La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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La dissidence kabyle s’installe

 
Cela fait douze mois que les émeutes succèdent aux manifestations dans la région kabyle. La contestation gagne d’autres régions. Les autorités, qui ont fait des concessions jugées insuffisantes, jouent le pourrissement.
jeudi 2 mai 2002.

Le calme règne, le mardi 23 avril, à Tizi Ouzou, capitale de la Kabylie. Mais, dès les premiers faubourgs, panneaux routiers arrachés et poteaux électriques fracassés témoignent des violences récentes. Dans la ville elle-même, les façades de plusieurs immeubles - notamment ceux qui abritent des services publics - sont noires des séquelles des incendies. Assis sur les trottoirs, des groupes de jeunes désœuvrés. Au moindre signal, ils reprendront ce qui est devenu leur passe-temps favori : jeter des pierres sur les gendarmes, pour les obliger à riposter avec des grenades lacrymogènes.

Un cycle infernal qui dure maintenant depuis un an. Et ce, malgré la décision des autorités - cédant à une revendication des émeutiers - de retirer les brigades de gendarmerie des localités où, au printemps de 2001, les troubles et la répression avaient été les plus graves. La dernière grande manifestation en date a eu lieu le 20 avril, à l’occasion du 22e anniversaire du Printemps berbère de 1980. Toute la Kabylie est descendue ce jour-là dans la rue. Pour une fois dans le calme. C’était aussi le 1er anniversaire du déclenchement de ces émeutes qui durent depuis sans discontinuer et qui ont fait une centaine de morts.

Car cela fait une année, en effet, que les manifestations succèdent aux manifestations, les sit-in aux sit-in et les réunions aux réunions sans que l’on voie se profiler un semblant de solution. En face, le pouvoir semble hésiter entre bourdes et mépris. En douze mois, ni le président de la République ni le chef du gouvernement n’ont jugé utile de se déplacer sur les lieux. La seule amorce de dialogue a été menée par le Premier ministre avec un petit groupe de personnes contestées par tous.

Contre le pouvoir et pour la culture amazighe

Du coup, les concessions non négligeables qui ont été faites à cette occasion - la constitutionnalisation de la langue berbère, l’indemnisation des familles des victimes et le remplacement de la gendarmerie par la police - ont aussitôt été rejetées par les ultras, qui clament que c’est trop peu et trop tard. Il est vrai que ces réformes ont été annoncées, le 12 mars dernier, presque en même temps que la décision d’organiser, le 30 mai, des élections législatives. Du coup, la Kabylie a décidé de les boycotter.

Au départ spontané, le mouvement, qui s’était constitué pour dénoncer la mort, le 18 avril 2001, d’un lycéen dans les locaux de la gendarmerie de Beni Douala (à 20 kilomètres de Tizi Ouzou), est devenu une véritable protesta. Contre le pouvoir et pour la culture amazighe. Des comités se sont constitués, qui ont repris, afin de souligner leur volonté d’ancrage dans la culture locale, l’appellation ancienne d’Arouch (pluriel d’arch, « tribu »). Il s’agissait autrefois, en Kabylie, d’assemblées qui réunissaient les « sages » des villages. Mais elles n’avaient plus depuis longtemps qu’une existence formelle, se contentant d’intervenir dans des litiges familiaux d’héritage ou de mariages.

Aujourd’hui, l’ambition des nouveaux Arouch est de faire capoter les élections législatives. Celles-ci auront lieu, pourtant, et plusieurs partis ont d’ores et déjà décidé d’y présenter des listes. Les autorités estiment avoir fait suffisamment de concessions. Et l’on craint, à Alger, que la Kabylie ne fasse tache d’huile. Dans d’autres régions du pays, des mouvements de protestation commencent, en effet, à poindre. Ils sont sévèrement réprimés - deux ans de prison ferme, récemment, pour des jeunes qui ont incendié des édifices publics dans une petite ville de l’Est. Tandis qu’en Kabylie même des sanctions, beaucoup moins lourdes il est vrai, commencent aussi à tomber.

Les autorités jouent, de toute évidence, le pourrissement. Et notent les premiers signes d’essoufflement du mouvement. La région et ses habitants ont beaucoup souffert au cours des douze derniers mois. La criminalité a augmenté. Ecoles et administrations sont constamment en grève, banques et commerces sont fermés. Quant aux quelques industriels de la région, tous déplorent une perte sèche. Tel fabricant de produits laitiers, par exemple, a dû baisser sa production de 70%. A cause des routes constamment bloquées, il n’arrive plus à écouler sa marchandise. Et, s’il n’accepte de parler que sous le sceau de l’anonymat, c’est par crainte des représailles. Il pourrait, en effet, être suspecté de tiédeur vis-à-vis de la « cause amazighe ».

Baya Gacemi, lexpress.fr

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