La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Kateb Yacine : Les cris de l'indomptable oracle

Après 1950, Kateb Yacine repart en France où il exercera des petits "boulots" y compris celui d'ouvrier agricole en Camargue en compagnie de Malek Maddad. De retour à Alger, il travaillera comme docker. En 1945, il rencontre le grand auteur allemand B. Brecht. Il apprend le métier du théâtre avec Jean-Marie Serreau qui l'avait découvert à la lecture du "Cadavre encerclé" paru dans la revue "Esprit" (1944).

En 1956, parut aux éditions le Seuil "Nedjma" ; les auteurs de l'Anthologie maghrébine" (Hachette, 1965) notent : "Kateb Yacine est le chantre halluciné de la gent algérienne. Une passion dévastatrice, jusqu'au délire domine l'œuvre : Nedjma, symbole de l'Algérie, désirée et déchirée, toujours renaissant de ses agonies. La phrase y est belle et sonore, écrite pour être dite suivant les rites ancestraux. La construction reprend des procédés de la tragédie antique, amplifiant le rôle du chœur." Pour sa part, le professeur Henri Lemaître juge que : "Dans le mouvement d'expression originale d'une culture maghrébine, l'œuvre de Yacine occupe une place de choix. Par la poésie, le récit, l'expression dramatique, il est à la recherche d'un humanisme qui se situerait au point de rencontre -et éventuellement de conflit- entre les traditions de la culture natale et les exigences de l'histoire. Ainsi, Nedjma, c'est la femme sauvage, peut-être une allégorie de l'Algérie elle-même, source d'amour obsédant pour des hommes qui ne savent s'ils font l'histoire ou si c'est l'histoire qui les détruit".

Le personnage réapparaît dans "Le Cadavre encerclé", première pièce de la trilogie dramatique intitulée "Le cercle des représailles" où se retrouve, comme aussi dans "Le polygone étoile", "l'entrecroisement des obsessions : la fascination du passé, la conscience de l'actualité, l'inextricable coïncidence et discordance simultanée du mythe et de l'histoire" (Henri le maître). Préfacé, dès sa première édition, par le Martiniquais Edouard Glissaut qui prévient le lecteur de certaines difficultés liées à l'écriture même de ce roman-épopée, "Nedjma" devint presque un mythe de la littérature algérienne de langue française d'autant plus qu'à lui se greffe la majorité des personnages qui font leur apparition dans les autres ouvrages de l'auteur. Après l'indépendance, K. Yacine continuait à faire le va et vient entre l'Algérie et la France. En juin 1967 après un voyage à Moscou, il continue sur Pékin et Hanoi. Il écriva alors la pièce "L'homme aux sandales de caoutchouc" en hommage au combat des Vietnamiens. En avril 1971, il décide de revenir s'installer en Algérie et écrit ses pièces en arabe dialectal pour mieux être compris par le peuple.

Aidé par Ali Zamoum qui exerçait au ministère du Travail, il fonde l'"Action culturelle des travailleurs". En 1978, il est nommé directeur du Théâtre régional de Sidi Bel-Abbès. Là, il monta les pièces : "La guerre de 2000 ans", "Le roi de l'Ouest", "Palestine trahie", "Mohamed, prends ta valise". Toutes ces pièces sont marquées par les symboliques de l'histoire, le mythe des origines, l'authenticité, la révolte contre l'exploitation et l'arbitraire. K. Yacine en est venu à inaugurer certaines de ses pièces par l'hymne de l'Internationale ("C'est la lutte finale"). Il en est ainsi de "La guerre de 2000 ans" dans laquelle interviendra le personnage de la Kahéna, cette dernière, tel un oracle s'écrie : "Le seul Dieu que nous connaissons, On peut le voir et le toucher : Je l'embrasse devant vous C'est la terre vivante La terre qui vous fait vivre La terre libre d'Amazigh !" Kateb Yacine et ses œuvres ont, en tous cas, fini par se confondre avec la lutte pour l'égalité, la liberté, la promotion du rôle de la femme. La réhabilitation de tamazight comme langue et culture, la désaliénation religieuse. "L'aliénation vient de la religion (…) Les religions sont des facteurs d'aliénation profonde (…) Elles sont profondément néfastes, et le malheur de nos peuples vint de là. Nous avons parlé des Romains et des Chrétiens, maintenant parlons de la relation arabo-islamique, la plus longue, la plus dure, la plus difficile à combattre", dit-il dans une interview avec Tassadit Yacine (in revue Awal - 1992).

Kateb Yacine, c'est tout cela et plus que cela. C'est l'Algérie tourmentée, le prolétaire exploité, le Berbère aliéné. C'est aussi et même avant tout cela, la poésie. "Ceux qui m'ont lu sérieusement savent qu'à la base de tout chez-moi, il y a la poésie (…) En général, la poésie est la première source. C'est évident, notre enfance est là pour témoigner que nous sommes tous avant tout des poètes. L'enfance, c'est la poésie (…) Ce que j'appelle poésie, c'est l'acte révélateur, l'acte créateur par lequel on prend conscience de la vie et des choses" (entretien avec Hafid Gafiati - Laphonie 1986). Qui, mieux que ses amis intimes, pourraient témoigner de la chaleur humaine, de la lucidité débordante et des principes inébranlables. Le regretté Issiakhem, Mohamed Saïd Ziad, Benamar Mediène, Ali Zamoum sont les personnes les plus proches de Yacine, avec qui ils ont partagé des moments d'inoubliables bonheurs jusqu'à ce jour funeste du 28 octobre 1989 où Yacine devait être emporté par la leucémie. Sa dépouille était transportée au cimetière sur les rythmes de l'Internationale scandée par la foule et des cris "Yacine d'Amazigh !". C'était juste huit mois après la perte aussi inestimable de Mouloud Mammeri.

Amar Naït Messaoud Suite et fin.


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