La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Tizi Ouzou, nouvel eldorado des faussaires

 
L’irréprochable réputation, dont jouissaient les véhicules immatriculés à la wilaya de Tizi Ouzou dans les marchés de l’automobile du pays, semble perdre de son renom. Et pour cause, Tizi s’est érigée, depuis quelques mois, en véritable plaque tournante du trafic de véhicules.
lundi 25 juillet 2005.

Quand la sûreté de wilaya de Tizi Ouzou avait soulevé les premiers soupçons, il y a près de 20 mois, elle était certainement loin d’imaginer que l’enquête qu’elle venait de diligenter allait s’étaler sur une quinzaine d’autres wilayas. Pour les besoins des investigations, d’énormes moyens furent mobilisés, et des brigades entières d’enquêteurs furent réquisitionnées.

Mieux, il aura fallu coordonner les efforts de la direction générale des douanes, des 48 sûretés de wilaya, les compétences du laboratoire scientifique de Chateauneuf, et celles du Centre national de l’informatique et de statistiques (CNIS) pour pister les trafiquants, identifier leur manière d’agir, et recenser les voitures suspectes, dont le nombre avoisine les... 1000 ! En sus des innombrables expertises calligraphiques et graphologiques qu’elle a effectuées via ses services, la sûreté de wilaya de Tizi Ouzou a également accédé, à titre exceptionnel, au réseau informatique des douanes. Il s’agit, là d’une enquête longue, complexe et très sensible. Des investigations d’une telle envergure ne sont pas courantes à Tizi. la Dépêche de Kabylie en a retracé les grands axes et reconstitué les différentes phases.

Enquête

Tout a commencé en date du 28 janvier 2004 quand la brigade économique et financière de la SW de Tizi Ouzou a reçu une demande d’enquête émanant du directeur des mines et d’industrie de la wilaya, concernant un 4x4 de marque Mercedes, immatriculé à Dubai, et sur lequel plusieurs anomalies ont été décelées. Au cours des investigations menées dans un premier temps au niveau du service des carte grises, les enquêteurs de la BEF ont constaté qu’il ne s’agit aucunement d’un cas “isolé”, puisqu’ils des centaines de cas similaires furent relevés. Les véhicules suspectés sont tous importés, et ils circulent, tous, sous de faux numéros d’immatriculation. A ce titre, les éléments de ladite brigade ont décidé d’agir, et après concertation avec le DRAG de Tizi Ouzou, ils ont réussi à identifier pas moins de 505 cas comportant des dossiers de base contestés. Les dossiers de ces voitures (ficelés dans le but de l’obtention de cartes grises) ont été déposés au niveau de différentes daïras de la wilaya, notamment à Larbaâ Nath Irathen. Compte tenu de la gravité de la situation, le procureur de la République a été immédiatement saisi. Celui-ci n’a pas tardé à ordonner la poursuite de l’enquête. Une enquête qui reprendra sur les chapeaux de roues, puisque les policiers de la BEF ont procédé à l’audition du directeur des mines de la wilaya, ainsi que les chefs de service de l’état civil des communes de Beni Douala et de Tizi Rached. Ceux-ci ont unanimement affirmé que les cachets, les griffes et les signatures apposées sur les documents administratifs des véhicules suspectés, étaient soit imités soit falsifiés. Pour vérifier la véracité de ces propos, les enquêteurs n’ont pas hésité à faire appel aux compétences du laboratoire scientifique de la police, sis à Chateauneuf, et ce pour procéder à une étude graphologique. Devant la complexité de la situation et le nombre incalculable des cas relevés, les enquêteurs ont de étendre leur “champ d’action” jusque dans le port d’Alger, où ils travailleront en collaboration avec les éléments de l’IPRP (inspection principale des régimes particuliers).

Les vérifications effectuées ont permis à l’enquête d’accéder à un stade d’avancement assez sérieux : toutes les signatures des receveurs des douanes apposées sur les modèles “846” et les déclarations douanières (D3) ont été purement et simplement... falsifiés ! Qu’à cela ne tienne, le receveur principal des douanes et son fondé de pouvoirs ont été quand même entendus sur procès-verbal dans le cadre de cette enquête. Une expertise, caligraphique et graphologique a même été requise à cet effet. Une démarche que les enquêteurs ont préféré confier aux chercheurs du CNIS, des douanes, lesquels, se sont chargé de vérifier l’authenticité des modèles “846” et “D3”. L’opération de vérification des cartes grises échoit, quand a elle, a un autre service des douanes. Entre temps, tous les services actifs des 48 sûretés de wilayas du pays ont reçu des messages de recherche concernant tous les véhicules incriminés, avant même d’attendre les résultats des expertises.

