La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
ACCUEIL | KABYLIE | CULTURE | MUSIQUE | PHOTOS | FORUM
CULTURE
News
Tamazight
Littérature
Poésie

Ecriture de la langue berbère

Pour une écriture mazighe orthographique - Langue Berbère. Cette étude est un résumé succinct d'un ouvrage, à paraître, intitulé : T'UTLAYT TA MAZIGHT LA LANGUE BERBERE : Analyse et Ecriture.

Note préliminaire

A travers cette brève étude, nous utiliserons le terme « mazigh  » en place et lieu de « berbère ».
Cette façon de faire nous a été dictée par le soucis de donner sa véritable appellation aux peuples de
ce vaste ensemble appelé communément Maghreb ou Afrique du Nord. Nous écrirons « mazigh » et
non « amazigh », pour nous conformer aux règles de la langue française. En effet, en écrivant
« amazigh », nous incluons l'article précédant le nom, qui se présente, en berbère, sous la forme de
la voyelle « a » devant la majorité des noms masculins singuliers, à l'état libre (et « ta » devant les
noms féminins singuliers de l'état libre). C'est comme si on écrivait, en français, « unhomme,
unfrançais, lhomme, lefrançais, lafemme, unefemme, etc. », pour « un homme, un français, l'homme,
la femme, une femme, etc.)

Nous écrirons « mazigh » pour « berbère » et nous déduirons tous les dérivés de ce mot, de la
façon suivante :

mazigh : berbère (n. et adj. masc.sing.) ; pl. mazighs (berbères)
mazighe : berbère (n. et adj. fém.sing.) ; pl. mazighes (berbères)
mazighie : berbérie
mazighophone : berbérophone
mazighophile, mazighophobe : berbérophile, berbérophobe
panmazigh, mazighisant : panberbère, berbérisant
En parlant de langues, nous dirons évidemment, « le mazigh » (ou « la langue mazighe », comme
on dit, couramment, « le français », « l'arabe  », « l'anglais », « le russe » ou «  le chinois ».
Noter qu'en français, nous écrivons bien : un homme, l'homme, un élève, l'élève, du beurre, de
l'eau, la machine, l'allouette, etc.

En berbère, nous écrirons :
a rgaz (un homme), a berkan (le noir), a mazigh (un berbère) ...
et : awal (un mot, une parole), uccen (un chacal), izem (un lion)
ta qcict (une fille), ta berkant (la noire), ta funast (une vache) ...
et : t'ala (une fontaine), t'udert (la vie), t'ili (l'ombre)

N.B. Nous montrerons, plus loin, la nécessité de séparer l'article du nom qu'il détermine.


 

* * *
Ti ghri nesela mi netedttedt
Tezwar kul tayedt
Ghurwet a-s tebru-m assa.
Zik wa yehedder itt ei wayedt
Assa d el kaghedt
a-tt idd afen i neggura.
Ait Menguellet (Ti bratin)


Pour une écriture mazighe orthographique

Préambule
L'alphabet mazigh actuel a été largement inspiré de l'alphabet phonétique international (API), son
avantage réside dans sa capacité à reproduire des différents parlers en une transcription de lecture
assez aisée. Cependant, il présente des lourdeurs dues à cette multitude de signes (points souscrits,
cédilles et autres « chevrons ») ajoutés aux lettres, caractéristiques de la transcription phonologique.
De plus, parmi les erreurs relevées dans les écrits mazighs, chez les débutants, la plupart sont dues
à l'absence de ces signes diacritiques sur des lettres sensées en avoir ou, au contraire, la présence
de ces mêmes signes sur d'autres lettres qui ne devraient pas en être pourvues.

Combien de fois, un point souscrit ou une cédille oubliés faussent complètement le sens d'une
phrase, d'un autre côté, il suffit parfois d'une tache accidentelle pour changer la valeur d'une lettre.
Le signe diacritique s'avère peu pratique et grand générateur d'erreurs pour les apprenants en
mazigh. Tous ces points souscrits, les cédilles et autres « chevrons  » ajoutés le plus souvent à la
main, au moindre texte préalablement tapé à la machine ou à l'aide d'un traitement de texte
informatique, génèrent une contrainte supplémentaire, à savoir, celle de revenir sur un texte déjà tapé
pour le compléter ultérieurement à la main. Il suffit alors d'oublier un point souscrit ou une cédille pour
rendre une phrase incompréhensible.

