La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Kabylie : Célébration du 20 avril

 
Dans la matinée du 18 avril 2001, et alors que la région s’apprêtait sereinement à célébrer son 21 printemps si cher et si sacré, la Kabylie ne sait certainement pas qu’elle avait un autre rendez-vous avec l’histoire et qu’elle devait vivre (et commémorer par la suite) l’un des printemps les plus ensanglantés de son existence.
mercredi 20 avril 2005.

Acte délibéré, machination orchestrée ou anodin, concours de circonstances, on ne le saura peut-être jamais. Ce qui est indéniable par contre, c’est que le tragique destin qu’a connu le jeune Massinissa Guermah, dans les sous-sols de la maudite brigade de gendarmerie de Béni Douala, allait mettre Tizi Ouzou, et bientôt toute la Kabylie, à feu et en flammes. A peine la nouvelle de sa mort connue, les Ath Douala, outrés et indignés, entreprennent d’assiéger la caserne des gendarmes pour en découdre définitivement avec les assassins du jeune Moumouh. Les escarmouches n’ont guère tardé à gagner en intensité, tandis que les esprits continuaient d’être chauffés à blanc et de se faire dangereusement plus résolus.

La situation frise le K. O., et rien n’augure d’un retour, même précaire, du calme et de la stabilité. Pis, l’agitation s’est propagée à une vitesse déconcertante vers d’autres localités. Les populations d’Azazga, Ifigha, Larbâa Nath Irathen, Bouzeguène, Fréha et bien d’autres encore se sont mises à reproduire un procédé identique à celui “inauguré” par les Ath Douala : prendre d’assaut les brigades de gendarmeries et les “attaquer” à coups de pierres et de cocktails Molotov. En ce 22 avril 2001, les émeutes, devenues plus violentes que jamais, atteignent une quinzaine de communes. On commence à recenser les premiers blessés sérieux. Mais cela n’atténue en rien l’ire des jeunes manifestants devenus insensibles aux effets des gaz lacrymogène et totalement indifférents aux tirs de sommation. C’est l’embrasement général.

Côté classe politique, c’est la faillite. Les incessants appels au calme lancés par les responsables des partis à forte implantation dans la région demeurent lettre morte. La défaillance fut également décelée aux plus hautes sphères du pouvoir qui, même ayant paniqué, n’arrivait toujours pas à endiguer la colère montante des émeutiers kabyles. Les erreurs d’appréciation se suivent et se succèdent, et les officiels font preuve de graves (et surtout regrettables) étourderies politiques. Les gendarmes paniquent aussi, mais réagissent très différemment puisqu’ils ont décidé de mener leur riposte. Pour ce faire, tout a été mis en œuvre pour étouffer la protestation, et les darkis n’ont pas hésité à tirer sur les manifestants : c’est un véritable carnage. Les premières victimes tomberont le 27 avril 2001, le jour même où la localité de Seddouk à Béjaïa enterrait sa première victime, tombée le 25 du même mois.

Les 28 et 29 avril étaient particulièrement sanglantés. La localité d’Azazga, qui n’a pas décoléré depuis bientôt une semaine, sera le théâtre d’une terrible boucherie : 9 jeunes manifestants seront assassinés en une seule journée. La situation a définitivement dégénéré, la Kabylie est en larmes et en sang.

L’ascension des archs

Toutefois, il aura tout de même fallu près d’un mois pour que les appels au calme reçoivent, enfin, un écho favorable. La région connaît ses premiers moments de répit depuis le 18 avril, et ce, grâce à l’implication directe d’une structure, à la dénomination archaïque, et qui a su canaliser, même momentanément, la colère des émeutiers. Ce sont les archs ! Le mouvement des archs qui s’appellera plus tard le Mouvement citoyen a vu le jour un certain 18 mai 2001, lors d’une rencontre tenue à Illoula. Avant cela, trois rencontres préliminaires ont eu lieu à l’université de Tizi Ouzou à Aït Djenad et à Béni Douala pour accorder les violons et discuter des premières consignes organisationnelles. Au sortir de la réunion d’Illoula (les réunions finiront également par changer d’appellation pour devenir conclaves), les présents ont accouché de la première plate-forme de revendications de l’histoire des archs, et ont même appelé à une marche populaire à Tizi Ouzou pour la journée du 21 mai 2001. Après cela, le mouvement a entamé graduellement sa structuration qu’il peaufinera et améliorera au lendemain de la marche historique du 14 juin 2001, dont le principe était entériné trois jours auparavant (le 11 juin) à El Kseur.

Le code d’honneur et les principes directeurs des archs n’ont pas tardé à voir le jour. La plate-forme d’El Kseur sera explicitée à Larbaâ Nath Irathen en date du 31 octobre 2001.

Les quatre années les plus longues

Au moment où les archs commençaient à s’imposer sur la scène politique kabyle, les émeutes et les affrontements faisaient encore rage. Vers la fin de l’été 2001, on a dénombré plus d’une centaine de victimes à Tizi Ouzou et à Béjaïa.

Le pouvoir continuait à faire la sourde oreille aux exigences des archs et mettait souvent dans le sang toute forme de protestation citoyenne dans la région. Une région qui a fini par tomber sur ses deux genoux tant ses maux étaient nombreux et perplexes. Au cours des deux années qui ont suivi, l’inertie tous azimuts était le maître incontesté de la Kabylie. Les émeutes deviennent de plus en plus espacées, et les archs confortent leur position sur l’échiquier politique local. Suite à leur appel, la Kabylie tourne le dos aux élections municipales et législatives.

Le K.O. se généralise mois après mois, année après année. Aujourd’hui, quatre ans après les faits, la Kabylie qui n’a jamais regretté ses pulsions coléreuses envers ceux qui l’ont méprisée puis endeuillée, semble vouloir aspirer à des lendemains meilleurs. Trop de malheur, trop de larmes et trop de sang. La région veut réapprendre à vivre.

Ce sentiment, devenu encore plus enthousiaste avec l’entame de la mise en œuvre de la plate-forme d’El Kseur, est partagé aujourd’hui par l’écrasante majorité des populations locales qui ne pensent qu’à vivre dans la dignité... sans amnésie aux douleurs du passé.

Par Ahmed Benabi, depechedekabylie.com

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