La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Les dialectes du tamazight et l’introduction de la langue amazighe dans le système éducatif

La langue amazighe se compose de beaucoup de dialectes qui, à leur tour, se composent également de beaucoup de sous-dialectes. Tous ces dialectes et ces sous-dialectes sont parlés sur un vaste territoire qui s'étend de l’est à l’ouest couvrant l'étendue entre l'oasis de Siwa en Egypte et l'Océan Atlantique au Maroc, et du nord au sud, couvrant la zone entre la côte méditerranéenne de l'Afrique du Nord et le Burkina Faso. Malgré le fait que la majeure partie de ce vaste territoire était à l'origine la terre des Imazighen (Berbères), tamazight n’est aujourd'hui parlé que dans des zones plutôt limitées.

La plus grande région où tamazight est parlé, en prenant en compte plusieurs pays, est celle habitée par les nomades touarègues dans le sud. Cependant, la majorité des Berbères est concentrée au Maroc et en Algérie. Presque la moitié de la population marocaine est amazighophone, alors qu'environ 30% de la population amazighophone en Algérie est concentrée en Kabylie et dans le massif de l'Aurès. Si on procédait à des recherches statistiques sur les Berbères, on arriverait probablement à pas moins de 15 millions. Cependant, la langue amazighe n'existe pas vraiment comme langue homogène dans le sens d'une réalité socio-communicative, mais elle est parlée dans différents pays et dans différentes versions, parmi lesquelles certaines sont tout à fait différentes les unes des autres. D'une manière générale, plus les zones amazighophones sont moins fermées géographiquement, plus les dialectes correspondants sont proches linguistiquement les uns des autres.

A l’exception des dialectes de l'île de Djerba en Tunisie, Siwa en Egypte, Aoudjila et Neffousa en Libye et d'autres dialectes moins connus qui sont parlés par les populations moins nombreuses, il est possible de classifier la langue amazighe en 7 dialectes principaux:

  • Le dialecte kabyle (y compris les dialectes parlés dans le massif de Chanoua et de l'Ouarsenis) dans le nord de l'Algérie.
  • Le dialecte Chaouia dans le massif d'Aurès dans le sud-est de la capitale algérienne.
  • Le dialecte Mzab dans le désert du nord de l'Algérie.
  • Le dialecte Rifain au nord du Maroc.
  • Le dialecte Tamazight au Maroc Central.
  • Le dialecte de Tachelhiyt au Maroc méridional.
  • Le dialecte Touareg (parlé notamment dans le sud de l'Algérie, le nord du Niger et du Mali, et au nord de Burkina Faso.)

Pour des considérations de l'enseignement, ces 7 dialectes peuvent, en outre, être réduits à 3 dialectes amazighs principaux : le Touareg, le berbère algérien (Chaouia, Kabyle et Mzab) et le berbère marocain (Rifain, Tamazight et Tachelhiyt.) Il existe naturellement des dérogations à cette classification. Par exemple, du point de vue de certains aspects linguistiques, certains dialectes peuvent être rapprochés des dialectes les plus éloignés que des dialectes les plus proches, géographiquement parlant. C'est le cas, par exemple, du dialecte rifain au Maroc qui a plus de similitudes phonétiques avec les dialectes du nord de l’Algérie qu'avec d'autres dialectes marocains moins éloignés, tel que le tachelhiyt. Ces dérogations concernent également les sous-dialectes. En effet, il y a des sous-dialectes dans le dialecte kabyle en Algérie qui sont, sur certains aspects, plus proches des dialectes marocains que des autres sous-dialectes du kabyle lui-même. Cependant, quoique les sous-dialectes de différents dialectes puissent avoir quelques caractéristiques linguistiques communes, la communicabilité mutuelle pourrait ne pas être possible du tout, tandis qu'il y a de la communicabilité mutuelle quasi-entière à l'intérieur des dialectes, même si ces dialectes ont des sous-dialectes qui diffèrent beaucoup les uns des autres. En fait, bien que deux Kabyles viennent de deux côtés opposés de la région de Kabylie, et parlent deux sous-dialectes très différents, ils se comprennent cependant sans problème. C'est pour cette raison qu’il est légitime de parler du dialecte kabyle, du dialecte touareg, etc. en tant que dialectes relativement homogenèses. En fait, ils sont homogenèses à un tel degré qu'on pourrait dire qu'ils constituent des langues séparées. Cependant, vu la répartition de la langue amazighe en de nombreux dialectes et sous-dialectes, on pourrait être amené à croire qu'on ne pourrait pas l’enseigner en tant que langue unique. La question est en effet très discutable. En fait, la situation de la langue amazighe n'est pas très différente des autres langues officielles dans le monde. En effet, il n'y a pas une seule langue qui ne soit pas différenciée en dialectes et sous-dialectes. La différence entre la langue amazighe et n'importe quelle langue officielle est que cette dernière avait déjà fait l’objet d’un processus de normalisation impliquant, au pire, un dialecte dominant. Par exemple, la langue française avait repris essentiellement le dialecte de l'Île de France que parlait l'élite dirigeante. La plupart des langues officielles connues ont été sujet au même phénomène. C'est le cas de l’anglais, du danois, de l’allemand, etc. La langue amazighe n'a jamais été enseignée et c’est la raison pour laquelle il n’y a jamais eu le besoin de la normalisation de l’un ou de l’autre des dialectes de la langue. Tout les Berbères régnant à travers l'histoire ont été instruits dans des langues étrangères. Par conséquent, la langue amazighe n'a, malheureusement, jamais été prise en compte à travers sa constitution comme langue nationale. Puis, théoriquement, la langue amazighe n'est pas aussi différente des autres langues, et la langue peut facilement, en fait, faire l’objet d’une normalisation en choisissant l’un ou l’autre de ses dialectes sur la base de certains critères fixés. Certaines personnes pourraient penser que ceci convient, mais beaucoup d’autres réagiraient sûrement contre une telle solution. Même les Kabyles, qui sont probablement les plus grands défenseurs de la langue amazighe, penseraient que ceci n'est pas équitable. Nous vivons dans des temps modernes qui, malgré tout, sont imprégnés d'humanisme et d'idées d’égalitarisme. Beaucoup de savants du tamazight pensent qu'une langue amazighe normalisée doit être reconstituée sur la base d'une sorte de reconstruction. Avant de discuter les avantages et les inconvénients de la normalisation, voyons voir ce que cela pourrait impliquer sur d'autres plans. Il n'y a aucun doute qu'une telle question, en plus d’être une question linguistique, implique également beaucoup de politique.

