La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Le groupe de musique JMT

 
La crise multidimensionnelle que vit notre pays depuis octobre 1988 a un impact considérable sur la création artistique en général. Poésie, roman, œuvre dramatique, partout l’empreinte de la crise.
dimanche 15 février 2004.

AINSI, après le thème de la guerre d’indépendance, qui a servi pendant de longues années comme source d’inspiration artistique, c’est au tour de la décennie 1990 avec ce qu’elle renferme comme charge sémantique de servir de thème dominant dans tout ce qui se fait actuellement dans le domaine des arts. Le cinéma qui est pour l’instant à la traîne rejoindra tôt ou tard cette orientation. C’est dans ce bouleversement artistique, prémices d’un avenir plein de créativité, que le groupe musicale JMT voit le jour. Il voit le jour pour surtout chanter la nuit noire où tout un peuple voit de jour en jour son horizon obstrué.

Avec dans leur besace des mots mordants et des notes étourdissantes, les éléments du groupe s’en vont en guerre contre la hogra, le mépris , l’assujettissement, la misère sociale, et tout un tas de fléaux qui apparaissent souvent en temps de désordre. Pour faire tilt dans l’esprit des gens et secouer leurs consciences anesthésiées par les discours ronronnants du pouvoir, le groupe a choisi comme support musical à ses textes, le rap. Ce style musical, nous dit un élément du groupe, est par essence contestataire, revendicatif. Avec le rap, la prédominance va au texte, au message véhiculé. Le groupe JMT (Jeunesse maltraitée) monté exactement en 1998 est composé actuellement de quatre éléments : Benmalek Daddy, Farid Imadali, Samir Hagrag, Saïd Ahmim. Ils ont beaucoup de choses en commun. Ils sont jeunes, courageux, humbles, ils ont l’amour de leur partie, la rage de réussir, de vaincre. En quatre ans d’existence, le publique béjaoui les a déjà adoptés et certains artistes et non des moindres les ont gavés d’encouragements.

Ayant animé plusieurs spectacle et participé à des concours de musique où ils ont été lauréats, leur autorité est presque assurée au niveau régional. Leur premier album, sorti il y a plus d’une année, n’a pas cependant connu le sort qu’il méritait. Composé d’un bouquet de 8 chansons, l’album continent deux chansons en duo : l’une avec le grand Rabeh Inesliyen, l’autre avec l’El Kserois, Samy Gabrel. En écoutant ce produit, la première impression qui nous vient à l’esprit est la force évocatrice des mots. C’est à un véritable travail de réhabilitation des mots que le groupe s’attelle. Donner aux mots leur véritable sens, ne pas les pervertir, les prostituer comme cela se fait de coutume en temps de troubles. Voilà à quoi tend JMT. Un exemple de ce flou dans lequel baignent les mots aujourd’hui, le mot démocratie. Pour l’Algérien d’aujourd’hui, il renvoie à tout, sauf à sa signification originelle. Ainsi, même ceux qui font de la violence leur méthode de lutte, claironnent qu’ils sont pour la démocratie.

Dans son Qu’est-ce que la littérature ?, Sartre avance que "les poètes sont des hommes qui refusent d’utiliser le langage". Le groupe JMT, au contraire, l’utilise et comme il se doit : cru, osé, direct, sans ambages, sans images. Il refuse de rejoindre la cohorte de ceux qui usent d’un langage perverti, dénaturé et mensonger. Pourquoi user de détours quand on a une voie royale pour aller droit au but ? Les mots pour JMT, s’ils ne réveillent pas doivent assommer. Avec un rythme endiablé par moments, les mots dans les trois langues (kabyle, arabe et français) coulent telle une larve volcanique qui entraîne tout sur son passage. Aucune barrière, ni tabou, ni totem ne résiste à la marée lexicale de JMT. Après avoir secoué quelque peu les consciences amorphes, le groupe entre aujourd’hui dans une hibernation inexpliquée. Point de spectacles, point d’album. Serait ce l’éloignement les uns des autres qui en est la cause ? Benmalek Daddy et Samir Haddab vivent à Béjaïa-ville, Saïd Ahmim réside à Alger et Farid Imadali est à Sidi-Aïch. C’est sûr qu’il est difficile de se frayer un chemin dans la jungle artistique de notre pays, mais il est du devoir de JMT de briser le silence, de reprendre la scène et, pourquoi pas, de nous gratifier d’un second album tout aussi percutant que le premier.

Boualem B., LA DÉPÊCHE DE KABYLIE

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