La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Le christianisme en Kabylie

 
lundi 7 mai 2001.
La conversion de plusieurs familles de Kabylie au christianisme n’est plus un mystère pour personne en Algérie, terre d’Islam où existe une communauté chrétienne saignée par l’exode « pied-noir » de 1962 et évaluée aujourd’hui à quelque 30 000 âmes.

Depuis quelques mois, la presse a levé une partie du voile sur l’histoire singulière de ces familles musulmanes qui ont quitté l’Islam dans un pays à écrasante majorité musulmane et, surtout, dans une région quadrillée par la guérilla islamiste des GSPC (Groupes salafistes pour la prédication et le combat dirigés par Hassan Hattab).

C’est, en effet, dans les régions de Draa-ben-Khedda (ex Mirabeau), Boghni et Les Ouadhias, que se situent les conversions les plus significatives et les plus ostentatoires puisque « les cloches des églises résonnent aujourd’hui au pied du Djurdjura », comme le rapporte le quotidien arabophone Al-Khabar (le plus fort tirage de la presse quotidienne avec 500 000 exemplaires par jour). Cette affirmation est à relativiser puisque le quotidien qui consacre son supplément hebdomadaire à « ces Algériens qui manifestent publiquement leur foi chrétienne », avance le chiffre d’une vingtaine de groupes de convertis récents qui pratiquent le culte protestant à travers la Kabylie.

A l’exception de l’église des Ouadhias qui officie avec la bénédiction du ministère algérien de l’intérieur, les autres centres se résument souvent à des hangars ou des rez-de-chaussée de maisons aménagés en temples. C’est le cas de l’« Eglise de DBK » (initiales de Draa-ben-Khedda), fondée par son pasteur autoproclamé, Said Azzoug, qui a abjuré l’Islam il y a une huit ans et s’est converti au culte protestant.

Le journal arabophone rapporte que les dizaines de fidèles des deux sexes réunis pour la messe dominicale se saluent par de bruyants « alléluia » que son reporter a d’abord pris pour une formule amazigh (la langue berbère que parle la population de Kabylie). Al-Khabar précise que Saïd Azzoug et ses « ouailles » attribuent leur conversion au fait qu’ils ont été touchés par la « lumière divine » et qu’ils ont ensuite demandé à recevoir le baptême. Le pasteur Saïd Azzoug affirme qu’il baptise cinq à six personnes par jour. Toutefois, nombre de spécialistes de la Kabylie estiment que la cause de ces conversions est plutôt à chercher dans le rejet du fondamentalisme islamiste par les habitants d’une région traditionnellement tolérante en matière religieuse.

Dans un pays où la communauté chrétienne pratique son culte sans ostentation, voire dans la clandestinité depuis la montée du fondamentalisme musulman, ces conversions au grand jour, bien que limitées à certaines communautés villageoises, sont perçues comme un défi intolérable. Il faut noter, cependant, que la guérilla islamiste semble fermer les yeux sur un culte qui se pratique à son nez et à sa barbe. Apparemment soucieux de se concilier la population locale, le GSPC de Hassan Hattab dresse de faux barrages, rançonne les voyageurs mais évite de tuer les civils qui n’ont aucun lien avec l’armée ou la police. Une telle attitude, qui contraste avec celle des autres groupes islamistes armés au centre et à l’ouest du pays, expliquerait pourquoi le nom de Hassan Hattab a été scandé par certains manifestants lors des premiers jours d’émeute en Kabylie. Aussi, les réactions les plus vives sont elles venues des sommités de l’Islam officiel qui ont accusé l’église protestante d’agression.

Une « nouvelle croisade »

Le ministre des Affaires religieuses, Bouabdellah Ghollamallah (FLN), relayé par l’influente association des Oulémas affirme que la plupart des évangélisateurs qui exercent en Algérie sont des étrangers et « nombre d’entre eux ont été des officiers de haut rang dans les services secrets de pays européens ». Paradoxalement, lorsque la presse algérienne arabophone, traditionnellement prompte à dénoncer les « complots évangélistes et néocoloniaux » observe en cette affaire beaucoup de sérénité, des journaux arabes comme le quotidien Al-Arab, édité à Londres, y voient une « nouvelle croisade » et un « complot des milieux francophones ».

Dans son éditorial du 2 mai Al-Arab demande aux autorités algériennes d’appliquer aux algériens qui se convertissent au christianisme la peine prévue par la charia (corpus juridique qui prévoit la peine de mort pour les apostats). Dans la même veine, un autre quotidien, Al-Zaman, rejette sur Said Saadi, le leader du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD-parti laïc berbère) la responsabilité des émeutes qui ont embrasé la Kabylie. Citant des sources proches de la présidence algérienne, le journal a affirmé dimanche (édition datée du 5/6 mai 2001) que Saïd Saadi a « sciemment induit en erreur les autorités algériennes en leur révélant l’existence en Kabylie d’imprimeries clandestines éditant des ouvrages de théologie chrétienne destinés à être distribués dans toute l’Afrique ». Selon le journal, c’est sur la foi de ces informations que la gendarmerie algérienne a déclenché dans la région des Béni-Douala (20 km au sud de Tizi-Ouzou) les recherches qui ont mené à l’arrestation puis à la mort du lycéen, Massinissa Guermah. Ce qui a déclenché une réaction en chaîne.

Pour les milieux protestants qui observent sans triomphalisme cet essor du protestantisme en Kabylie, les conversions s’expliquent par l’attrait du christianisme qui a une présence et une histoire en Algérie « même si les nouveaux convertis sont poussés par l’envie de changement, le désir d’aller ailleurs », admet le pasteur Jean-Marc Dupeux, secrétaire général de la Cimade (Service £cuménique d’entraide). Commentant les réactions du ministre algérien des Affaires religieuses, le secrétaire général de la Cimade se borne à répliquer qu’avec cette logique absurde, « même Saint-Augustin (auquel l’Algérie a consacré un séminaire, le mois dernier), n’échapperait pas à de telles accusations ».

Sadek LEKDJA, rfi.fr

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