La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Un Rêve algérien de Jean-Pierre Lledo

 
Il fallait faire ce film. Tout simplement parce qu’il s’agit d’un épisode occulté de l’histoire nationale. Une histoire de femmes et d’hommes réunis par un même idéal, partageant les mêmes valeurs de justice sociale et de fraternité, d’origines diverses ­p ; arabo-berbère, judéo-arabe, espagnole, française, italienne, etc. - autour d’un journal, Alger républicain, avant et pendant les deux premières années de la guerre de Libération nationale.
jeudi 29 janvier 2004.

Henri Alleg est, bien sûr, le personnage central du film. Sous le militant, de l’homme qui a subi la « question » en 1957, perce une grande humanité, celle d’un rêveur. Il narre avec beaucoup de retenue, de distance, toute une période de sa vie qui se confond avec celle du mouvement national. Il a choisi de retourner en Algérie par bateau. Car c’est en bateau qu’il a débarqué à l’âge de 18 ans en Algérie, quittant définitivement son Angleterre natale. Henri Alleg, de parents juifs originaires d’Europe centrale, est né à Londres. L’Algérie sera son pays. A l’arrivée au port d’Alger, des anciens d’Alger républicain, disons des « survivants », sont là. Première visite d’Henri Alleg, le lieu où il a été torturé, le lieu où Maurice Audin a été assassiné, le lieu où Ali Boumendjel a été balancé du cinquième étage par Aussarresses, le tortionnaire. Henri n’a rien oublié. Ce qui était un centre de torture est devenu un immeuble d’habitation, avenue Ali-Boumendjel à El Biar. Lledo a pris le parti pris de filmer Alger la nuit. La ville semble ainsi être revenue vers son passé de lieu de résistance. Dans les anciens locaux d’Alger républicain, qui ont servi au lendemain du coup d’Etat du 19 juin 1965 de siège à l’entreprise d’impression du parti FLN, Henri Alleg, entouré par les anciens du journal, regarde les morasses d’Alger républicain avant son interdiction par les autorités coloniales. Sur l’une d’elles, il est écrit en exergue : « Alger républicain dit la vérité, rien que la vérité mais ne peut pas dire toute la vérité ». La caméra de Lledo quitte Alger. Direction Annaba. Rencontre émouvante avec le vieux Kader, ancien syndicaliste et militant communiste, ancien moudjhahid. Les deux hommes ne se sont pas revus depuis l’indépendance nationale. Rencontre émouvante avec celui qui a animé l’une des grèves ouvrières les plus longues - 62 jours - de l’histoire sociale algérienne. Kader, malade, décédera quelques jours après avoir été filmé par Lledo. Puis direction les mines de l’Ouenza. Retour à Alger et visite dans la Mitidja, au lieu dit la Ferme de Mme Lou. Une grande dame d’origine européenne, dont la tombe est toujours entretenue par les paysans de cette région de la Mitidja. Et dont la fille, ancienne secrétaire d’Henri Alleg, a été affreusement torturée par les paras de Massu durant la Bataille d’Alger. Cherchell, c’est Mustapha Saâdoun, dernier survivant des maquis « rouges » d’Henri Maillot. Parler direct, vrai de cet ancien maquisard dont les trois frères - l’un à peine âgé de 16 ans - ont été fusillés en représailles. A côté des tombeaux de ses frères, Saâdoun montre plusieurs dizaines de tombeaux, tous fusillés pour l’exemple en cette année 1957. « Un Ouradour sur Glane »*, commente le vieux maquisard. Constantine n’est pas oubliée. Puis Oran où Lledo a vécu enfant et une partie de son adolescence. Images émouvantes entre le réalisateur et son ami d’enfance. La caméra fixe l’habitation modeste où ont vécu les parents de Jean-Pierre pendant qu’Henri bavarde avec une vieille Oranaise. A travers ces images, Jean-Pierre Lledo a évoqué le rêve de ces femmes et hommes, qui se sont battus pour une Algérie réunissant deux fraternités, deux fraternités indifférentes aux confessions et aux origines ethniques de ses membres. L’Algérie ayant évolué dans des conditions sociohistoriques particulières, elle ne pouvait être ni l’Afrique du Sud ni produire un Mandela en mesure d’éviter les drames nés d’une colonisation particulièrement dure. A travers le parcours d’Henri Alleg, le réalisateur a voulu non seulement rendre hommage à ces femmes et hommes nés dans ce pays, mais rappeler que l’histoire de ce pays ne saurait se réduire à cette vision islamo-nationaliste que l’on a assenée à toute une génération. A sa manière, le film de Jean-Pierre Lledo contribue à l’écriture de l’histoire. Ce « rêve algérien » n’a pas eu lieu, mais il a survécu dans la mémoire de ces femmes et de ces hommes. C’est l’essentiel. Allez le voir.

Hassane Zerrouky, Le Matin

* Village du centre de la France, dont une partie de la population a été passée par les armes, en 1944, par l’armée allemande.

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