La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Les aârouch ensorcelés ?

 
lundi 19 janvier 2004.

Après tant de mois de combat, de dignité et de sacrifices consentis par la Kabylie, et après tant de morts, de dépassements et de souffrance, et en dépit de la forte mobilisation maintenue jusque-là, les objectifs des délégués semblent se décanter et diverger. Après tant d’assassinats, de blessures handicapantes à vie et de répression féroce, la satisfaction de la plate-forme d’El Kseur demeure un objectif sacré que la Kabylie est condamnée à arracher en déjouant toutes les manipulations, diversions, etc. Aujourd’hui, l’itinéraire pour la continuité du mouvement jusqu’à satisfaction des légitimes revendications, en respect et à la mémoire de tous les martyrs et victimes du Printemps noir, semble changer de direction et dévier totalement de sa trajectoire. Et à ce stade des événements, les divergences, cachées ou avérées au sein des aârouch qui sont victimes d’une implosion, font surface. Cette implosion pour des questions de pouvoir, d’argent et de tout autre avantage a donc semé parmi les délégués du mouvement citoyen « la trahison » et la division, a pulvérisé leur unité et cohésion et a donné naissance à l’antagonisme et à l’adversité et risque de conduire à l’affrontement et à la dislocation de cette entité que le mouvement citoyen et ses victimes ne pardonneront jamais. Le mouvement citoyen, représentant les masses populaires, à ne pas confondre avec la structure des aârouch et des délégués qui y gravitent, est cependant perplexe devant la tournure des événements ! Pourquoi et dans quel intérêt les aârouch se sont divisés ? Par quelle légitimité les aârouch se donnent le droit de briser leurs cohésion et unité ? Les deux ailes ont-elles le droit d’agir séparément et de s’entredéchirer ? Les aârouch sont-ils en train de spéculer sur le sang de toutes les victimes du Printemps noir ? Pourquoi dialoguer maintenant ? En conditionnant la mise en uvre de la plate-forme par des préalables, après sa reconnaissance officielle par le Pouvoir, oublie-t-on qu’il y avait lieu de s’entendre uniquement sur les conditions et les échéances de son application ? Ce Pouvoir qui est resté sourd pendant trois longues années, qui a négligé et laissé la Kabylie dans une situation de non-gestion et d’anarchie, qui nous a imposé des élus et qui prépare sa réélection, lui reste-il une crédibilité quelconque pour engager des négociations avec lui ? Ne recherche-t-il pas uniquement la participation de la Kabylie à l’élection présidentielle d’avril prochain ? Ne tombons-nous pas dans un piège ? Certes, tout conflit ne trouve son issue qu’autour d’une table de négociation mais, dans ce cas précis, le partenaire n’est pas digne de confiance et n’est pas habilité, en fin de mandat, à s’engager sur quoi que ce soit. Le bon sens et la raison imposent de retarder encore ces contacts et négociations pour les engager, après les élections, avec la nouvelle équipe. Les questions sont diverses et variées et il appartient aux aârouch de s’expliquer. Les citoyens, qui ne pardonneront jamais d’être manipulés, leur imputent toute la responsabilité de cette division et exigent toutes les vérités. Messieurs des aârouch, débrouillez-vous pour vous réunir, nous ne pouvons nous permettre ce clivage avec ces deux ailes. Des deux tendances ne restera qu’une seule. Dialoguiste ou non dialoguiste. Le mouvement citoyen n’accepte aucune division et vous avez la charge, l’obligation et la responsabilité de ne former qu’un seul bloc et vous êtes condamnés à réussir. En vous divisant, vous nous divisez et nous n’avons besoin d’aucune division, sinon vous nous conduisez droit vers l’échec car notre désunion ne fait pas notre force. Alors, pourquoi agir en position de faiblesse et de division et dans pareille situation l’échec n’est-il pas fatal ? Ainsi, Messieurs les délégués, dites-nous lesquels d’entre vous ont tort ou raison ? Eclairez nos lanternes et trêve de critiques et de reproches les uns contre les autres. Organisez des confrontations devant les populations qui vous ont mandatés pour