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Nadia Matoub : « J'ai subi des pressions »

La femme de Lounès, Nadia Matoub, revient sur les circonstances de l'assassinat de son mari et déclare qu'elle a subi des pressions pendant son séjour à l'hôpital.

Le Matin : Trois ans après l'assassinat de votre mari, la justice n'a toujours pas remis ses conclusions

Nadia Matoub : La commémoration du troisième anniversaire de l'assassinat de mon mari intervient dans une conjoncture particulière. Une conjoncture marquée surtout par une série d'assassinats qui a ciblé une centaine de jeunes en Kabylie. Ce fait renseigne doublement sur les intentions hégémoniques des tenants du système politique algérien et sa détermination à gérer d'une main de fer toute affaire qui risque de compromettre sa pérennité. En tout état de cause, je suis convaincue qu'un jour on saura la vérité sur les circonstances de son assassinat, mais pas avant le départ de ce régime. Tant qu'il n'y aura pas un changement radical au niveau des centres de décision, on aura toujours affaire à une institution judiciaire boiteuse, à la solde des intérêts des personnes. La manière dont le tribunal de Tizi Ouzou a instruit cette affaire est à ce propos édifiant. Quant à la date du 25 juin, elle est, d'évidence, particulière pour ma personne. Quoique Lounès soit toujours présent dans mon esprit, ce jour me propulse d'une manière ineffable dans ces moments tragiques.

A propos de ces moments tragiques, un des représentants du RND à Paris aurait révélé à votre belle-sur Malika que des Patriotes auraient fait partie du groupe de terroristes qui ont assassiné Lounès. Qu'est-ce que vous inspire ce rebondissement ?

Cela confirme les doutes que nous avions soulevés, mes surs et moi, sur l'identité des assassins. Ce qui a jeté surtout le trouble en ma personne, c'est lorsque ma sur Ourda s'est présentée devant le juge instructeur pour lui signaler qu'elle était prête à identifier deux terroristes parmi le groupe qui nous avait attaqués. Au lieu de donner une suite à la déclaration de ma sur, le tribunal de Tizi Ouzou n'a affiché aucun intérêt. Je me pose des questions : pourquoi le juge d'instruction n'a pas rappelé ma sur pour une séance d'identification ? Veut-on couvrir des terroristes connus dans la région ? Ourda a bel et bien identifié Nacer Bellaouche lorsque un des Patriotes de Tizi Ouzou lui a montré un certain nombre de photos de terroristes. Devrais-je comprendre par là que ce terroriste jouissait d'une couverture ou que c'est un élément qui a infiltré le GIA ? Il y a beaucoup de zones d'ombre qui entourent les circonstances de cet assassinat. Même durant l'attentat, les terroristes étaient affolés. Etant assurés que j'étais morte, ils ne savaient pas quoi faire de mes deux surs. Fallait-il les tuer ou non ? Les terroristes donnaient l'impression qu'ils étaient chargés d'une mission : tuer Lounès et sa femme. Le fait qui m'intrigue à ce jour est la non-intervention de la police communale de Ben Aïssi distante de quelques kilomètres seulement.

Vos doutes se sont amplifiés davantage durant votre séjour à l'hôpital

Absolument. Cela s'est passé lorsqu'on m'avait sollicitée à l'hôpital pour signer le procès-verbal dans lequel on a rajouté la phrase indiquant que c'est le GIA qui était derrière l'attentat. Chose que je n'ai à aucun moment déclarée. A ce moment, j'avais vraiment peur pour ma vie. Je me suis dit : si jamais je tiens tête à ces personnes, demain les gens liront dans la presse que Nadia Matoub vient de succomber à ses blessures. A ce moment-là, la pression était telle que je ne pouvais faire autrement. Ma chambre à l'hôpital était constamment occupée par des policiers. Je ne pouvais même pas parler aux journalistes. D'ailleurs, le fait que j'ai exprimé des doutes n'a pas plus à certains militants du RCD. Ces derniers me présentaient Malika comme un exemple à suivre. « Regarde Malika comment elle se comporte. Elle ne cesse de dire que ceux qui tuent sont connus », me disaient-ils.

C'est à ce moment-là que vous avez commencé à penser à fuir le pays

J'ai repoussé au maximum mon départ pour la France. Mais la pression qui s'exerçait sur moi m'a poussée à prendre cette décision. J'étais constamment entourée de gens qui me suggéraient des déclarations. Et puis il y avait de folles rumeurs qui circulaient à propos de ma personne. Je me sentais en quelque sorte rejetée. On imaginait les pires scénarios depuis qu'on avait soulevé des doutes à propos des auteurs du crimes.

Comment s'est fait votre départ ?

Avant de parler de mon départ avec mes surs en France, il faut noter que mon passeport m'a été remis alors que j'étais dans mon lit d'hôpital. Il a fallu ainsi des mois pour obtenir le fameux visa. Contrairement à ce qu'on a avancé auparavant, mon dossier de visa n'a été déposé au service de l'ambassade de France, selon le consul, qu'entre le 20 et 21 juin. En ce qui concerne mes surs, il a fallu brandir la menace de ne pas animer la conférence de presse qu'on m'avait préparée pour qu'elles puissent obtenir leur visa. Cela dit, dès ma sortie de l'hôpital, j'ai pensé à rencontrer les journalistes.

Concernant toujours les circonstances de l'assassinat, votre belle-sur affirme, tout en se basant sur les conclusions d'un expert en automobile, que la voiture était garée au moment de l'attaque terroriste

La chose dont je suis sûre est que la voiture s'est arrêtée juste après que le véhicule a essuyé les premières salves de balles. Avant de riposter, Lounès a tenté à plusieurs reprises de redémarrer, sans succès. Et le fait de dire que le véhicule était garé au moment de l'attentat sous-entend qu'il n'y avait pas eu de guet-apens. Cela implique également que les témoignages des habitants de Tala Bounane faisant état que l'endroit de l'attentat a été visité à plusieurs reprises quelques jours auparavant par des gens étrangers et suspects sont faux. Je ne vais pas faire un éventail de déclarations contradictoires à ce sujet.

Cela dit, que cherche t-on à insinuer par là ? Veut-on dire que le crime a été maquillé ? Que veut-on insinuer lorsqu'on a annoncé que les trois occupantes de la voiture étaient légèrement blessées ? Veut-on accuser par ricochet le corps médical de Tizi Ouzou de complicité dans l'assassinat de Matoub Lounès ? Pourtant, tout le monde savait dans quel état de santé nous étions. Je lance un appel à toutes les personnes liées directement ou indirectement pour débattre de cette affaire devant la presse nationale et internationale.

Entretien réalisé par Nadir Benseba, Le Matin, 25 juin 2001


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