Prenons un exemple. On veut écrire, à la machine à écrire, la phrase suivante :
ççi? almi r?wi? (j'ai mangé jusqu'à ne plus avoir faim)
Si on oublie le point sous le « r », la phrase prend un tout autre sens.

Autre exemple : h?edr?e? i tnekkra m'i-d tlul (A. Mezdad)
Si on oublie le point sous le « h », la phrase devient incohérente.

Ce genre d'erreurs est fréquent dans les revues d'associations ayant peu de moyens d'édition ainsi
que dans certaines brochures sensées apprendre le mazigh à nos enfants. Pour se convaincre, il
suffit de parcourir « Tamazi?t deg W?erbaz » (Le mazigh au lycée) de Mokrane Chemime. Ce petit
livre destiné, en principe, aux lycéens désireux d'apprendre à lire et à écrire le mazigh est truffé de ce
genre d'erreurs, erreurs beaucoup plus dues à la frappe ou à l'impression qu'à une méconnaissance
des règles d'écriture du mazigh, de la part de l'auteur.

Question : Quelle est la solution qui permettra de remédier à ce genre d'erreurs ?
Réponse : La solution la plus pratique consisterait à éviter tout signe diacritique et remplacer les
lettres diacritées par des digrammes (combinaisons de deux lettres) comme cela se fait couramment
dans d'autres langues utilisant le caractère latin. En français ou en anglais, par exemple, on trouve :
Français : ch (chat) ; gu (gué) ; dj (Djibouti) ; sc (science) ...
Anglais : ge (pigeon) ; sh (shirt) ; ck (duck) ; dg (bridge) ...

Bien sûr, cela risque de choquer ceux qui considèrent que l'héritage de nos prédécesseurs ne doit
en aucun cas être remis en cause. Nous pensons, au contraire, que c'est leur rendre le meilleur
hommage que de poursuivre leurs travaux en y apportant des améliorations.
Le choix du caractère latin faisant à peu près l'unanimité chez les mazighisants qui produisent, il
s'agit de tirer le meilleur profit de ce choix et d'utiliser toutes les techniques possibles et permises en
nous inspirant des langues dominantes, pour rendre le plus pratique possible l'apprentissage de la
langue mazighe.


Analyse

Généralités : Si le français utilise le digramme « dj » pour rendre le son (ou le phonème) /o/,
pourquoi pas nous ? D'autant plus que les lettres « d » et «  j » ne se suivent jamais en mazigh. On
pourra de même combiner d'autres lettres pour représenter, non seulement les lettres diacritées,
mais aussi les deux caractères grecs (? et e) de l'alphabet mazigh actuel. L'anglais aussi devrait nous
inspirer étant donné que c'est la seule langue, à notre connaissance, qui n'utilise aucun accent ou
signe diacritique dans son écriture.
Pour revenir au mazigh, le choix des digrammes doit être fait de manière à ce que les lettres
composant ces digrammes ne rentrent pas dans les suites courantes de la langue. En effet, certaines
lettres ne se suivent jamais en mazigh, c'est le cas, autre autres, des suites (d,j), (d,z), (s,z), (z,s),
(x,h), etc.

Ainsi, comme vu plus haut, on pourrait très bien représenter la lettre « g » par le digramme « dj »,
de même qu'on pourrait tout aussi bien représenter la lettre «  z? » par le digramme « dz », on écrira
alors :
adjew (agew) = s'approvisionner, acheter ; adzayri (az?ayri) = l'algérien, un algérien
Cette manière de faire n'existe-t-elle pas déjà en tifinagh qui représente le « t » emphatique par la
combinaison de « d » emphatique et de « t » ? [caractère tifinagh < ].

Les emphatiques : Dans le champ phonique du mazigh, il n'existe, à l'origine, que deux
emphatiques, qu'on retrouve d'ailleurs en tifinagh. Ce sont les lettres [ D ] (/v/) et [ Z ] (/é/). On a, en
plus, le son /î/ qui est représenté par la combinaison de « d » et de « t » [<]. Les autres emphatiques
« ô » et « û » (et dans une certaine mesure « î ») sont des phonèmes d'emprunt à l'arabe ou au
français, au contact des voyelles ouvertes, comme, par exemple, dans :
ôôay (opinion), afrux (oiseau), aîaksi (taxi), taûabunt (savonnette).

