La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Matoub Lounès - L'homme en colère

Son assassinat est commémoré aujourd'hui sans que les circonstances en soient élucidées

Dans son cahier-journal dont les notes ont servi à la rédaction du Rebelle, Matoub Lounès écrit : « Une fois, je me rappelle, je ne pourrais jamais l'oublier, les universitaires de Ben Aknoun sont venues car c'étaient toutes des jeunes filles. L'une d'elles entama une de mes "angoissantes" chansons Arawah Arwah. Les autres jeunes filles reprenaient en chur. C'était tellement émouvant que j'avais éclaté en sanglots. » Fragile mais vindicatif, être d'émotions, mais voix sédimentée de toutes les autres fondatrices de la chanson kabyle, Lounès est né dans les douleurs et les absences de son village natal dont il a hérité le roc des pitons, l'âpreté des chemins de l'exil et le serment de la rémistance Aneraz wala aneknu (mieux vaut rompre que plier).

L'adolescent turbulent, habité par sa montagne, creuse en elle les gisements sismiques de son histoire et la langue ancestrale de ses résistances étouffées. En quête de vérités, il dénonce les forfaitures d'une histoire fratricide, de Abane Ramdane à Boudiaf, s'insurge contre la censure de Slimane Azem et compose le plus émouvant album de son répertoire à Tahar Djaout assassiné. La vérité qu'il a revendiquée reprend ses droits sur son assassinat. La révolte saine et ardente de l'enfant revêche aux identités assignées jaillit de ses entrailles vocales et, éruptives, réveillent les volcans endormis. Il a crié sa colère dans la chanson et la chanson est sa colère ; mais elle demeure aussi celle, irréductible et irrédentiste, de la jeunesse algérienne, des opprimés de leurs racines, de leurs langues où qu'ils se trouvent. Sa revendication de l'amazighité, tonique, ..

Matoub Lounès

tonique, toujours en cru, provoque l'érosion des rivages indolents. Matoub Lounès est le seul chanteur kabyle à n'avoir pas eu besoin de ce qualificatif. Il porte dans les « je » de ses chansons les tornades du Printemps 80 et d'Octobre 88. Fécond, son répertoire est au cur des convulsions-pics de l'Algérie.

Mais la voix qui tonne mobilise, revendique tamazight en se libérant des enclaves partisanes et en dénonçant l'inquisition islamiste, se ressource de ses amours et de ses solitudes. La décennie écoulée, Matoub Lounès est resté présent sur le champ des batailles démocratiques malgré les profondes séquelles de son enlèvement et les premières fissures de axxam (la maison). Après Djamila, son premier amour qu'il n'a pas cessé d'exorciser, intervient la rupture avec Saâdia en 1995. Son père meurt d'un cancer en 1996 et sa mère qui a défriché des forêts pour les nourrir, lui et sa sur, tombe malade. Il perd sa tante maternelle Tassadith, la même année. En 1997, son corps marqué de toutes les blessures de son engagement est atteint de tuberculose. Mais il ne s'avoue pas vaincu.

Il renaît par sa voix tonitruante. Lounès dresse un bilan de sa vie et de sa vie d'artiste d'un bloc opératoire à l'autre. Sa montagne, les siens, ceux qui sont toujours debout pour les causes justes lui manquent. Sa profonde sensibilité va aussi pour son chien Wolf mort de chagrin lorsqu'il a été kidnappé. Na Aldjia, sentant le désespoir de la bête, n'a pas cessé de la consoler. Wolf pleure et, un soir, dans le couloir de la maison, son cur éclate d'attente. Son chat Moumous auquel il a appris à grignoter des cacahuettes et à prendre, à tout honneur, son verre de bière, s'est également éteint du même désespoir. Il dormait dans la chambre de Lounès. Un jour, en plein hiver, alors qu'il avait neigé dru, un chat aussi noir que Moumous était découvert inerte dans la neige. A la maison, Moumous était introuvable. On le prit pour mort. Lounès, agité, a passé une nuit blanche.

Le lendemain, son chaton revient et ce fut la fête à la maison. Une maison qu'il a tenu à construire de ses propres mains, à en dresser les plans, en contre-bas de son village. Le plafond du salon porte le grand signe amazigh qui fait corps avec l'architecture d'ensemble. Généreux, il a offert aux riverains une fontaine amoureusement aménagée sur le pas de sa porte. On boit ses paroles comme « son » eau, revigorantes. Il aimait taquiner les vieilles femmes de chez lui pour, dans leur manière de répondre avec de succulentes paraboles, transcrire les plus incisives pour en faire, l'inspiration aiguisée, un couplet de chanson. Prolifique et viscéralement ancrée dans la souche identitaire amazighe, son uvre ne cesse de « réinventer » l'Algérie par la force de ses textes et la brûlante présence de sa voix.

Rachid Mokhtari, le matin


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