La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
ACCUEIL | KABYLIE | CULTURE | MUSIQUE | PHOTOS | FORUM
Actualité
Culture
Femmes
Etudiants

Les histoires de Taleb Ibrahimi

 
SI, à l’indépendance, l’Algérie s’était occupée exclusivement de la promotion de la langue arabe et de la religion musulmane, c’est un peu par la faute de la berbérité elle-même, précisément sa position dans le triptyque identitaire national, l’Algérie étant culturellement arabe, musulmane par la religion et d’ethnie berbère. La France coloniale avait "tout fait pour nous franciser et nous christianiser mais elle ne s’était nullement attaquée à notre berbérité" pour la bonne et simple raison qu’une telle entreprise aurait relevé naturellement de l’insensé.
samedi 17 janvier 2004.

Voilà en gros l’histoire telle que racontée par Taleb Ahmed Ibrahimi à Bgayet en ce jour du seigneur d’avant-hier. Demande-t-on en effet à une tomate d’être d’une couleur autre que rouge ? A peine si par l’intensification des fertilisants et la multiplication des soins, on espère grossir son calibre ou améliorer son goût. C’est faux. Une prétendue politique berbère de la France n’a jamais existé. Des historiens comme Amar Ouerdane, que Taleb gagnerait à lire, l’ont abondamment démontré sans même biffer du champ d’un raisonnement le fameux Dahir berbère du Maroc. Sur une perspective comparée, la France a plutôt favorisé la langue arabe que le berbère. Francisation ? Il suffit de savoir que l’accès des "indigènes" à l’enseignement était des plus limité. Combien de lettrés la colonisation a-t-elle donc légués à l’Algérie indépendante ? Un nombre insignifiant. C’est faux mais c’est sans doute assez réconfortant pour la bonne conscience de Taleb qui, après avoir été un des piliers idéologiques du régime du parti unique, se veut depuis quelque temps le héraut du changement démocratique et de la lutte antitrafics électoraux. Mais ce n’est pas que cela. En faisant mine de créditer la berbérité d’une certaine immuabilité, il la condamne à baisser la garde et postule l’inanité de sa défense et assurément la vanité de ses défenseurs. Sa définition étagée de l’identité nationale est déjà ignominieuse : la berbérité est la racine qui s’enfouit sous terre tandis que l’arabité et l’Islam sont le fruit et la feuille qui s’épanouissent au soleil. De penser l’histoire comme il le fait, il ne se confond pas encore de révisionnisme. Il y a arrivera un peu plus loin. Sans avoir l’air d’y toucher, il va ravaler la Kabylie au rang de banlieue de l’histoire nationale. "Dans ce pays, c’est toujours une wilaya qui tracte les autres. C’était Mascara du temps de l’émir Abdelkader, puis Sétif avec El Mokrani, puis les Aurès le 1er Novembre 1954 et le tour de cette région est arrivé en 2001", répond-il à une question sur le mouvement national. Pôvres de nous qui avions jusque-là tendance à plutôt bomber le torse... Nous avons donc attendu tout ce temps sans broncher : la colonisation, les enfumades, les spoliations, les guerres et les après-guerres, Boumediene, décembre 1991, les massacres... Rien n’a pu nous tirer de notre engluement dans l’a-historicité. De quoi se confondre de louanges devant Mestari - il ne manquait que cela dans la bouche de Taleb -, ce gendarme venu d’Oum El Bouagi nous réveiller par le staccato de la mitrailleuse de notre profond sommeil historique. Il est permis de violer l’histoire à condition de lui faire un enfant, a dit quelqu’un. Taleb le sait qui clame, avec le cynisme compassé du flibustier qui se sait jouer sur du velours, que "la démocratie c’est le pouvoir pour la majorité et le droit de s’opposer pour la minorité". Simple comme 2 et 2 font 4 ! Ne vous avisez surtout pas demain de jouer aux Don Quichotte surtout maintenant que vous n’ignorez rien de votre position de nabots de l’histoire. Il faut se soumettre à la loi de la démocratie et ne pas récidiver, comme pour tamazight, en soulevant des causes qui n’ont besoin, par le simple ordre naturel des choses, de nul avocat. Et demain peut arriver si vite. Surtout si Lamari décide, comme s’apprête à l’y inviter Taleb, à supprimer dorénavant toute distance entre l’armée et le champ miné de la politique en envoyant les bidasses veiller sur les urnes du prochain scrutin. A ce moment-là, Taleb ne sera pas que celui qui souille l’histoire d’une région et d’une cause qui ont enraillé les projets de ses semblables mais celui qui aura aussi fait un enfant dans le dos de la république.

Mohamed Bessa, LA DÉPÊCHE DE KABYLIE

FORUMS
Music
Poésie
Tchatche
Rencontres
© Kabylie 2015 | Charte | Recommandez-Nous | Plan | Archives | Contact