La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Officialisation de tamazight en Algérie

 
Peut-on restituer le débat sur tamazight en Algérie à la lumière des dernières déclarations de Bouteflika à Constantine ?
lundi 26 septembre 2005.

Si des parties, jubilant devant ce qu’elles appellent l’échec du dialogue, désignent Ouyahia comme la première victime d’une “supercherie” qui l’a envoyé “vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué”, cela n’étonne pas outre mesure du fait que l’agitation politique dans laquelle elles excellent les met à l’affût de la moindre brèche pour crier haro sur le baudet. “On vous l’a bien dit”, ajouteraient les Cassandre des temps présents dont il ferait l’objet de la part du président de la République suite à son engagement d’officialiser tamazight.

Pour ceux dont l’intérêt est précisément la promotion de cette langue, ils n’ont pas attendu les pourparlers archs-gouvernement pour se mettre au travail, faire des recherches sur tamazight et produire en tamazight dans des conditions très difficiles y compris - et peut-être surtout - pendant la période de clandestinité où un sigle ou lettre en tifinagh inscrit sur un tee-shirt ou sur la visière d’une casquette vous attire les foudres des services de sécurité et pouvait vous valoir la prison et la maltraitance.

Tout le monde s’accorde à penser que le peu de production dans le domaine ayant vu le jour dans des publications polycopiées ou dans des cassettes enregistrées dans des garages et transportées sous cape à travers les universités d’Algérie où étudiait une forte communauté kabylophone est d’une qualité qui n’a rien à envier à la production née de la dernière technologie importée et réalisée dans une atmosphère de liberté et de relative démocratie. C’est que la motivation et l’ardeur ayant présidé à la naissance de la première ne sont presque plus de mise dans la nouvelle ère marquée par de nouveaux intérêts, souvent bassement matériels et hautement politiciens.

Il est indubitablement vrai que, dès le départ, la revendication culturelle et identitaire berbère était consubstantiellement liée à une vision politique qui inférait que seul un cadre démocratique pouvait donner libre cours à la création dans cette langue et, du même coup, permettre la libre expression de la société, condition sine qua non de son développement socioéconomique.

Il y a lieu aussi de noter que la revendication berbère a, en quelque sorte, épousé la cadence que lui imposait la pression arabo-islamiste à la fin des années 1970 et au début des années 1980. A leur corps défendant, les Kharoubi, Naït Belkacem et Salah Yahiaoui, pour ne citer que quelques chantres de l’arabisation forcée, ont contribué à hâter l’émergence d’une expression politique de la revendication berbère. A un certain moment, il s’agissait d’une question de survie pour une communauté berbérophone qui a hérité de la langue la plus ancienne de l’Afrique du Nord.

Les pouvoirs successifs - à l’image de tous les pouvoirs de l’ère culturelle arabo-musulmane - ont usé des antagonismes de la société pour asseoir leur hégémonie. Comme en Egypte où les raïs ont su, pendant quelques décennies, neutraliser la gauche marxiste et les intégristes de la section des Frères musulmans en les manipulant et en les poussant à l’affrontement sur les campus universitaires, le pouvoir algérien a toujours joué les intégristes contre les communistes et les berbéristes dans le but de les neutraliser et d’émousser leurs “capacités de nuisance”.

La boîte de Pandore fut ouverte en 1989 avec l’initiation du multipartisme soutenu par... des fonds publics. Quinze personnes pouvaient se réunir dans un bouge pour décider de la création d’un parti. Bon ou mauvais, le choix de fonder un parti comme le RCD n’a pas été sans déchirure dans la mouvance culturelle berbère qui portait déjà le nom de MCB. Aujourd’hui, nous sommes malheureusement contraints de reconnaître que les appréhensions de Salem Chaker étaient fondées. Dans une lettre qu’il avait fait publier dans “Algérie Actualités” de février 1989 et qu’il a insérée par la suite dans son ouvrage “imazighen assa”, il se montrait fort sceptique quant à la nouvelle voie prise par le Mouvement culturel berbère.

Pour cela, il nous donna l’exemple du Maroc et du Mouvement populaire incarné par Mahdjoubi Aherdane, champion de la revendication amazighe dans ce pays. La politisation de la question culturelle se fourvoya das un cul-de-sac. En Algérie, les ambitions personnelles des nouvelles élites politiques et l’adversité née d’un environnement miné par la corruption, la rente et l’islamisme, n’ont pas permis une vision sereine de la question culturelle. Pis, elle finit par devenir un simple faire-valoir politique jouant sur les sentiments sincères et innocents des populations à tel point que des questions aussi ardues et complexes que l’officialisation de tamazight furent galvaudées par la surenchère politicienne.

Parmi les auteurs de la revendication (archs, personnalités scientifiques ou partis politiques), nous n’avons jamais entendu parler d’un forum technique où ils seraient parvenus à la conclusion que, dans l’état actuel de sa maturation, tamazight peut être décrétée comme langue officielle de l’Algérie. Dans l’état actuel des choses, et lorsqu’on appronfondit mieux la question et la portée de l’officialité de la langue, même la langue arabe n’assure pas complètement cet attribut que lui consacre la Constitution du pays. Une anecdote pour illustrer les faits. La télévision montre Bouteflika débitant un discours fort passionné à Tizi Ouzou où il déclare, par trois fois, que nous sommes des imazighen. Il le dit en arabe.

Quelques secondes après, il “épingle” un cadre au sujet des retards de la livraison des logements AADL de Tadmaït et du choix problématique de Cosider comme unique entreprise de réalisation. Il développe ses idées en français. Ma fille, inscrite en 1re année de collège, fait spontanément cette remarque : “Finalement Bouteflika, qui s’époumonait d’expliquer qu’il était pour l’arabe et tamazight, préfère plutôt le français.” La vérité sort de la bouche des enfants, dit-on. En effet, dès que nos cadres sont appelés à s’exprimer sérieusement, techniquement, loin de la langue du bois, le choix est vite fait ; ce n’est même pas un choix. La chose s’impose d’elle-même.

D’où cette nécessité, si nous voulons être au diapason du nouveau village planétaire qu se dessine devant nos yeux, de mettre fin à nos hypocrisies et de regarder la réalité en face. Comme langue nationale, tamazight a plus besoin de chercheurs, de producteurs, de centres de rayonnement que de rhéteurs nourris par la surenchère et le marchandage. Jusqu’à l’heure actuelle, les recherches de Mammeri, le théâtre de Mohia, la posésie de Ben Mohamed, Matoub et Aït Menguellet ont apporté à la culture berbère ce que n’ont pu lui apporter tous les partis et autres organisations réunis. L’opinion et les populations de Kabylie sauront discerner le joyau du faux clinquant, les gens qui travaillent réellement pour la langue et la culture et ceux qui voudraient en tirer une simple gloriole pour des desseins qui n’ont plus besoin d’être avoués.

Source : La Dépêche de Kabylie

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