Remarque 1. Le « t » emphatique peut avoir plusieurs origines :
tension sur « d » emphatique : yuven > aîîan (il est malade > maladie)
rencontre « d » emphatique avec « t » : asemmav > tasemmavt (froid > froide)
rencontre « d » avec « t » : agrud > tagrudt (un enfant > une enfant)
emprunt à l'arabe ou au français : îawes, aîaksi (paon, taxi)

Dans la représentation des emphatiques, on devrait prendre la variante non emphatique à laquelle
on ajouterait une autre lettre (de préférence toujours la même) qui servirait à marquer l'emphase,
cette dernière jouera alors le même rôle que le point souscrit traditionnel.

Si nous considérons le français, nous nous rendons compte que certaines emphatiques en mazigh,
ont déjà une représentation par digramme dans cette langue. Voici quelques exemples :
« th » = « t » emphatique dans : Thaïlande, thorax, thallium ...
« rh » = « r » emphatique dans : rhapsodie, rhum, rhodium ...
Bien sûr, nous savons qu'à l'exception de « rhum », ce sont les voyelles ouvertes « a » ou « o » du
français, qui « emphatisent » les digrammes « th » et « rh », mais le fait est que nous avons affaire à
des sons emphatiques.

De plus la lettre grecque «  ? », naturellement emphatique, est représentée par « rhô » et le son /v/
est représenté par le digramme « dh » dans les mots arabes « Ramadhan », « Riadh » ou « Abu
Dhabi ».

Nous voyons à travers ces quelques exemples que l'emphase est marquée par l'ajout d'un « h » à la
lettre à « emphatiser ». Nous pourrons adopter cette façon de faire en mazigh et écrire par
conséquent « dh », « rh » et « th » pour, respectivement « d », « r » et « t » emphatiques ... et, par
analogie, « sh » et « zh » pour « s » et «  z » emphatiques.

Mais il se trouve, par ailleurs, que les digrammes « th » et «  sh » ont les valeurs quasi-universelles [
t ], [ ? ], surtout à travers l'anglais.
Ex. path, think, three, mouth, ... et : slash, flash, crash, cash, etc.
Le « th » a aussi la valeur [d], en anglais : with, then, these, etc.
On évitera donc, les représentations par « th » et «  sh » des « t » et « s » emphatiques.

Remarque 2. Dans certains emprunts anciens, au « s » emphatique de la langue d'origine, en
l'occurence l'arabe, correspond le « z » emphatique, en mazigh. Voici quelques exemples :
arabe : ûaama (il a jeuné) <> mazigh : yuéam
arabe : ûûalaat (la prière) <> mazigh : taéallit
arabe : êummeû (pois-chiches) <> mazigh : lêemmeé

L'affriquée « p » : Elle peut avoir deux origines possibles :
1 - Tension sur « t » ou « s » :
aseksut > taseksutt (un couscoussier > une couscoussière)
fsi (fondre, se défaire) > ifessi (forme d'habitude), prononcé « ifeppi »

2 - Assimilation du « d » spirant par le « t » :
« ad » + « teddu » > « ad teddu » (elle ira), prononcé « apeddu »

L'affriquée « ç » : C'est souvent un particularisme des parlers du nord, dû à une « fusion  » de deux
phonèmes proches.
Hoggar : tkar (remplir), ekc (manger) > Kabyle : ççar, eçç

La pharyngale « ê » : La pharyngale «  ê » est d'origine arabe ou punique, son utilisation est, par
conséquent, liée à celle des emprunts à cette langue, ces derniers seront de moins en moins
nombreux au fur et à mesure de l'interpénétration des différents parlers, qui permettra un
remplacement progressif de la majorité des emprunts par leurs équivalents mazighs.

La vélaire «  ? » : La vélaire «   ? » passe à l'uvulaire « q », lorsqu'elle subit une tension. Cela donne
« qq » ou « q », phonétiquement, comme dans les exemples suivants :
i ?imi (le fait de s'asseoir) > yeqqim (il est assis / il est resté)
as ?ar (le bois) > yeqqur (il est dur) / aquran (dur)

La pharyngale « e » : La pharyngale « e » est d'origine arabe. Sa représentation en français ou en
anglais se fait traditionnellement par le doublet « aa » (Kaaba, daawa), par « a » (l'aïd, Ain-Sefra) ou
en l'escamotant tout simplement (arabe, ulema, Iraq).

