La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Tradition Kabyle : Grand-mère, « Il était une fois Ansla… »

Dans quelques jours, grand-mère, dans certaines parties de notre Kabylie, vous les femmes, vous vous souviendrez encore. Vous ferez comme a chaque année, à cette époque, ce que vos mères, vos grands-mères vous ont appris comme tradition kabyle. Avec les mauvaises herbes que vous ramasserez dans les champs, vous allumerez ces grands feux que vous laisserez là, au milieu des vergers, jusqu'à ce qu'ils s'éteignent. La fumée, selon vos dires, est un remède pour les vergers et les arbres : figuiers, oliviers…etc. Quand on aperçoit cette fumée de très loin, on a du mal à croire que ce ne sont que des feux allumés un peu partout dans chaque village.

Tout comme vous toutes, qui ne veulent pas oublier, la nature et le ciel se souviendront aussi. Ce jour la, bien que ça soit l'été, le soleil qui brillera dans le ciel disparaîtra derrière le brouillard qui couvrira soudain les villages. Les feux de Ansla brûleront pour nous rappeler qui nous sommes. Vous, les mères et grands-mères qui n'oublient pas, ferez encore et encore les mêmes gestes que vous faites chaque année. Les gestes que celles qui vous ont précédées vous ont laisse en héritage. Vous prierez Ansla afin que la fumée des feux protége les arbres du mal qui pourrait les atteindre.

Si cette fumée pouvait nous envelopper, nous aussi, elle pourra peut être nous débarrasser du mal de l'oublie qui continue à nous ronger. Mais voilà, comment pourra t-on demander sa protection quand on se souvient de moins en moins de son existence. Il est à craindre que les feux de Ansla disparaissent avec vous toutes : Celles qui les allument, qui se souviennent encore.

Aujourd'hui, grand-mère, beaucoup par mis nous marchent en avant, afin que ce mal qui nous ronge disparaisse, et que les feux de Ansla continue à brûler haut dans le ciel. Mais le chemin sera long, périlleux et plein d'obstacles. Le plus grand obstacle de tous n'est nul autre que nous même. Alors que certains d'entre nous cherchent le chemin à suivre pour se souvenir, les autres attendent de voir si ces derniers le trouveraient ou non. Alors que certains pleurent sur leurs jeunes martyrs, les autres ne veulent pas risquer de pleurer sur leur argent. Alors que certains vont jusqu'à sacrifier leur vie pour que vive notre identité, les autres sacrifient notre identité, afin qu'ils puissent vivre !

Grand-mère, beaucoup diront peu être que je raconte n'importe quoi. Mais tant qu'on ne m'aura pas prouve que j'ai tord, je continuerai à avoir peur. Enfant, sans savoir vraiment pourquoi, je pleurais tout le temps en cachette. J'avais peur que tu disparaisses. Aujourd'hui, les années passent. Je sais maintenant pourquoi j'avais si peur. Après toi, ça sera la fin du monde. Car avec toi, tu empoteras qui je suis, qui nous sommes tous ! Drôle d'univers que celui dans lequel nous vivons. Malgré tous les diplômes que je pourrais avoir un jour, toi qui ne sais ni lire ni écrire, tu en sais plus sur qui je suis que je ne le saurais peut être jamais.

J'ai peur que de tout ce que vous nous avez appris, toi et les autres, il ne restera plus que le souvenir d'un passe lointain. Il ne restera plus que des histoires que certains par mis nous transcrirons sur du papier. C'est cette peur qui me pousse en avant. J'ai peur qu'un jour j'aurais des enfants, qui seront assoiffés de découvrire qui ils sont. Peur que je ne pourrais pas leur montrer ces grands feux, comme vous l'avez toujours fait toi et les autres. Peur que la seule chose qui me restera à l'heur dire quand ils me poseront une question après une autre c'est, grand-mère : « Il était une fois, Ansla… »

Par Farida E.


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