Les polices algériennes étaient “sommées” d’intercepter les voitures, et, le cas échéant, procéder à leur immobilisation. Rien de moins ! Mieux, et sur proposition de la direction du CNIS, les enquêteurs de la BEF de Tizi ont été autorisé, à titre exceptionnel, à se connecter au réseau informatique des Douanes pour pouvoir suivre les traces des voitures suspectes d’une manière permanante. De fait, les choses ont sérieusement commencé à s’éclaircir, et les premiers résultats deviennent palpables, sur les 505 véhicules recherchés, 118 furent appréhendés. D’abord à Tizi Ouzou, ou on a intercepté l’écrasant majorité, puis Alger, Sétif, Constantine, Tipasa, et bien d’autres villes. Parallèlement à cela, les services sollicités pour les expertises ont confirmé que ces voitures circulaient sous de faux documents. 11 d’entre elles possédaient d’authentiques documents douaniers, mais leur, propriétaires ont fait usage de faux documents administratifs pour les obtenir. Les efforts des enquêteurs ont fini par payer, mais les investigations ne sont pas clôturées pour autant.

Un procédé démoniaque

En se basant sur les déclarations des centaines de personnes auditionnées dans le cadre de cette enquête, les policiers de la brigade économique et financière de Tizi Ouzou ont pu donner un sérieux coup de fouet à leurs investigations. En plus de l’identification formelle des faussaires et de leurs rabatteurs (au nombre de 18), ils ont également fait la lumière sur le mode opératoire de cette association de malfaiteurs qui a adopté une démarche simple, mais incroyablement efficace. Le tout était, en fait, de convaincre les propriétaires des véhicules importés de moins de trois ans (suivant la formule AIV) de vendre leur voiture sans dédouanement. Une fois la voiture acquise, les faussaires entreprennent de falsifier les modèles “846” et “D3” en se référant soit à des numéros fictifs, soit à des numéros correspondant à d’autres véhicules en circulation. De la sorte, les “revendeurs” peuvent se permettre d’encaisser les taxes douanières. Vient, par la suite, le rôle des rabatteurs. Disposant de moyens matériels importants, ils se chargent de falsifier les documents administratifs des véhicules incriminés. Dans tous les cas recensés, ce sont ces même rabatteurs qui ont procédé au dépôt des dossiers de base au niveau des daïras de Tizi Ouzou pour l’obtention des cartes grises. Les récépissés de dépôt en main, les rabatteurs entreprennent ensuite d’étaler les véhicules dans les différents marchés de l’automobile pour les écouler en toute quiétude.

Les auditions des personnes suspectées d’appartenir au réseau et de leurs victimes se suivent à un rythme effréné. Les présentations devant le parquet se font par vagues entières. La première a eu lieu le 12 juillet 2004, et elle a concerné 12 véhicules incriminés. En tout, la brigade économique et financière de la SW de Tizi Ouzou a présenté près de 200 personnes devant le parquet pour des affaires concernant 52 véhicules. 18 d’entre elles furent inculpées, dix ont été placées sous mandat de dépôt, tandis que les huit restants sot toujours en fuite. A l’heure qu’il est, l’enquête n’a toujours pas été clôturée. Loin s’en faut, les policiers continuent de saisir des véhicules suspects d’une manière assez régulière.

300 nouvelles cartes grises suspectes

Au moment où la sûreté de wilaya de Tizi Ouzou se penche sur l’affaire des 505 véhicules trafiqués, pour la plupart sur son territoire, de nouveaux éléments d’information, incriminant 300 cartes grises lui sont parvenus. Selon les informations en notre possession, c’est le service des cartes grises de la wilaya qui a dévoilé cette nouvelle affaire. Les enquêteurs affirment qu’il s’agirait, cette fois-ci, encore plus organisé que le premier, lequel se fait procurer des cartes grises d’un réseau en bonne et due forme sur la base de faux dossiers.

A en croire nos interlocuteurs, tous les véhicules concernés par cette enquête sont immatriculés à Tizi Ouzou. Une enquête qui déterminera à coup sûr, si les deux réseaux travaillent en collaboration ou si il s’agit en fait, que d’un seul et unique groupe de malfaiteurs. Entre temps, Tizi s’est bel et bien forgée une nouvelle renommée dans les marchés de voitures.

Source : La Dépêche de Kabylie

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