Propositions

P1. Pour les « s » et « z » emphatiques, nous proposons respectivement, les digrammes « sz » et
« zs ». Cela a au moins trois avantages :
1. Les « s » et « z » ne se suivent jamais en mazigh
2. Nous opposons ainsi, les « s » et « z » emphatiques, qui sont des phonèmes à localisations
proches (ils sont prononcés par les mêmes organes articulatoires).
3. Nous avons vu que dans certains emprunts anciens, au « s » emphatique arabe, correspond un
« z » emphatique en mazigh (voir Remarque 2 précédente).
Ainsi avec « sz » et « zs », nous écrirons : yuzsam (il a jeuné), tazsallit (la prière), lhemmezs (les
pois-chiches), aszefszaf (un peuplier), yeszber (il est patient), taszabunt (une savonnette), etc.

P2. Pour le « r » emphatique, nous proposons de garder le digramme « rh » vu que les lettres « r »
et « h » ne se rencontrent que dans de rares emprunts, comme dans « yerhes » (il a comblé),
« yerhen (il a hypothéqué).
Dans ce cas, on a deux solutions, soit on met une apostrophe entre les deux caractères lorsqu'ils
sont significatifs, soit on intercale un « e » en tant que voyelle muette.
On écrira : yer'hes, yer'hen ... ou : yerehes, yerehen
Ex. yerhwa (il est rassasié), tarhuka (une quenouille), arhumi (un chrétien), etc.

P3. Nous proposons de prendre le digramme « dt » pour les « d » et « t » emphatiques, vu que les
« d » et « t » ne se suivent jamais à l'intérieur du mot. Lorsqu'il est tendu, on doublera simplement le
« t ». Par ailleurs, le « d » emphatique est réalisé /î/ dans certains parlers, et la tension sur /v/ ou /î/
est toujours réalisée /îî/. Ainsi on écrira :
yudten > adttan ((il est malade > la maladie)
tasedtta > tisedtwa (un rameau > des rameaux)
asemmadt > tasemmadtt (froid > froide)
agrud > tagrudt (un enfant > une enfant)
dtawes (un paon), adtas (beaucoup), Remdtan (Ramadhan)
Adtlas (Atlas), Fadtma, Fadtima, Remdtan, Mah'fudt [Prénoms]

P4. Comme vu plus haut, les « o » et « ä  » peuvent être aisément représentés par les digrammes
« dj » et « dz », vu qu'on n'a pas de suites (d,j) et (d,z), en mazigh. Pour le « ç », nous proposons de
prendre le digramme « tc », le « t » et le « c » ne se suivent qu'en début de verbe, à la deuxième
personne, en conjugaison. Il suffit alors d'intercaler un « e » muet après le « t » pour éviter la suite
(t,c), dans ce cas (voir les indices de conjugaison, plus loin).
Ex. tecab (elle a les cheveux blancs), tecucefem (vous avez pris un bain), etc.

P5. Nous proposons de représenter le « t » affriqué par le doublet « tt », lorsqu'il s'agit d'une
tension sur « t » et écrire par ailleurs « ifessi » et « ad teddu » même si on devait lire respectivement
/ifeppi/ et /apeddu/.

P6. Pour la pharyngale « ê » nous proposons le caractère « h » suivi d'une apostrophe. Nous
garderons alors le « x » pour le « kh » français, dans « axxam », afin de pas trop nous éloigner de
l'écriture traditionnelle.

Ex. afellah' (un paysan), yeh'zen (il est triste), yexzen (il a enfoui)
Muh'emmed, Muh'end, Mah'fudt, Fatih'a (prénoms)

P7. La vélaire «  ? » a déjà une représentation quasi universelle, à travers le digramme «  gh », nous
pouvons garder cette représentation d'autant plus que le «  g » et le « h » ne se rencontrent
pratiquement jamais en mazigh. Il suffit alors d'énoncer une règle qui stipulera que la tension sur
« gh » est réalisée par le doublet « qq ». On écrira alors :
ighimi > yeqqim (l'action de s'asseoir > il est assis)
asghar > yeqqur / aqquran (bois sec > il est sec, le sec)

P8. Nous proposons de représenter la pharyngale «  e » par « ä » et nous la considérerons,
évidemment, comme une consonne à part entière :
Kaäba, aädaw (un ennemi), aäudiw (un cheval), Saädi, yeäya (il est fatigué), etc.

