La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Recueil de poésies et calligraphies

Caravane de la soif de Hawad
 
Poursuivant notre série d’articles relatifs au domaine amazigh et aux fins, au besoin, de mieux montrer combien - vivacité oblige-passé et présent sont désormais intimement liés et ce, en marge de la conférence sur les origines du Tindi que doit donner aujourd’hui, au Cnrpah M. Dide Badi, anthropologue dans ce même centre, nous présentons ici, brièvement, un recueil de poésie écrite par un autre Targui, Hawad, et dont le titre, hallucinant et bien réel à plus d’un titre, laisse bien entendu rêveur.
dimanche 8 février 2004.

POURSUIVANT notre série de papiers relatifs au domaine amazigh et aux fins, au besoin, de mieux montrer combien - vivacité oblige-passé et présent sont désormais intimement liés et ce, en marge de la conférence sur les origines du Tindi que doit donner aujourd’hui, au Cnrpah M. Dide Badi, anthropologue dans ce même centre, nous présentons ici, brièvement, un recueil de poésie écrite par un autre Targui, Hawad, et dont le titre, hallucinant et bien réel à plus d’un titre, laisse bien entendu rêveur. Dans l’avant-propos qu’elle lui consacre, Hélène Claudot qui a assuré la traduction et l’adaptation française, nous apprend que Hawad est un poète targui de l’Aïr et qu’il s’agit d’un recueil de textes et calligraphies tifinagh, "original à plus d’un titre". De fait et puisqu’originalité il y a lieu de parler ici, nous ne manquerons pas de relever que c’est bien à un acte inédit dans la tradition targuie que nous avons affaire ici.

"Habituellement" en effet, c’est plutôt la transmission orale de textes (en vers ou en prose) qui consiste le socle permettant cette fameuse chaîne de transmission grâce à laquelle les Touareg se préservent de l’oubli de leur propre culture. "Signe d’une transition, écrit la préfacière, d’un passage entre une littérature orale et anonyme, fondue dans un creuset collectif et l’œuvre individualisée, fixée par l’écriture, marquée et signée par une personnalité singulière". Tout ceci est absolument nouveau et méritait d’être signalé tant, hormis des cercles restreints de spécialistes, peu, voire bien peu pouvaient avoir accès directement à la source. L’auteur est né en 1950 au nord d’Agadez. Il appartient à la tribu des Ikazkazen qui nomadisent entre les contreforts occidentaux de l’Aïr et le Temesna. Recueil, récit d’une vie de plus en plus sujette aux angoisses procréées par le rétrécissement du nomadisme, mode de vie traditionnel ici, il raconte "le durcissement des frontières qui déchiquettent le pays touareg entre plusieurs nations".

Entraînant de fait "la dissolution des échanges et des solidarités ancestrales". Mais écoutons Haward : "Je suis ivre de délire... les cordes qui relient ma mémoire à son passé... sont tranchées... les douleurs me précipitent vers les falaises de la solitude... où les chauve-souris fêtent le deuil des veuves..." Tout est là, toute une douleur est là sous nos yeux qui nous indiquent le vide dangereux engendré par la "rupture" de mémoire et par l’impossibilité de continuer à être soi-même "comme avant". Mais cri l’espoir et de courage aussi : "... Homme... pense aux arches où sont passés tes ancêtres en exil... mais sans t’en effrayer... car ce sont elles qui t’appellent... sache seulement qu’elles existent..." Claudot nous explique aussi que "... Hawad ne rédige ses manuscrits qu’en tifinagh. Pour rendre l’écriture plus aisément déchiffrable, il a ajouté des symboles pour les voyelles". Et Hawad, magistralement, de répondre : "Pas même fou... je recouds seulement mes imaginations sur les trames du vent... J’ai dit à ma mère... suis-je pris dans les filets de la folie... voyage mon fils, répondit-elle..." Tout est également là.

Eternelle ma Targuie qui, malgré vicissitudes et dangerosité de la vie devenue, ne trouve son équilibre dans le voyage, dans l’errance parcourue du plus grand désert du monde. Publié déjà à la fin des années 80, ce recueil vaut absolument le détour pour qui a cœur de comprendre et de retrouver les fils ténus qui, reliant le passé au présent, permettent, finalement, de restituer à la vie son sens. Recueil de la continuité, du refus de disparaître, d’être autre.

Malek Bellil, LA DÉPÊCHE DE KABYLIE

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