La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Kabylie : "L’embrasement n’aura pas lieu"

ENTRETIEN AVEC FARÈS OUDJEDI (DÉLÉGUÉ DE LA CICB ET MEMBRE DE LA DÉLÉGATION DES 24)
 
dimanche 8 février 2004.

LA Dépêche de Kabylie : Après plusieurs jours de débats avec le représentant de l’Etat, vous avez décidé de mettre fin au processus du dialogue. Quelles en sont les causes ?
Farès Oujedi : Effectivement, après plusieurs jours de débats avec le représentant de l’Etat, nous avons décidé de mettre fin au dialogue. Les raisons de la rupture sont simples. Ce dialogue visait d’abord à concrétiser le combat de plusieurs générations à travers la constitutionnalisation de tamazight comme langue officielle dans son Etat. Malheureusement, après plusieurs jours de discussions, le chef du gouvernement, qui parlait au nom des institutions de l’Etat, a maintenu sa position de n’officialiser tamazight que par la seule voie référendaire. Ce qui a constitué la cause essentielle qui nous a poussés à quitter la table et à arrêter le processus du dialogue. Ceci dit, le mandat que nous avons eu de l’interwilayas était très clair : on peut discuter de tout, sauf du fond de la plate-forme d’El Kseur. Et puis, je pense que ce dialogue a montré que le fossé qui nous sépare de ce pouvoir est encore plus grand qu’on ne le pense.

Comment appréhendez-vous la suite des événements ?
Nous sommes tout d’abord un mouvement populaire revendicatif. Et nous avons des institutions. Pour cela, nous avons prévu une réunion de l’interwilayas pour ce week-end afin d’adopter le document de rejet des élections présidentielles. Nous continuerons le combat comme nous l’avions fait lorsqu’on est sorti dans la rue il y a de cela trois années pour porter les revendications justes et légitimes des citoyens pour l’édification d’une république véritablement démocratique et juste.

Ne craignez-vous pas que la politique du tout ou rien ne ramène la Kabylie à la case départ ?
Je suis désolé de dire qu’il ne s’agit nullement de la politique du tout ou rien. nous n’avons fait que demander un smig démocratique. La plate-forme d’El Kseur n’est pas une revendication syndicale. Nous avons demandé que la société algérienne soit respectée comme elle est, c’est-à-dire une Algérie plurielle. En principe, le chef du gouvernement doit répondre concrètement aux attentes citoyennes puisqu’il a reconnu la responsabilité unilatérale de l’Etat dans ce qui s’est passé en Kabylie. Il doit normalement donner comme gage de bonne volonté la réparation due aux victimes du printemps noir et la condamnation des instigateurs de ces événements. C’est pour cela que je réitère encore une fois qu’il ne s’agit pas pour nous de tout prendre, mais au moins une réparation historique pour la mémoire des enfants qui ont donné leur chair pour leur pays.

Ahmed Ouyahia vient de déclarer qu’il vous attend encore une fois. Que lui diriez-vous ?
La réponse viendra certainement de l’interwilayas qui nous a mandatés. Ensuite, je rappelle que le Mouvement citoyen a toujours montré sa disponibilité pour un dialogue sain et responsable. Toutefois, je pense qu’il faudra que le pouvoir donne un autre engagement officiel que la plate-forme va être réellement satisfaite et acceptée pleinement et entièrement pour que le Mouvement puisse revenir. La jeunesse d’aujourd’hui n’est pas dupe par ce que le pouvoir a toujours clamé qu’il n’a pas fait appel au dialogue pour cause de présidentielles, mais il se trouve que c’est un leurre aujourd’hui.

D’aucuns disent que la Kabylie va encore s’embraser. Partagez-vous cet avis ?
L’Algérie en général et la Kabylie en particulier ne sont pas Kaboul. Nous nous battons démocratiquement et pacifiquement pour le triomphe des causes citoyennes. Nous allons appeler certainement à des grèves, descendre dans la rue, faire des marches pacifiques et essayer d’empêcher tout ce qui est injustice dans ce pays. L’embrasement n’aura lieu que si des gens veulent cette situation. Mais ils trouveront certainement des citoyens responsables pour les en empêcher et nous serons les premiers à prendre le risque.

Plusieurs tendances sont apparues au sein du Mouvement citoyen. A quoi est due cette fracture selon vous et comment voyez-vous l’avenir immédiat ?
Même s’il est vrai que certains camarades sont partis ou ont changé de vision pour des raisons objectives ou subjectives, il n’en demeure pas moins qu’il n’y a pas de tendances au sein du Mouvement citoyen. Le mouvement des archs s’agrandit toujours parce qu’il tire sa légitimité des causes citoyennes. Comme les causes justes finissent toujours par triompher, nous sommes convaincus qu’avec nos citoyens et toute la population d’Algérie, nous réussirons à bâtir cette véritable république à laquelle nous aspirons tous.

Interview réalisée par Ali. B., LA DÉPÊCHE DE KABYLIE

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