La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Boudjemaâ Agraw à Izuran : "Chaque Kabyle doit se sentir délégué"

Chanteur engagé et non moins délégué du mouvement citoyen de Kabylie, rencontré à Paris à l'occasion d'un gala organisé au mois d'octobre dernier au Palais des Sports de Saint-Ouen à Paris, Boudjemaâ Agraw s'est aimablement prêté à répondre aux questions improvisées le temps d'une courte rencontre avec notre correspondant sur place. L'entretien :

Izuran : Boudjemaa le chanteur, Boudjemaa le délégué du mouvement citoyen. Comment parvenez-vous à accomplir les deux tâches à la fois ?

B.A: Parlant du chant, je n'avais pas choisi d'être chanteur. Vers la fin des années soixante-dix et aux débuts des années quatre-vingts, c'était le seul moyen d'expression ; donc je me suis investi dans la chanson politico-social. Pour ce qui est du rôle de délégué, je ne fais que mon devoir de citoyen, comme tout kabyle, comme tout un chacun. La Kabylie toute entière est concernée ; donc chaque kabyle est de fait délégué, du moins doit se sentir délégué. Je pense que chacun de nous doit faire quelque chose, qu'il soit médecin, étudiant, chanteur ou autre, puisque il s'agit d'assassinat de nos jeunes et de nos fils en Kabylie. Assumer donc ce rôle, est le seul moyen de rendre la dignité et le respect au citoyen en Algérie.

Des élections municipales du 10 octobre sont validées par le Conseil constitutionnel malgré leur non-lieu en Kabylie. Que pensez-vous ?

B. A: Ce n'est pas la première fois que cela se passe. Déjà le 30 mai dernier, malgré le taux de participation avoisinant le zéro en Kabylie, et moins de 20% en Algérie, le pouvoir continue toujours, sans scrupules, à considérer ces élections comme valides. Mais, à travers ces élections de la honte, la Kabylie a montré pour la seconde fois consécutive, au pouvoir et à ses alliés, c'est à dire les partis qui ont en pris part, qu'elle est corps et âme avec le combat pacifique des archs pour la citoyenneté.

On est déjà dans l'après 10 octobre. Qu'attendrait aujourd'hui la Kabylie de ces APC ?

B.A: L'installation de ces maires fantômes est rejetée par la population en Kabylie. Que peut-on attendre de ces gens là, ces non élus ? Pour la population, des solutions existent ; les archs ont déjà élaboré, lors d'un conclave, une plate-forme de rejet de ces élections. Aussi nous resterons toujours aux cotés du citoyen avec lequel nous réussirons à gérer la situation au jour le jour.

Est-ce possible de gérer le quotidien du citoyen, après ces arrestations successives des délégués et la chasse menée contre d'autres en plusieurs localités ?

B.A: Nous sommes habitués à ce genre de provocation, et nous avons toujours pu surmonter ces épreuves. A chaque fois que le pouvoir entame des actions qui sont rejetées par le mouvement citoyen, il s'affole et opte à utiliser ses moyens de répression. De ces méthodes on en a eu toujours de la part de ce pouvoir, mais ce n'est pas pour autant une raison pour baisser la garde et se laisser battre. Le mouvement citoyen a tracé la voie, nous la poursuivrons jusqu'au bout.

Certains accusent le mouvement citoyen d'être "une création du pouvoir", "un résultat de laboratoires des services secrets". Que diriez-vous à ce propos ?

B.A: Ce sont des milieux envieux, jaloux de la dynamique et du capital sympathie suscité auprès de la population par le mouvement citoyen, qui sont à l'origine de cette campagne d'intox. Ce sont des gens qui ont géré la Kabylie pendant très longtemps. En une dizaine d'années, ils n'ont pas pu faire ce que les archs ont fait en moins d'une année. Donc ils tentent de casser par tous les moyens le mouvement citoyen parce qu'il leur fait tellement de l'ombre. Mais les délégués du mouvement, élus par les villageois, sont connus pour leur intégrité. Nous avons prêté serment pour les martyrs du Printemps noir d'honorer leur mémoire. Aujourd'hui, personne n'est dupe. Il s'est avéré que ceux qui nous traitaient de "moukhabarates", sont ceux-là mêmes qui, le 10 octobre, rallièrent le régime, toute honte bue, pour dénigrer, avec les moyens du pouvoir, le mouvement citoyen. Nous mettons au défi ceux qui ont quelque dossier ou autre preuve sur la crédibilité des délégués de les divulguer au grand public. Notre sincérité nous interdit d'avoir peur des lâches.

