La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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100e anniversaire de la mort de Si Mohand U M’hand

 
A lui seul, le destin de Si Mohand U M’hand résume le destin de toute la nation algérienne en général et de la société kabyle en particulier en amplifiant les cris de douleur, les angoisses de la fatalité coloniale et les espoirs d’une résurgence attendue.
samedi 23 décembre 2006.

La culture berbère de Kabylie ne mesurera sans doute jamais assez la part et la contribution de Si Mohand U M’hand dans la renaissance qu’elle a entamée pratiquement au milieu du 20e siècle. Le poète-démiurge, dont on commémore en ce 28 décembre le 100e anniversaire de sa mort, est l’emblème irréfragable d’un ressourcement salvateur qui allait projeter la Kabylie dans les sentiers de la recherche de son identité collective et de son “ipséité” en tant que communauté spécifique et en même temps solidaire du reste des composantes de la société et de la culture algériennes.

A lui seul, le destin de notre troubadour résume le destin de toute la nation algérienne en général et de la société kabyle en particulier en en amplifiant les cris de douleur, les angoisses de la fatalité coloniale et les espoirs d’une résurgence attendue. Son parcours- véritable épreuve du temps faisant succéder à l’innocence d’une enfance cléricale une patente infortune personnelle- dit aussi pour nous l’harmonie, précaire mais prégnante, de la cellule familiale et du village kabyle avant la chute brutale prenant les allures d’une véritable déréliction humaine.

Plus qu’un témoin de son temps, mieux qu’un ménestrel gagné par le lucre, loin d’une prétention moralisatrice, celui qui repose depuis 1906 au Portique de la Garantie (Aseqif n’Tmana) symbolise l’esprit libre, le génie créateur, la parole salvatrice et le souffle immarcescible d’un verbe que les générations de la ‘’Crise berbériste’’ de 1949, les animateurs du Mouvement berbère de 1980 et les actuels défenseurs de l’amazighité ont conjugué avec l’exigence de ressourcement, d’épanouissement de nos valeurs culturelles, de liberté et de modernité, le tout se fondant dans une authenticité librement assumée .

Avec un autre prophète du verbe ayant été son contemporain- à savoir Cheikh Mohand Oulhocine-, notre poète incarne la Kabylie rebelle, insoumise. Loin de la sapience désuète qui installe la résignation, Si Mohand a crié tout au long de sa vie Anarrez wala aneknu ! (Plutôt rompre que plier). L’esprit et le verbe mohandiens ont été transmis de bouche à oreille, de génération en génération, jusqu’à pouvoir inspirer la chanson et la poésie modernes kabyles en en meublant les textes d’une prosodie et d’une éloquence que le temps n’arrive pas à démentir.

A l’occasion de la commémoration de cet anniversaire, un hommage particulier doit être rendu à tous ceux qui ont permis que la parole de Si Mohand arrive jusqu’à nous sous sa forme écrite. Simples copistes-y compris en lettres arabes-, traducteurs amateurs, chercheurs en patrimoine ayant fait une recension des textes auprès de rapporteurs, traducteurs professionnels et anthropologues de la culture qui ont approfondi l’étude des textes mohandiens (à l’image de Mammeri), tous ces défenseurs de la poésie de Si Mohand et des valeurs qu’elle véhicule ont un mérite considérable dans la restauration et la réhabilitation d’un pan précieux de la culture kabyle. Le ‘’Verlaine’’ ou le ‘’Rimbaud’’ kabyle, comme le désignent certains chercheurs ou ethnologues européens en mal de comparaisons identificatoires nourries par l’européocentrisme, est pour nous le Mohand kabyle dans lequel se reconnaissent encore aujourd’hui la société et les hommes de Kabylie, dans leurs jours fastes ou pendant leurs heures angoissées, dans les moments de grandeur ou dans les situations d’infortune.

Le saut historique que la Kabylie a effectué depuis l’indépendance du pays pour faire valoir ses droits culturels et linguistiques sous des régimes politiques où ont régné l’arbitraire, le pouvoir personnel et le déni du droit à la différence doit beaucoup à l’héritage de Si Mohand qui a pu transmettre aux générations actuelles le bréviaire de la révolte, de la résistance, de l’esprit de liberté et du goût de l’indépendance, comme il a pu leur transmettre des mots, des syntagmes, des rythmes, des images et une prosodie dont la magie n’a d’égal que la tragédie et l’épreuve qui ont formé le destin de notre aède. En cela, il est le Portique de la garantie de nos luttes futures.

Avec la Dépêche de Kabylie

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