Question : Pourquoi le « ä » et pas le «  â » proposé par certains ?
Réponse : Nous préconisons le « ä » pour, au moins, deux raisons :
1- Le « ä » permet de rappeler la notation par une double voyelle, dans certains cas : Saädi, Kaäba,
aärab (un arabe), taärabt (une arabe, la langue arabe), maälic (ça ne fait rien), etc.
2- On pourra utiliser le « â » pour représenter le «  a » ouvert du français, dans certains emprunts :
atâksi (un taxi), apâpâs (un père-blanc), Frânsa (France), tafrânsist (la langue française), etc.

Tension sur les digrammes

La tension sur les digrammes pourrait être représentée par le doublement du caractère significatif,
cependant, nous avons vu que deux phonèmes changent de valeur phonique lorsqu'ils sont tendus.
Ce sont les phonèmes représentés par les digrammes «  gh » et « dt ». Nous les écrirons comme suit :

  •  « gh » tendu sera noté « qq » (ighimi > yeqqim)
  • « dt » tendu sera noté « dtt » (yudten > adttan)

Pour les autres digrammes, nous doubleront le premier caractère pour «  rh », « sz », « zs » et le
deuxième caractère pour les digrammes « tc », «  dt » et « dj », nous écrirons alors :
yezzsa (il a planté), fesszel (couper - un tissu -), berrha (dehors)
yetcca (il a mangé), Fedttuma (prénom), yedjja (il a laissé), etc.

Le digramme « dz » ne se rencontre que dans « Dzayer » (Alger, Algérie) et ses dérivés (adzayri,
tadzayrit, etc.), autrement il résulte d'une tension dur «  z » que nous représenterons par « zz » même
si on prononce « dz » tendu.

Ex. gzer (lacérer) > agezzar (lacéreur, boucher), prononcé « agedzzar ».

Remarque 1.
Dans les cas (rares) où les caractères rentrant dans la composition d'un digramme sont significatifs,
nous les séparerons, de préférence, par un « e » muet, au lieu de l'apostrophe proposée auparavant.
Ce phénomène concerne quelques emprunts ainsi que l'indice de conjugaison « t » en début de
verbe, comme dans les exemples suivants :
gh : /ghem/ (étouffer), sera écrit « gehem »
tc : /tcab/ (elle a les cheveux blancs), sera écrit « tecab »

Nous écrirons par ailleurs : « yegehem » (il a étouffé), « tatcinett » (une orange), « ad tecibem »
(vous aurez les cheveux blancs), yettcabi (il ressemble), ttcawar (demande conseil), etc.
Dans les deux derniers exemples, il n'y a pas de risque de fausse lecture, vu que le « tc » tendu est
noté « tcc » (et non « ttc »).

Remarque 2.
Le digramme « tt » est une tendue, puisqu'il représente le plus souvent le « t » tendu. Nous écrirons
  : netta (lui), taseksutt (une couscoussière), tayemmatt (une mère) ...

Le mot et l'orthographe

En plus des aménagements de l'alphabet nous en avons apporté d'autres concernant :
l'utilisation du tiret séparateur
la séparation de l'article du nom qu'il détermine
l'adoption de désinences verbales fixes
l'adoption d'orthographes différentes pour certaines particules homonymes.

1. Tiret séparateur
Le tiret séparateur remplace une voyelle initiale tombée par élision, ainsi que le « d » de l'indice du
futur « ad » devant les pronoms personnels et la désinence initiale de la première personne du
pluriel.
yessen it (il le connaît) <> tessenem-t (vous le connaissez)
tewwim-t idd (vous l'avez apporté) <> tewwim-dd (vous avez apporté)
a-t idd awin (ils le ramèneront) <> a-dd awin (ils ramèneront)
ad yeddu (il ira) <> a-neddu (nous irons)
tessenem-t = tessenem + it ; tewwim-dd = tewwim + idd ; a-neddu = ad + neddu
a-t (awin) = ad + it (awin) ; a-dd (awin) = ad + idd (awin)
Lors d'une élision d'une voyelle finale, on mettra une apostrophe.
Ex. in'as (dis-lui) = « ini » + « as » (verbe + pronom personnel).
m'ara yeruh' (quand il partira) : m'ara = mi + ara (quand + que)

