancé par le chef de l'État à l'ONU, au Parlement européen et à la Ligue arabe pour qu'ils envoyent des observateurs afin de superviser le scrutin présidentiel n'a convaincu personne. Pour Ali Benflis, il s'agit d'une " présence alibi " destinée à légitimer la fraude !

Dans le contexte d'un verrouillage du champ politique et médiatique - les grands médias publics sont carrément interdits à l'opposition - Abdelaziz Bouteflika n'a aucun mal à " vendre " son bilan quinquennal. Les Algériens sont ainsi matraqués de chiffres. Le produit intérieur brut pour 2003 a été de 6,8 % ; l'inflation contenue autour de 2,8 %, ; le chômage, grâce à une création de 1,1 million d'emplois, ramené à 23 % contre près de 30 % en 1999 ; la dette extérieure ramenée à 22 milliards de dollars et son ratio à moins de 17 % contre près de 50 % en 1999 ; les réserves de change sont de 32,8 milliards de dollars, etc. Il peut également se targuer d'avoir relogé dans des logements préfabriqués près des deux tiers des sinistrés du séisme de mai 2003 !

Toutefois cette croissance est tirée exclusivement par le pétrole et, grâce à une bonne pluviométrie, par l'agriculture. Le million d'emplois créés est composé surtout d'emplois précaires à durée déterminée, sorte d'" emplois-jeunes " à l'algérienne. Peu d'emplois directs ont été créés, parce que le secteur industriel public est en pleine récession. Le rétrécissement des crédits à l'économie fait que la plupart des entreprises publiques industrielles tournent au ralenti, et la seule solution préconisée par la Banque mondiale est la privatisation. Les grèves ouvrières, celle du secteur de l'enseignement, puis celle des praticiens des hôpitaux et cliniques publiques, ont pour l'heure permis de faire reculer le spectre de la privatisation du secteur public. Même le secteur privé productif - plus d'un million d'emplois - est menacé par les débuts du démantèlement tarifaire, suite à la signature de l'accord d'association de libre échange avec l'UE. Malgré l'embellie financière que connaît l'Algérie - les rentrées pétrolières ont été de 24 milliards de dollars en 2003 et la balance commerciale connaît un excédent de plus de 9 milliards de dollars - la paupérisation touche près d'un tiers de la population. Dans cette Algérie de 2004, seuls les affairistes qui pullulent dans le secteur informel (40 % du secteur commercial) tirent profit de la situation. Autres facteurs qui relativisent ce bilan : le non règlement de la crise kabyle, les atteintes à la liberté de la presse avec leur lot de journalistes harcelés et condamnés à de lourdes amendes et, malgré les concessions du pouvoir aux islamistes, la persistance de la violence islamiste : 23 morts dont 17 islamistes armés depuis le 1er janvier.

Dans l'impossibilité de porter publiquement la contradiction au chef de l'État, l'opposition en est réduite à faire un clin d'oil aux militaires afin que ces derniers garantissent un scrutin libre et qu'elle puisse avoir un droit d'accès aux grands médias publics, afin de débattre de la situation socio-politique. L'armée, par le biais du général Lamari, qui a estimé que, dans le cas où l'ensemble de l'opposition boycotterait le scrutin présidentiel, cette " élection ne serait pas crédible ", est ainsi sollicitée à arbitrer une compétition par ceux-là mêmes qui lui demandaient de se retirer du champ politique !

Hassane Zerrouky, www.humanite.fr

(1) Le " Groupe anti-fraude " est constitué des anciens Premiers ministres Ali Benflis, Mouloud Hamrouche, Redha Malek, Mokdad Sifi, Ahmed Benbitour, le président de la LDDH (Droits de l'Homme), Ali Yahia Abdenour, le général en retraite, Rachid Benyelles et l'ancien ministre des Affaires étrangères, Taleb-Ibrahimi.


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