La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Lounès Matoub, poète martyr

 
La Kabylie commémorait ce lundi le troisième anniversaire de l’assassinat de Lounès Matoub dans un climat d’accalmie précaire. Les manifestants ont une nouvelle fois demandé « la vérité et la justice » sur le meurtre de celui qui est devenu le symbole de toute une population en colère.
lundi 25 juin 2001.

On craignait une journée à haut risque. Même si après deux mois d’émeutes sanglantes, il régnait ces dernières 48 heures une accalmie précaire en Kabylie, la tension était palpable. Des incidents ont éclaté au terme de la marche en mémoire de Lounès Matoub à Tizi Ouzou, peu après la dispersion de la manifestation. Des jeunes ont lancé des pierres contre la préfecture de police, en criant des slogans contre le pouvoir. La police anti-émeutes a tenté de disperser les manifestants en tirant des grenades lacrymogènes.

Sous une chaleur écrasante, quelque 20 000 personnes se sont rassemblées dans la capitale de la Grande Kabylie, devant l’université pour marcher jusqu’au palais de Justice, où la mère du chanteur a prononcé un discours. La foule a une nouvelle fois, comme elle le fait depuis le début des sanglantes émeutes il y a deux mois, entonné les refrains de celui qui incarne le martyre de la cause berbère. La fondation Lounès Matoub avait appelé au calme mais n’a pu empêché les jeunes, torses nus et arborant l’emblême de la culture et de l’identité amazigh (berbère), de scander des slogans hostiles aux autorités comme « pouvoir assassin » ou « on en a marre de l’injustice ». Portant de nombreux portraits du chanteur à bout de bras, certains manifestants ont brandi des banderoles sur lesquelles on pouvait lire « gloire à nos martyrs ».

La célébration de l’anniversaire de l’assassinat de celui que l’on surnomme « le rebelle » intervient dans un climat d’extrême tension, depuis la mort le 18 avril dernier d’un jeune kabyle dans un commissariat de Beni Douala, près de Tizi Ouzou. L’onde du soulèvement s’est propagée avant d’être réprimée dans la violence.

Matoub, le porte-étendard

La date du 25 juin est devenue depuis 1998, synonyme de deuil pour les Kabyles. Sous l’impulsion de la fondation Lounès Matoub, ils demandent que toute la lumière soit faite sur les circonstances de l’assassinat du chanteur. Officiellement, le meurtre a été attribué à un groupe islamiste qui avait déjà enlevé le chanteur en 1994, avant de la relâcher au bout de deux semaines de séquestration. Le chanteur serait mort lors d’un guet-apens sur la route montagneuse entre Tizi Ouzou et Taourirt Moussa, son village natal, une version rejetée par la famille de Lounès, qui accuse les autorités d’avoir commandité ce meurtre avec l’aide de complicités locales.

Craignant des risques d’affrontement lors de cette marche de commémoration, plusieurs voix se sont élevées, notamment celles des coordinations interwilayas regroupant plusieurs localités kabyles, pour appeler, selon le quotidien algérien Liberté « à plus de vigilance pour faire pression sur les forces de répression ».

Pendant ce temps, de l’autre côté de la Méditerranée, à Paris, une veillée avec des bougies devait se tenir ce 25 juin à Paris, sur la place de la République. La veille, au cours d’un concert donné au Zénith et organisé par la fondation, le chanteur kabyle a reçu un disque d’or. A titre posthume.

A l’instar de la population, la presse privée algérienne retenait son souffle ce lundi. « On ne connaît pas, jusqu’ici, en Algérie un mouvement qui a pour porte-étendard un poète, un artiste ou un philosophe. Il ne peut donc qu’annoncer une maturation culturelle, l’une des plus importantes que le pays ait jamais connues », espère La Tribune.

Sylvie Berruet, rfi.fr

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