La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Incidents de Sfax

Des parents de victimes témoignent
 
C’est l’histoire de quatre jeunes amateurs de football et fans du Mouloudia, Saber, Sadik, Rafik et Omar, dont l’ âge varie entre 23 et 28 ans ; ils sont issus de familles modestes de la cité de Bachdjarah groupe III. Ils ont décidé de troquer leur fanion du Mouloudia contre l’emblème national. Ces jeunes ont déboursé une petite fortune pour pouvoir aller en Tunisie et témoigner leur amour inaltérable à l’équipe nationale.
dimanche 15 février 2004.

“Il était minuit lorsque le téléphone a sonné pour nous annoncer que notre fils Dalaâ Sedik ainsi que ses trois copains étaient hospitalisés à l’hôpital Habib-Bourguiba à Sfax. Mon fils est dans un état critique, il est dans le coma, je sais qu’on me cache quelque chose concernant sa santé. Imaginez-vous, mon fils qui gît dans un lit d’hôpital en Tunisie, lui qui n’a jamais quitté le pays. Je ne peux même pas lui rendre visite, j’espère que je le reverrai vivant”, nous raconte la mère de Sadek. Sa voix est fatiguée autant que ses yeux, épuisés d’avoir trop pleuré. Celle-ci nous apprend aussi que son deuxième fils Lyès, étudiant en médecine, a rejoint son frère le lendemain du drame afin d’être à ses côtés.

Le regard fixé sur la photo de son fils, il ne comprend pas les motifs d’un acte aussi barbare et prémédité. “Je ne comprends pas pourquoi autant de haine contre les Algériens, pourtant ce n’était qu’un match de foot. Nous ne méritons pas une telle bavure. Nos enfants sont partis dans un cadre sportif et ils se retrouvent maintenant aux urgences et dans les morgues. Les Tunisiens avaient prémédité cette bavure en vendant plus de places que le stade ne pouvait en contenir”, confie le père de la victime, éploré. Ami Mohamed, nous raconte qu’il s’est déplacé au ministère des Affaires étrangères pour avoir des nouvelles de son fils, mais en vain. “J’ai dû attendre presque une heure pour être reçu par une personne qui m’a déclaré, après avoir consulté une liste interminable, que mon fils est vivant. J’ai tenté d’avoir d’autres nouvelles, l’employé du ministère m’a remballé en me disant : rentrez chez vous, nous allons vous contacter,” ajoute-il. Pour la famille Taka, c’est l’attente de nouvelles de leur fils Rafik. “Imaginez-vous mon frère humilié, tabassé puis hospitalisé sans raison, son inculpation c’est d’être un Algérien. Maintenant il se retrouve avec une fracture du bassin peut-être, je ne le souhaite pas, il perdra l’usage de sa jambe, tout cela à cause d’une haine injustifiée”, s’exprime, en sanglots, la sœur de la victime. Même colère chez la famille Alioua et la famille Bouharine.

“Les Tunisiens se sont acharnés contre nos enfants. Je sais que les Algériens ne sont pas des enfants de chœur, mais personne ne mérite une telle violence”, lance la mère de Saber. Et d’ajouter : “Je n’ai pas fermé l’œil depuis dimanche dernier, c’est injuste, injuste de s’acharner contre nous.” D’un ton ferme s’interroge Naâman : “Où est l’État algérien, que fait-il ? Devrons-nous, nous présenter à la frontière algéro-tunisienne pour crier : rendez-nous nos compatriotes pour que le gouvernement réagisse ! L’attente est insupportable !” conclut-il.

Contactée par téléphone portable, une des victimes encore hospitalisées à l’hôpital Habib-Bourgiba à Sfax raconte : En ce dimanche dramatique, à l’heure précise du drame, les quatre victimes Saber, Sadek, Omar et Rafik se trouvaient à l’intérieur de leur voiture stationnée dans un garage ; ces derniers attendaient que les choses rentrent dans l’ordre pour pouvoir rejoindre l’appartement qu’ils avaient loué à Sousse. Aussitôt sortis, une embuscade leur était tendue. Saber raconte lucidement, de son lit d’hôpital, le drame comme ci c’était un film d’horreur dont ils en étaient les acteurs principaux.

“C’était la plus longue nuit de ma vie, à un moment je croyais que j’allais mourir. Il était 10h30, nous sommes sortis du garage, des citoyens nous ont jeté des blocs de pierre tout le long de notre passage. Arrivés au rond-point de la ville, nous nous sommes retrouvés devant une foule immense qui nous a barré la route, nous avons fait demi-tour, mais sans issue, la foule était enragée : ils ont cassé la voiture et dégonflé les pneus. Nous avons dérapé en tentant de fuir. Des citoyens se sont dirigés vers nous et ils nous ont tabassé et délesté de tout ce que nous avions, même nos chaussures puis ils nous ont laissés à terre”, raconte le rescapé. Et d’ajouter : “Le lendemain, nous nous sommes retrouvés dans cet hôpital. Ce n’est pas un film mais la pure réalité. Je ne comprends pas pourquoi toute cette haine, pourtant nous n’avons pas participé à la casse. Les Tunisiens ont frappé tout le monde sans distinction. Dieu merci, nous sommes vivants”, affirme avec regret notre interlocuteur. “Ils nous ont fait baver, nous voulons rentrer au pays le plus tôt possible. Dites au gouvernement de faire quelque chose”, conclut-il.

Nabila AFROUN, Liberté

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