2. Séparation de l'article
L'article est un mot à part entière, certes, il accompagne presque toujours le nom qu'il détermine,
mais on peut rencontrer des noms sans articles, alors qu'ils sont sensés en avoir :
Proverbe : Win yesäan zimer yeg as ziker (Qui a agneau lui met ficelle)
En chaoui, on a : dtad (doigt), fus (main), cal (terre), etc ...
Le mot d'emprunt « ta macint » (la machine) peut être décomposé exactement comme dans la
langue d'origine (ici, le français) :
Français : la (article) + machin (radical) + e (marque du féminin)
Mazigh : ta (article) + macin (radical) + t (marque du féminin)

 - Les articles mazighs sont les suivants :
a (a qcic) : article masculin singulier de l'état libre
i (i rgazen) : article masculin pluriel de l'état libre
ue (yusa-dd ue rgaz, ta murt en ue mazigh) : art. masc. sing. de l'état lié
ie (usan-dd ie rgazen, usan-dd ie meksawen) : art. masc. pl. de l'état lié
ta (ta qcict) : article féminin singulier de l'état libre
ti (ti lawin) : article féminin pluriel de l'état libre
te : (tusa-dd te qcict, usant-dd te lawin) : article féminin de l'état lié

- L'article d'origine arabe (dans les emprunts) sera « el » (ou « l » suivi d'une apostrophe, pour les
noms commençant par une voyelle).
el qahwa (le café), el waldin (les parents), l'islam, l'uzin (l'usine).
Devant les consonnes dites « solaires » (en arabe), on aura assimilation du « l » de l'article « el »
par la consonne en question.
On écrira : el zwadj (le mariage), el dunit (la vie), el sâk (un sac)
et on lira : « zzwadj », « ddunit », « ssâk  » ...

2. Désinences verbales
Les désinences verbales mazighes sont toujours les mêmes (sauf à l'impératif), et ce, quel que soit
le verbe et son aspect. En kabyle, on les définit comme suit :
Désinences Accompli Inaccompli

 - - egh
te - - - edt
ye - - -
te - - -
ne - - -
te - - - am
te - - - amt

 - - n

 - - nt
walagh (j'ai vu)
tewaldt (tu as vu)
yewala (il a vu)
tewala (elle a vu)
newala (nous avons vu)
tewalam (vous avez vu, masc.)
tewalamt (vous avez vu, fém.)
walan (ils ont vu)
walant (elles ont vu)
ttwaligh (je vois)
tettwalidt (tu vois)
yettwali (il voit)
nettwali (nous voyons)
tettwalim (vous voyez, masc.)
tettwalimt (vous voyez, fém.)
ttwalin (ils voient)
ttwalint (elles voient)
A l'aoriste, on a les mêmes désinences que ci-dessus :
waligh (ad waligh) ; tewalidt (ad tewalidt) ; tewalimt (ad tewalimt), etc.
A l'impératif, on a les désinences suivantes :
Désinences Accompli Inaccompli

  •  - -
  •  - - m/t
  •  - - mt

wali (vois)
walim/walit (voyez, masc.)
walimt (voyez, fém.)
ttwali (vois habituellement)
ttwalim/ttwalit (voyez habituellement, masc.)
ttwalimt (voyez habituellement, fém.)
N.B. Les voyelles ne se rencontrant jamais en mazigh, à l'intérieur du mot, le « e » de la désinence,
disparaît lors d'une rencontre avec une autre voyelle.
Ex. walagh = wala + egh (j'ai vu)
talimt = te + ali + emt (ad talimt = vous monterez)
yekker = ye + ekker (il s'est levé)
ilit = ili + et (soyez)

