La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Ali Hadjaz, animateur-réalisateur à Berbère-TV

"Le bonheur c’est d’avoir une passion et de pouvoir l’exprimer"
 
La Dépêche de Kabylie a rencontré M. Ali Hadjaz, animateur et réalisateur de l’émission "Ittij N’Tmurt", ainsi que de différents reportages qu’il envoie à partir de la Kabylie. Il a bien voulu répondre à nos questions. Un entretien où il s’est livré à des confidences sur ses rapports avec cette chaîne, ses conditions de travail et ses projets.
mercredi 21 janvier 2004.

QUEL est votre rôle à BRTV et comment définissez-vous votre émission "Ittij N’Tmurt" ? Ali Hajaz : Je suis un collaborateur passionné, pour le moment, qui essaye d’enrichir les programmes de Berbère TV. Comme pouvait le faire n’importe qui. C’est une chaîne bébé qui a besoin de toutes les compétences kabyles. Et l’émission "Ittij N’Tmurt" est un support logistique qui donne la possibilité de se faire connaître et un espace d’expression libre à partir d’ici. Une émission où on n’a pas besoin de visa pour pouvoir passer à Berbère TV.

Comment procède-t-on pour passer dans votre émission ? C’est simple. Il suffit de me contacter et trouver un jour qui convient pour chacun, ensuite procéder à l’enregistrement en toute simplicité. Quand il s’agit d’un chanteur, "Ittij N’Tmurt" est un espace promotionnel, une émission pour valoriser l’artiste en lui laissant le choix des thèmes, des chansons, etc. Quand il s’agit de me déplacer pour un événement qu’organise un village ou une association, on me contacte de même, on vient nous chercher avec mon équipe. Et je salue au passage tous les villages et associations qui nous ont reçus à présent.

Quel est votre but ? J’ai dit : donner l’occasion sans visa de passer à Berbère TV, donner la parole aux Kabyles à partir d’ici, servir Berbère TV, enrichir ses programmes. Adiyfek Rebbi kan swayes aranqabel. Filmer est une passion pour moi et avec Berbère TV je suis en train de vivre une histoire d’amour.

Quels sont les moyens mis à votre disposition et comment vous exprimez-vous dans vos reportages ? Je m’exprime dans mes reportages tel un artiste-peintre reproduisant un paysage avec un seul crayon, sans gomme et sans coach mais qui passe assez de temps pour le reproduire à la perfection. Vous savez, je n’apprécie rien avant de le mettre en image sur pellicule. J’ai fait un tour à Paris cet été pour la première fois et j’ai ressenti une frustration sans ma caméra. Il y avait des vues extraordinaires que j’aurais tant voulu filmer et les montrer aux autres. Par moments je sors, au printemps ou en hiver, et je filmais tout ce que je voyais, et à la fin, il en sort quelque chose de poétique. C’étaient des images que tout le monde avait le plaisir de voir et de revoir sur Berbère TV dans Paysages de Kabylie. Quand on a la chance d’exprimer sa passion et de pouvoir la montrer aux autres, c’est ça le bonheur !

Beaucoup n’ont pas cette chance de pouvoir montrer l’objet de leur passion, que leur dites-vous ? La réussite est un long chemin et non une destination. C’est un arbre qu’il faut planter à la graine et avoir de la patience d’attendre parfois des années pour espérer récolte. Il faut savoir ce que l’on veut et le vouloir passionnément jusqu’à le matérialiser si on sait prendre le bon chemin. Et le meilleur chemin, c’est un travail acharné, où l’honnêteté, la force de caractère, la foi, l’intégrité et la loyauté constituent les pierres angulaires de la fondation sur lesquels édifier un succès équilibré. Le compter sur soi et surtout croire en soi-même et rester aussi vrai que possible sont le secret de la réussite. Si l’on croit à ce que l’on fait même s’il est difficile de le faire admettre au début, mais à la longue, vous amènerez tout le monde à croire en vous. Il faut avoir le désir de rendre service à autrui. Mes émissions servent les autres, et de là, j’en tire toute ma joie.

