La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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El Hasnaoui vu par Ihasnawen

Taâzibt semblait ne pas se remettre du choc en ce jour du lundi 15 juillet quand nous lui rendions visite à la recherche de quelques autres renseignements sur la légende El Hasnaoui. Nous pénétrons le hameau en aval, guidés par un jeune, en direction de la maison qui a vu naître Si Muh n'Amar u Muh. C'est une pièce construite de pierres et de terre, presque complètement en ruine. Nous étions comme saisis d'un irrésistible désir de fouiller dans son sol, ses murs, la partie restante de son toit dans l'espoir de trouver quelque trace de celui qui chantait : As mi nella digurdan Nlaâb zdat tebburt (enfants, nous jouions devant le seuil de la maison).

Mais hélas ! Plus rien aujourd'hui devant le seuil de cette maison. De là, nous nous rendons chez sa demi-sur Fadhma âgée d'environ 70 ans. Mais Tout- Taâzibt ne se souvient presque point. Le mystère demeure complet et toutes les interrogations restent posées. Notamment celle relative à Fadhma, sa bien-aimée, qu'il a chantée avec force et éclat. Réalité ou fiction ? Les plus âgés du village, tout comme sa sur Fadhma, ne sont pas en mesure de répondre. Le peu qu'ils connaissent du cheikh, et qui leur est parvenu par ouï-dire, n'évoque pas clairement ce point. « On nous n'a jamais parlé d'une fille du village que mon frère aurait aimée ou voulu épouser. Ce doit être sa femme car elle s'appelait Fadhma », nous a dit Fadhma. Son cousin Khelouat Saïd El Hadj n'a pas non plus entendu parler de cette fille pour laquelle El Hasnaoui a quitté le village d'abord pour s'exiler ensuite, comme le laisse entendre la légende. Fadma est-elle donc un personnage né de l'imagination de l'artiste ? Peu probable si l'on considère l'énergie et l'abnégation que le maître a mises pour la chanter. Mais surtout sa récurrence dans ses textes.

Tenghi iyi,
Tezlid iyi
Tmahend iyi a Fadma
Fellam etsrugh, se plaint-il.

Au demeurant, les Ihesnawen ne connaissent pas plus leur fils que tous les autres Algériens qu'il a subjugués avec ses chansons. Seul Ouzerzour, d'Aït Ahcène, qui, lui, jouait les percussions (derbouka), mort il y a quelques années, et un certain Si l'Hocine des Ouadhias pouvaient parler de lui parce qu'ils l'ont fréquenté, a dit encore Saïd El Hadj.

« Il aimait le calme et la tranquilité. Il n'aimait pas qu'on s'agitât trop quand il se mettait à chanter, nous dit un jour Ouzerzour », nous a confié Saïd.
Sa sur Fadhma, tout en pleurs, regrette de ne pas connaître El Hasnaoui : « J'ai un vague souvenir de lui quand il revint un jour d'Alger nous rendre visite. J'étais trop jeune pour me souvenir de détail. Depuis qu'il est mort, j'écoute sans cesse ses chansons. Ça me fait une étrange sensation. Je le pleure, rongée que je suis par ce destin qui a voulu qu'on ne se connaisse jamais. J'aurais aimé qu'il soit mort ici parmi nous et enterré au village. »

La vie de cheikh El Hasnaoui est pleine de péripéties. Il perdit sa mère quand il avait à peine deux ans. Son père se remarie. Il épouse Fadma qui lui donnera trois autres enfants : Ali, décédé chahid pendant la guerre de Libération, Arezki et Fadhma, tous deux encore vivants. Le père meurt, lui aussi, quelques années plus tard.
S'étant retrouvé sans père ni mère, El Hasnaoui a dû quitter le village. Le divorce entre lui et sa famille « a été définitivement consommé lorsque El Hasnaoui invite un jour sa marâtre et ses trois enfants chez lui à Alger. Sa marâtre, qui rendait visite à une sur à elle, s'est montrée mécontente en le trouvant marié », nous a dit Saïd El Hadj,
qui soutient avoir discuté le point avec la concernée.

Qu'est-ce qui a poussé El Hasnaoui à vivre et à mourir loin de chez lui, lui qui a chanté A rebbi l'maâbud, Awi yerwan akal illejdud (Oh Dieu le Tout-Puissant,
Qui aura goûté à satiété des plaisirs de la terre des aïeux) ? Considérations sociales ou affectives ? La réponse, il l'a emportée avec lui. Elle est quelque part sous terre sur cette île de la Réunion. Un fait que tout le monde regrette à Taâzibt. Un vieux que nous y avons rencontré est allé jusqu'à reprocher à la communauté kabyle vivant en France de n'avoir pas usé de ses moyens pour rapatrier la dépouille du défunt cheikh. Les jeunes du village partagent les mêmes regrets. C'est dommage !, ont-ils dit. « Nous ne l'avons que dans une cassette vidéo qu'a ramenée M'hena Mahfoufi il y a deux ans. »

Kamel Omar, le matin


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