assainir vos rangs avant de désigner une quelconque délégation. Vous n’avez pas le droit de vous exclure mutuellement car vous êtes pourvus de la même légitimité. Seuls les citoyens peuvent retirer leur confiance à leurs délégués, et ce, en les destituant de leur mandat et en leur retirant publiquement leur confiance. Lavons, entre nous, notre linge sale. Et il n’est toujours pas propre. De mon point de vue, aucune délégation ne saurait être désignée au dialogue lorsque la division et la désunion sévissent au sein de vos rangs. Votre devoir et responsabilité historique sont de vous entendre pour réussir et votre légitimité revient aux citoyens, au nom desquels vous agissez et qui vous interdisent, au nom de toutes les victimes, de vous séparer en deux ailes. Et si l’une ou l’autre de ces deux ailes doit être exclue, le verdict revient aux citoyens et non à vous. Car nul ne vous permet d’exclure un délégué sans consulter sa base citoyenne. Pour accorder vos violons et assainir vos rangs, revenez à vos bases respectives et répondez-leur à ces quelques questions qu’elles développeront sans doute plus. Concernant les préalables et plus particulièrement celui relatif à l’électricité, la déviation est flagrante car il ne s’agissait que de la suppression de la taxe ENTV, et c’est uniquement pour cette raison que les populations ont refusé de payer. Il n’était jamais question de l’effacement de cette dette dûment constatée. Est-ce une manière de monnayer le sang des martyrs du Printemps noir ? Qu’est devenu le préalable de soutien aux journaux et à la liberté d’expression ? N’est-il pas paradoxal d’engager un dialogue avec un « clan », en fin de mission, qui a banni toute expression populaire, qui a tenté de semer la division et porter atteinte à l’unité nationale et qui demeure, à ce jour, impuni pour les crimes qu’il a commis ? Quelles sont les vertus et la crédibilité qu’il exhibe maintenant après tant de violations, abus, répressions, manipulations, divisions, instrumentalisations, détournements, verrouillages ? Cette période post-électorale est-elle vraiment propice à une quelconque négociation ? Quelles sont les garanties de cette démarche dialoguiste décriée et catégoriquement rejetée par l’aile anti-dialoguiste ? Etes-vous représentatifs de tous les Algériens et Algériennes qui ne vous ont certes pas mandatés pour les exclure des négociations sur l’avenir de leur pays ? Votre mandat régional vous permet-il d’aller seul au dialogue sans les représentants des autres régions concernées par la plate-forme d’El Kseur ? Le mouvement citoyen dont vous êtes issus a trop souffert, et il vous appartient de clarifier vos différentes positions et de dépasser vos divergences en vous unissant, coûte que coûte, en vue de la satisfaction pleine et entière de la plate-forme d’El Kseur. Dans cet objectif et pour ne pas rater l’occasion de réussir là où vous avez toujours échoué, il y a lieu de saisir cette conjoncture pour étendre le mouvement citoyen au plan national, de manière à constituer une force incontournable et à ne pas agir seul et séparément, et ce, en obtenant l’implication, la participation et l’adhésion, autour de cet objectif, de l’ensemble des régions du pays. Voilà l’unique préalable. Et s’il y a lieu de dialoguer avec ce Pouvoir et maintenant, et afin de garantir la réussite, dans le cas d’un dialogue accepté par toutes les coordinations, et le contraindre à respecter et à honorer tous les engagements qui découleront de la mise en uvre de la plate-forme d’El Kseur, il y aura lieu nécessairement d’élargir cette mise en uvre à la participation des représentants de toutes les wilayas du pays (puisque la plate-forme a une dimension nationale) et de faire appel à l’ensemble de la classe politique démocratique nationale, toutes les personnalités civiles et intellectuelles, aux médias et organisations nationaux et internationaux, en vue de permettre une sortie définitive de cette crise et une satisfaction irrévocable, pleine et entière de la plate-forme d’El Kseur.

B. Djamel (Ighil Imoula ), Le Matin

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