Malgré la participation du FFS aux municipales, le taux de participation reste insignifiant. Est-ce, à votre avis, une nouvelle carte politique qui se dessine ?

B.A: Le but du mouvement citoyen n'est en aucun cas de casser les partis politiques, ou toute autre organisation. Le code d'honneur en est la meilleure preuve pour confirmer mes dires. Mais notre mouvement, d'essence populaire, fera face par tous les moyens pacifiques qui soient pour combattre les entraves qui se mettent à l'encontre des actions citoyennes. Tout le monde sait que le FFS a appelé à la participation aux élections au moment où le mouvement citoyen appelait, lui, à leur boycott. Finalement tout le monde aura vu les résultats : les citoyens ont suivi à la lettre les mots d'ordre de leur mouvement, les archs, auquels ils ont fait confiance. Nous sommes redevables envers eux d'un grand hommage.

Malgré les arrestations des délégués en Algérie, Boujemaâ rentrera quand même au pays…

B.A: Eh oui ! Comme tout le monde le sait, j'ai été arrêté cinq fois (deux fois à Alger). Actuellement, je suis en liberté provisoire ; je me présente une fois par semaine au commissariat. Mon passeport a été confisqué. A la fin août, il y avait l'amnistie des délégués ; sur ce, j'ai récupéré mes papiers. Aujourd'hui, je suis ici à Paris pour participer à ce gala, et j'ai une semaine devant moi pour un travail d'enregistrement au studio, ensuite je rentre au pays et je continuerai à militer jusqu'au dernier souffle.

On vous a reproché d'avoir été l'initiateur parmi ceux qui avaient empêché la rencontre de Alilouche à Bejaia.

B.A. : J'étais avec les autres. Nous étions plus de mille personnes ce jour là. Nous l'avions empêché effectivement parce que Alilouche n'a fait ce "meeting" que pour s'enrichir sur le dos et le sang des martyrs du Printemps noir. Je me suis donc comporté comme tous mes amis du mouvement des archs. Nous avions décidé collectivement d'empêcher la tenue de la réunion.

Justement après l'épisode Alilouche qu'on appelait "délégué taiwan", aujourd'hui le pouvoir a trouvé un autre interlocuteur. Comment expliquer que le système trouve toujours des failles au sein de la société kabyle ?

B.A. : C'est vrai que le pouvoir trouve toujours ses comptes au sein de notre société. Il y eut des délégués "taiwan", puis des députés "taiwan" ; aujourd'hui, c'est encore pire, des maires "taïwan", qui ne manqueront probablement pas de se targuer "d'élus" du peuple même avec zéro voix. Mais l'histoire retiendra tout cela ; il faut savoir que toutes ces méthodes malsaines et toutes ces ruses sont une preuve démonstrative que le pouvoir, à bout de souffle, est en train de jouer ses dernières cartes.

Revenons à Boujemaâ l'artiste. Quels sont vos projets ?

B.A. : Boujemaâ Agraw ne vit que grâce à la chanson. Aujourd'hui c'est le premier gala que je fais après une longue rupture due aux événements du Printemps noir. Actuellement je suis sur un projet d'une cassette de 10 chansons qui va sortir au mois de mars prochain. J'ai prévu également pour bientôt une tournée ici en France.

Voulez-vous ajouter un mot pour conclure ?

B.A. : Je remercie vivement le journal IZURAN qui demeure toujours à nos cotés, et je rends, à travers ses colonnes, un hommage appuyé aux délégués et aux acteurs du mouvement citoyen, ainsi qu'à la JS Kabylie, notre cher club de toujours.

Ulac smah ulac et le combat continue !

source : Kamel Mohand-Kaci, http://www.izuran.com/


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