4. Utilisation du "e" muet
On utilisera la voyelle « e » comme voyelle muette pour différencier l'orthographe de certaines
particules homonymes.
d : présentatif (c'est, il est) : d a rgaz (c'est un homme) ; d a mudtin (il est malade, c'est un malade)
ed : préposition et coordonnant (et, avec) : am ue qjun ed ue mcic (comme chien et chat), yedda
lakw ed baba-s (il est parti avec son père)
s : préposition (à, vers) : yeruh' s a xxam (il est parti à la maison),
es : préposition (à, avec, à l'aide de) : yexeddem es ue meger (il travaille à la faucille)
i : art.masc.pl. de l'état libre : i rgazen (les hommes, des hommes)
ie : art.masc.pl. de l'état lié : usan-dd ie rgazen (les hommes sont venus)
ei : préposition (à, pour) : in'as ei Mennad (dis à Mennad)
iy : relatif ou conjonction (qui, que) : d netta iy-dd yusan (c'est lui qui est venu)

Conclusion

Le but de cette réflexion est de proposer un aménagement de l'écriture mazighe afin de la rendre
plus pratique et plus performante et de faciliter, par conséquence, l'apprentissage en minimisant les
risques d'erreurs commises le plus souvent par les apprenants en mazigh.
Nous pensons aussi que l'écriture à la machine à écrire ou au traitement de texte informatique sera
plus aisée car allégée de tous les ajouts manuels ultérieurs, au moindre petit texte imprimé.
Autre avantage, et pas des moindres, grâce à l'élimination des signes diacritiques et des caractères
grecs ( ? et e), il ne sera plus nécessaire d'inventer un logiciel ou des polices de caractères
spécifiques, pour écrire en mazigh, un simple éditeur de texte suffira.

Illustration
« Idt d wass » : texte extrait d'un roman de Amar Mezdad (page 4).
1. Version originale : « Iv d wass »
« Beôôa tezde ? tsusmi. Aeni d adfel. Avu nni d-ibegsen kra yekka wass, atan yekbel. Ass aneggaru di
yennayer yekkat-d wedfel. D amervil. Asmi tebda ddunit, nnan as i weqjun : "Xtir ili-kk d aqjun ne ? ttameîîut".
Ixtar Inna-yasen : D awez ?i, tagi ur tverru. Yif it ma lli ? d aydi tiêdert ap-pixfif, wanag tameîîut
aêlil !" Tamurt ma tpepp arraw is, yessis d aeûar i tent-teeûûer (...). Ur p-id-iûaê yives ar-d yali wass. Ur-pid-
iûaê ap-perr awal ma ur p-yeeoib. Tadist deffir tayev, dderya d inilban, am lbaîaîa wa ur ireffed wa.
Tam ?art d wem ?ar si tama ad pneéman fellas. Tilewsatin di tama dderz nsent ad isnunnut eiîîa d
aseggas. Akken ara t ?il ddunit qrib a s-d-tevs, mi zewoent yakw tlewsatin, im ?aren wwven amekkan
nsen, imiren ara d-te ?li fellas txessaôt taneggarut, yernu ur tebni fellas.  »

2. Nouvelle version : « Idt ed w'ass »
« Berrha tezedegh te susmi. Aäni d a defel. Adtu enni iy-dd yebegesen kra yekka w'ass, atan
yekebel. Ass a neggaru di yennayer yekkat-dd ue defel. D a merdtil. Asmi tebda el dunit, ennan as ei
ue qjun : "Xtir ili-kk d a qjun negh d ta medttut". Yextar, yenna-y-asen  : "D a wezghi, tagi ur tedterru.
Yif it ma elligh d a ydi ti h'edert ad tixfif, wanag ta medttut ah'lil ! ". Ta murt ma tettett arraw is, yess is d
a äszar iy-tent teäesszer (...). Ur-tt idd yeszah' y'idtes ar-dd yali w'ass. Ur-tt idd yeszah' ad terr awal
ma ur-tt yeädjib. T'adist deffir tayedt, el derya d i nilban, am el badtadta wa ur yereffed wa. Ta mghart
ed ue mghar si t'ama ad ttnezsman fell as. Ti lewsatin di t'ama el derz en-sent ad yesnunnut äidtta d
a seggwas. Akken ara teghil el dunit qrib a-s-dd tedtes, mi zewedjent yakw te lewsatin, i mgharen
ewwedten a mekan en-sen, imiren ara-dd teghli fell as te xessart ta neggarut, yernu ur tebni fell as. »

H. SAHKI, Sétif, Décembre 1997.


FORUMS
Music
Poésie
Tchatche
Rencontres
© Kabylie 2015 | Charte | Recommandez-Nous | Plan | Archives | Contact