La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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La Kabylie manifeste en force à Alger

 
Plusieurs centaines de milliers de personnes ont défilé, jeudi 31 mai dans la capitale algérienne, pour protester contre la répression exercée par le pouvoir militaire en Kabylie. En fin de parcours, de jeunes « éléments incontrôlés » ont perturbé la manifestation.
vendredi 1er juin 2001.

Les manifestants, au nombre de 200 000 selon la police, jusqu’à un million selon le Front des Forces Socialistes (FFS, organisateur de la manifestation), ont défilé dans le calme, jeudi après-midi, de la place du 1er mai, à l’est de la capitale, jusqu’à la place des Martyrs, située sur le front de mer, à l’ouest, au pied de la casbah. Venus de toute la Kabylie, ils scandaient des slogans dénonçant la répression sanglante exercée par les forces de l’ordre dans cette région de l’est algérien où, depuis un mois et demi, les émeutes ont fait, officiellement, 51 morts et 1 300 blessés (certains journaux estiment le bilan à 80 morts).

Cette marche, véritable défi portant la contestation jusqu’aux marches du pouvoir algérien, est un succès évident pour le FFS. Elle marque une montée en puissance de la mobilisation : même si des manifestations d’ampleur similaire ont eu lieu récemment en Kabylie, un précédent défilé, organisé le 3 mai dernier à Alger sur le même itinéraire, n’avait réuni que 15 000 personnes. Elle montre aussi que la contestation ne se cantonne plus à des revendications identitaires, comme l’exigence de la reconnaissance officielle de la langue et de la culture berbères, mais s’élargit à un mouvement plus vaste, à la fois politique et social. « On en a assez des généraux », « Liberté de la presse », « Pouvoir assassin », « Dehors les Pinochet », autant de slogans révélant une exaspération et un climat de révolte qui ne sont pas sans rappeler l’esprit des émeutes sanglantes de 1988. Celles-ci avaient contraint le président Chadli Benjedid à libéraliser la vie politique et à mettre fin au parti unique.

L’armée aurait refusé la démission de Bouteflika

Pour l’heure, toutefois, la mobilisation ne semble pas près de gagner l’ensemble de la population. De nombreux manifestants ont tenté, en vain, d’entraîner avec eux des badauds algérois. Des incidents ont éclaté place des Martyrs, en fin de manifestation. Des centaines de jeunes « éléments incontrôlés » s’en sont pris au cortège, lançant des pierres et des projectiles sur les manifestants. Les échauffourées ont duré plus d’une heure, la police tardant à intervenir avant, finalement, de séparer les protagonistes avec des canons à eau. Des vitrines, des enseignes et des lampadaires ont été brisés. Les assaillants, selon la police, étaient des supporters du Mouloudia d’Alger, club de football de la capitale, auxquels se seraient mêlés des voyous venus de la casbah. Pour le FFS, il s’agit de provocateurs manipulés par la sécurité militaire.

Initialement, le parti d’Hocine Aït Ahmed avait prévu de diriger la manifestation vers le palais d’El Mouradia, lieu de résidence du président Bouteflika, sur les hauteurs d’Alger. Le pouvoir algérien a refusé cet itinéraire, à la fois trop dangereux et trop symbolique. L’agitation met en évidence la mauvaise posture du chef de l’Etat, dont la politique de « concorde civile » a tourné à l’échec. Abdelaziz Bouteflika aurait, d’ailleurs, fait part de son intention de quitter le pouvoir lors d’une récente réunion avec des officiers supérieurs sur les troubles en Kabylie. Selon le journal saoudien Asharq Al Awsat, publié à Londres, le président a expliqué aux responsables de l’armée qu’il n’était « plus en mesure de prendre les décisions adéquates pour ramener le calme en Kabylie et empêcher le sang de couler ». Les militaires auraient refusé, affirmant qu’« il devait rester à son poste et assumer ses responsabilités ».

Philippe Quillerier-Lesieur, rfi.fr

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