Parlez-nous de l’équipe qui vous entoure... Dans notre équipe, il n’y a aucun professionnel. Nous partageons la même passion qui est de servir Berbère TV, et c’est cette passion qui s’exprime dans nos productions. Elles ont l’aspect qu’elles ont, mais qui dégagent quand même une chaleur et une sincérité authentiques qui attirent la sympathie et le respect du public auquel on s’adresse. Nous sommes sur une lancée et dans le proche avenir nous aurions acquis assez d’expérience et posséderons un matériel adéquat pour travailler à l’aise, comme d’autres caméras et le nécessaire pour le montage afin d’envoyer des prêts à diffusion. Vous verrez que nous serons à la hauteur des attentes, au bonheur de tous les Kabyles que nous servons avec enthousiasme et respect. Soyez patients et indulgents à notre égard, vous ne serez pas déçus. Il faut aussi que les Kabyles ne baissent pas les bras, continuer de renouveler les cartes d’abonnement. Et je lance un appel aux sponsors afin d’investir leur publicité dans Berbère TV. Je me souviens des années 89 et 90 où toute la Kabylie faisait circuler une pétition pour réunir 1 million de signatures afin de demander une chaîne en berbère, et que maintenant que nous avons une, on la délaisse et on lui tourne le dos. Si Berbère TV a assez de rentrées en pub, elle sera gratuite et c’est un objectif de ses créateurs.

Vos débuts avec BRTV ? ll n’est pas évident d’intégrer une équipe installée en France à partir d’ici en tant que débutant et inconnu dans le milieu. Je n’ai pu m’imposer que par mon travail et ma ténacité. J’ai mis tout de même un sacré temps pour être reconnu. Et à ce propos, je tiens à rendre hommage à ceux qui m’ont connu ici sur le terrain tels que Kamal Tarwiht qui, dès qu’il a intégré l’équipe en France, a dit au patron, lors du visionnage d’un de mes sujets : "Celui-là, il ne faut pas le lâcher". Et depuis, tous mes envois sont montés et diffusés. On m’a même accordé un créneau hebdomadaire pour mon émission "Ittij N’Tmurt". En gros, je remercie toute la famille Brtv, ceux qui sont sur place à Paris et ceux qui comme moi collaborent d’ici. J’aurais tant souhaité que nous soyons nombreux pour répondre à toutes les demandes et couvrir chacun dans sa région tous les évènements. Il y a une telle richesse à explorer ! Berbère TV est une chaîne familiale, c’est notre télévision et elle a besoin de nous tous pour la servir et la préserver.

Conditions de travail ? Tout comme l’équipe qui est sur place à Paris, nous sommes armés de la seule volonté de servir Berbère TV. Je ne vais pas parler des conditions dans lesquelles je travaille, l’essentiel c’est que le résultat plaît. Il faut rendre un vibrant hommage à l’équipe de Paris qui, grâce à sa seule volonté, arrive à maintenir la chaîne debout, avec des moyens de défiance. C’est une équipe de jeunes, soudée, qui aiment ce qu’il font et qui ont la conviction qu’avec le peu de moyens, avec le temps, ils en feront de Berbère TV une chaîne à la mesure des attentes. Moussa, Kamal, Abderrazak, Zakia, Hillal, Ouamar, Lynda etc, sont les piliers de Berbère TV, sans oublier tous les animateurs, stagiaires, et surtout l’association des Amis de Berbère TV et les abonnés. Ces gens-là, un jour, l’histoire fera parler d’eux comme des pionniers de la télévision berbère. Bien entendu, j’allais les oublier : Moh Saïd Hadjaz et Moh Aksil qui sont mes bras droits ici.

Qu’est devenue BRTV après 4 ans d’existence ? Berbère TV est qualifiée à l’unanimité de tafat nnegh (notre lumière). Elle est entre nos mains, on doit la protéger et la maintenir allumée. Les reportages, les clips, les courts métrages, etc, sont de Kabyles aux Kabyles. C’est une chaîne familiale qui respecte la mentalité de nos parents. Elle est de même ouverte sur le monde, elle est prête à l’évolution, voire la révolution. Ce que je filmais, ce que je disais, j’ai toujours en mémoire que ma mère et tous ceux que je respecte vont le regarder. Donc, si quelqu’un veut se rincer l’œil sur des nombrils et cuisses dénudées n’ont qu’à zapper, ils ont l’embarras du choix sur d’autres chaînes. Il y a aussi en ce moment d’énormes efforts qui sont en train de s’investir dans la production : les chanteurs sont en train de tourner des clips, les réalisateurs des films, car maintenant que Berbère TV est là, ils ont l’espoir de pouvoir les montrer.

Awal Tagara, comme vous avez coutume de le dire à la fin de chaque émission. Je remercie tous les gens, les artistes, les militants, les intellectuels, tous ceux qui m’ont donné la joie de les filmer et de les passer à la télévision. Je continuerai à les servir et je dis à tous de patienter, chacun son tour, le chemin est long et joyeux. J’ai d’autres projets en tête qui sont de donner la possibilité à d’autres animateurs de créer en mettant mon matériel et mon expérience à leur disposition. Que du bonheur !

Entretien réalisé par M.A.T., LA DÉPÊCHE DE KABYLIE

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