La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
ACCUEIL | KABYLIE | CULTURE | MUSIQUE | PHOTOS | FORUM
Actualité
Culture
Femmes
Etudiants

Bouteflika au bout de la farce électorale

Après la défection de tous ses concurrents, le candidat du pouvoir est élu, mais sort affaibli d'un scrutin faussé. La campagne avait porté avant tout sur les rapports avec l'islamisme. Bouteflika, fort de son passé de ministre de Boumediene, s'est montré le plus habile, s'appuyant sur l'appareil d'État.

25 mars, ils sont sept en lice. Abdelaziz Bouteflika, appuyé par trois partis et non des moindres : le FLN et le RND, le parti présidentiel, ainsi que par Nahda (islamiste). À elles trois, ces formations disposent de la majorité absolue au Parlement et contrôlent plus de 90 % des communes et des régions du pays. De plus, Bouteflika s'est assuré le soutien de l'UGTA, la centrale syndicale algérienne, dont la direction est composée majoritairement d'hommes siégeant dans les directions politiques du FLN et du RND. À ces organisations se sont ajoutées celles des Moudjahidin, des femmes, des étudiants et de jeunes. Ne manquait au tableau que le MSP (ex-Hamas). Son leader, Mahfoud Nahnah, qui avait obtenu 25 % des voix à l'issue du scrutin présidentiel de novembre 1995, a laissé planer le doute jusqu'à ce jeudi 8 avril où il a annoncé son soutien à Bouteflika. Éliminé de la course à la présidentielle pour défaut de présentation d'une attestation prouvant sa participation à la guerre de libération nationale algérienne, tout portait à croire que Nahnah allait se rallier au camp anti-Bouteflika. Les pressions de l'entourage de Bouteflika n'ont pas manqué pour s'assurer du soutien du Hamas. Et, du côté de Mouloud Hamrouche, on aura tout tenté pour le convaincre de rallier l'opposition au pouvoir.

Deux faits, dit-on, ont fait changer d'avis Mahfoud Nahnah. D'abord, le soutien apporté par le FIS à Taleb Ibrahimi. Un soutien mal vu par le Hamas qui craignait de perdre son influence sur l'électorat islamiste. Ensuite, les assurances données par Bouteflika, qu'en cas d'élection il ne dissoudra pas le Parlement et, mieux, il reconduirait la coalition gouvernementale islamo-nationaliste dans laquelle figurent sept ministres du Hamas. Abdelaziz Bouteflika s'est ainsi doté d'une véritable machine électorale. Principal adversaire de Bouteflika : Ahmed Taleb Ibrahimi, soutenu par le FIS et les conservateurs du FLN. Grâce à cette campagne, Ahmed Taleb aura réussi à réveiller les réseaux dormants du FIS. L'AIS (Armée islamique du salut), qui observe une trêve depuis octobre 1997, s'est mobilisée en sa faveur. Dans les régions où elle est présente, les montagnes de Jijel (Est algérien), Médéa au sud d'Alger et Larbaa dans la Mitidja, les hommes de l'AIS ont fait campagne pour Taleb, n'hésitant pas à se rendre la nuit dans les douars de montagne pour faire pression sur les populations en faveur de Taleb. Bien sûr, le candidat soutenu par les islamistes s'est défendu d'être un intégriste. Mais partout, il déclarait : " Mon programme prévoit l'instauration d'un État démocratique et social conforme aux principes de la religion musulmane ". Ou encore que ses " partisans sont ceux qui fréquentent les mosquées ". Ahmed Taleb ne faisait pas mystère de réhabiliter le FIS et ce, même s'il a pris soin, devant les remous provoqués par son discours, d'affirmer qu'il excluait de la "réconciliation" ceux qui ont "égorgé" et "violé des femmes". Durant sa campagne, Taleb s'est maintes fois insurgé contre "l'utilisation des biens publics" au profit de Bouteflika en faisant allusion au fait que les communes dirigées par le FLN et le RND n'ont pas lésiné sur les moyens pour soutenir leur candidat.

Mouloud Hamrouche a mené sa campagne sur le thème des "libertés et des réformes" et bien sûr de la "réconciliation nationale" avec le FIS. "Rien n'indique que les jeux sont faits d'avance", affirmait-il. En revanche, il dénonçait "les pressions exercées sur les citoyens devant l'impossibilité de truquer les élections", avant d'ajouter : "Car ils ont peur que le peuple s'exprime".

Trouble-fête et candidat inattendu : Hocine Aït Ahmed, le leader du FFS (Front des forces socialistes). Avant son malaise cardiaque qui l'a contraint à se retirer, Aït Ahmed aura réussi à percer en dehors de son fief kabyle. Bien sûr, lui également a mené sa campagne sur le thème de la paix civile et de la réconciliation avec le FIS. Pour Aït Ahmed, la paix civile est "la priorité des priorités". L'homme s'est abstenu durant sa campagne de s'attaquer ouvertement au pouvoir comme il avait y habitué les Algériens.

Ce qui est sûr, c'est qu'entre tous les candidats, il n'y avait aucune divergence de fond. Tous se sont prononcés pour la réconciliation avec l'intégrisme. Tous se sont prononcés pour la poursuite des réformes économiques d'inspiration néolibérale. Aucun n'a remis en cause les accords conclus avec le FMI. Bouteflika s'est révélé un fin manouvrier. L'homme qui a dirigé la diplomatie algérienne durant les années soixante-dix et qui fut un des animateurs du Mouvement des non-alignés savait à qui il avait affaire. Aussi a-t-il enlevé à ses adversaires un argument de poids : la réconciliation avec le FIS. Mieux, faisant dans la surenchère, Bouteflika s'est dit prêt à discuter avec "ceux du maquis". Au point de s'attirer le soutien de certains membres fondateurs du FIS, comme Benazouz Zebda. Soutenu par des artistes de raï, comme Khaled, Mami et par des sportifs comme Morcelli, présent à ses côtés lors de son meeting à Alger, ou encore par l'ancienne vedette de foot Rabah Madjer, Abdelaziz Bouteflika, orateur ne manquant pas d'un certain talent, tenait un discours à la carte, selon les auditoires et les régions. Il a ratissé large, aussi bien à sa droite qu'à sa gauche. C'est sans doute cela qui a fini par désarçonner ses adversaires, lesquels l'ont peut-être un peu trop sous-estimé, en axant leurs attaques sur le fait que c'est "un homme du passé", un nostalgique du "socialisme de Boumediene". Or, justement, en l'espace de trois semaines, il a su réveiller cette nostalgie chez un bon nombre d'Algériens, tout en leur rappelant que cette époque "est finie" et que désormais "il faut retrousser les manches".

Bouteflika, qui a laissé entendre qu'à la place du pain on a offert aux Algériens "la démocratie" et à qui on prête l'intention de remettre en cause les libertés d'expression et surtout de la presse, devra composer avec les nouvelles réalités algériennes. Avec lui, une page de l'histoire algérienne sera tournée. Pour les démocrates et tous ceux qui sont attachés aux libertés, rien n'indique que l'avenir sera rose. Chacun s'attend à un retour en force de l'autoritarisme avec en plus un islamisme auquel on aura ménagé une place. Une sorte de "boumedienisme" revu et corrigé.

Hassane Zerrouky, www.humanite.presse.fr


FORUMS
Music
Poésie
Tchatche
Rencontres
© Kabylie 2015 | Charte | Recommandez-Nous | Plan | Archives | Contact