La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Tamazight a besoin d’un minimum de volonté politique

 
La proposition émanant du Chef du gouvernement Ahmed Ouyahia concernant le recours à un référendum national pour l’officialisation de tamazight est catégoriquement rejetée dans la wilaya de Tizi Ouzou, ou du moins dans les régions que nous avons parcourues hier. Les résultats auxquels sont parvenus les 24 délégués mandatés par le mouvement citoyen et le chef de l’Exécutif, six jours après l’ouverture des négociations sur le processus de la mise en uvre de la plate-forme d’El Kseur, sont loin d’être satisfaisants.
jeudi 29 janvier 2004.

« Il n’est pas question de recourir au référendum sur le huitième point de la plate-forme d’El Kseur », nous dira un quinquagénaire rencontré à Tizi Rached en cette journée pluvieuse du 28 janvier en plein centre de cette localité située à 25 km du chef-lieu de la wilaya. La proposition d’Ouyahia de soumettre l’officialisation de tamazight à un référendum national meublait d’ailleurs les discussions des citoyens, d’autant plus que la Maison des jeunes de cette région abrite aujourd’hui le conclave de l’interwilayas durant lequel la délégation rendra compte des résultats obtenus au bout de cette première partie de pourparlers sur la mise en application des quinze points contenus dans la plate-forme d’El Kseur pour décider, par ailleurs, des suites à donner aux suggestions du gouvernement. « La constitutionnalisation de tamazight est primordiale. Je ne vois pas pourquoi Ouyahia cherche à soumettre ce point à référendum, alors que tamazight est une langue ancestrale », poursuit notre interlocuteur en parlant de blocage. C’est l’impasse, selon ce dernier et de préciser : « Nous savons clairement que c’est impossible de consacrer tamazight langue nationale dans l’immédiat. Mais il faut définitivement trancher cette question ne serait-ce qu’en fixant un échéancier. » Ce père de famille qui a vu ses enfants investir la rue durant les évènements du Printemps noir avoue faire entièrement confiance à la délégation qui mène les négociations avec le gouvernement. Un avis partagé par d’autres jeunes citoyens qui s’interrogent sur l’issue de ce dialogue, censé mettre fin à trois ans de crise. C’est le cas à titre illustratif d’un groupe de jeunes chômeurs, toujours de la même localité, qui se sont contentés de crier « Ulac smah ulac ! » en réponse à notre question sur ce qu’ils pensent de la proposition d’Ouyahia. « Je suis contre l’idée de référendum. En suggérant de recourir à cette solution, le gouvernement demande aux Algériens de choisir entre l’existence ou la fin du peuple amazigh. Un peuple qui ne se limite pas uniquement à notre pays. Tout le monde le sait. Soumettre cette question à référendum, c’est remettre en cause toute l’histoire de l’Afrique du Nord », dira, pour sa part, un jeune commerçant de Larbâa Nath Irathen avant d’enchaîner : « Nous sommes contre le pourrissement et la violence. Il est temps d’uvrer pour la paix en Kabylie. » A Tala Amara, une commune distante de 4 km de Tizi Rached et qui est gérée par un comité de village composé de 25 personnes, les citoyens suivent de très près l’évolution de la situation, notamment après l’enclenchement des négociations sur la plate-forme d’El Kseur et la signature du protocole d’accord additionnel portant, entre autres, sur la dissolution des APC et des APW issues des élections locales du 10 octobre 2002. « Il est très difficile d’officialiser tamazight du jour au lendemain. Mais il ne faut pas aussi l’ignorer », s’est contenté de dire un jeune lycéen de la région, alors que pour d’autres jeunes de la même localité, à l’image de Hakim, un étudiant inscrit à l’université de Tizi Ouzou en première année tronc commun technologie, la proposition d’Ouyahia est « un refus déguisé » de consacrer tamazight langue officielle. Le président du comité de village de Tala Amara, Kermas Kamel, qui est en même temps juriste, rappelle que l’officialisation de tamazight est une vieille revendication. « Donc, il est grand temps de régler cette importante question », suggère-t-il. Et de regretter : « Apparemment, il y a problème, alors que ce point est le socle même de la plate-forme d’El Kseur. » Pour notre juriste, le gouvernement savait pertinemment avant d’inviter les aârouch au dialogue que la reconnaissance de tamazight en tant que langue officielle figure parmi les onze points de la plate-forme. « Ouyahia dit ne pas avoir les prérogatives pour se prononcer sur cette question. Il s’est engagé au nom de l’Etat à prendre en charge les revendications du mouvement citoyen. Pourquoi ne s’est-il pas préparé au point 8 avant d’aller à ces négociations ? » s’interroge le représentant du village de Tala Amara en soulignant clairement : « Tamazight n’a pas besoin de référendum. Elle a besoin d’un minimum de volonté politique et d’un courage historique » car, de l’avis de Kermas Kamel, « en assumant cette responsabilité historique, les décideurs permettront à l’Algérie d’évoluer en toute cohésion et fraternité et non dans la division ». « Tamazight dans toutes ses dimensions, linguistique, identitaire et culturelle, est un droit naturel. Il est tous à fait évident de l’officialiser. C’est un combat de générations qui ne nécessite pas de débats une énième fois. Tous les points de la question sont suffisamment cernés. Il est grand temps de passer à la concrétisation. Le retard handicape des générations entières », dit encore notre interlocuteur. Les enseignants et les étudiants de l’université d’Oued Aïssi, apostrophés sur ce sujet, rejettent également de leur côté la suggestion d’Ouyahia. « Si on soumet cet important point au référendum, tamazight ne sera jamais officielle. Pourquoi ce détour qui cache le rejet ? » s’interroge un enseignant de la faculté des sciences sociales de ladite université. Et à son collègue de déclarer : « De cette manière, on nous exige de demander l’autorisation d’exister. Ce qui est très grave. Etant considéré comme une minorité en Algérie, la majorité va voter contre notre langue maternelle. De toutes les façons, le Pouvoir ne fait que semer la division entre le peuple en optant pour une telle solution. » Globalement, la population à Tizi Ouzou, dont la majorité espère arracher quelques acquis avec l’ouverture du dialogue, semble aujourd’hui déçue par la tournure qu’ont prise les évènements. C’est en effet le retour à la case départ.

S. I., Le Matin

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