Jusqu’à ces dernières années, la langue amazighe n’a jamais été reconnue comme une composante active dans les pays où elle est parlée. Dans la constitution algérienne de 1996, le terme "amazighité" (= identité berbère) est apparu dans les textes officiels pour la première fois. Ceci ne signifie pas que la langue amazighe a été dorénavant reconnue comme langue officielle ou même nationale, mais simplement qu'on pourrait enseigner la langue si cela s’avérait nécessaire. Récemment, le Président Bouteflika avait déclaré que la langue amazighe ne sera jamais officialisée, et sa nationalisation pourrait seulement devenir une réalité si tous les Algériens l'acceptaient au terme d'un référendum. Ceci pour montrer que la question identitaire était devenue une affaire d’élection. Il existe des millions de Berbères en Algérie et dans les pays voisins, dont beaucoup ne parle même pas la langue arabe, et qui sont encore reniés dans leur droit de s’instruire dans leur langue maternelle. Malgré qu’il prétende être démocrate, M. Bouteflika, sans aucun doute, réitère le même discours dictatorial que pendant le passé, et qui affirme que la totalité des Algériens sont des arabes, et que sa langue est exclusivement l'arabe. En prenant en compte ces éléments, la question de la normalisation de la langue amazighe ne peut pas être débattue sans la considérer sous l’ongle de deux aspects: l'aspect politique et l'aspect linguistique.

L'aspect politique

La langue amazighe, partout où elle existe et où elle est parlée, a été systématiquement niée institutionnellement, toutes les revendications de sa reconnaissance ont été violemment combattues, et les auteurs de ces revendications ont été traités de séparatistes. C'est du moins le cas en Algérie où les défenseurs de la langue amazighe, au cours de toute l'histoire moderne du pays, ont été combattus sans aucun ménagement. Quelques politiciens ont même prétendu que le tamazight n’était qu’un dialecte arabe. C’est ironique si l’on prend en compte les rapports entre le tamazight et la langue arabe, on pourrait prétendre que c’est plutôt le contraire qui est vrai puisque tamazight est probablement plus ancien que la langue arabe. En fait, de tels propos n’étonnent pas du tout dans des États dictatoriaux. De tels propos stupides ont été également dits en ce qui concerne le Kurde en tant que dialecte de la langue turque. Revenons encore en Algérie. La classe dirigeante n'a jamais et n'est toujours pas prête à accepter le fait que l'Algérie est un pays multilingue. Avec ce manque de bonne volonté, l'on pourrait craindre qu’en plus des raisons idéologiques basées sur l'exclusivisme de la monoculture arabo-islamique, il puisse y avoir également des motifs de pouvoir personnel derrière la négation des droits légitimes de la langue amazighe. En effet, de tels droits prépareraient le terrain à une démocratie réelle. La démocratie déclarée en Algérie est simplement une façade pour tromper le monde. Un vrai État démocratique en Algérie est très dangereux pour l'élite dirigeante, qui dès lors devrait rendre compte de sa responsabilité de la situation d’avant la crise durable dans le pays et la violation constante de tous les droits civiques au cours de l'état d'urgence continu. Reconnaître et respecter les droits de la langue amazighe, signifierait que tous les autres droits doivent être respectés, et ceci n'est pas en faveur des dirigeants qui, selon certains dissidents, sont uniquement intéressés à maintenir un minimum de crise pour se maintenir eux-mêmes au pouvoir. C'est pour cette raison que la langue amazighe ne serait jamais autorisée au statut de langue officielle ou même de langue nationale aussi longtemps que l'Algérie est dirigée par ce que certains appelleraient une mafia de clans.

Les dirigeants algériens savent très bien que la langue amazighe est composée de nombreux dialectes dont beaucoup ne sont pas inter-communicables. Les jours qui avaient suivi les émeutes sanglantes de 1988, il y avait un véritable espoir pour une ouverture démocratique: Les partis politiques étaient autorisés et les journaux avaient prospéré, dont deux étaient publiés en tamazight, principalement en kabyle. Cependant, l'interruption du processus démocratique d’alors avait créé une véritable crise, et une dictature masquée avait commencé. Les deux journaux amazighophones, qui ont été sensés promouvoir la langue amazighe en tant qu’une seule langue, avaient eu des embarras financiers qui avaient mené à la suspension de leur publication. L'existence de ces journaux avait pu avoir dérangé les dirigeants dans le sens que ces journaux ont été écrits en une seule langue, à savoir le kabyle, mais dans un kabyle très modifié, caractérisé par des mots nouveaux, des expressions et des néologismes qui ont été principalement empruntés à d’autres dialectes du tamazight. Ces journaux auraient pu avoir joué un rôle très important en harmonisant la langue et ce n'était évidemment pas dans l'intérêt des dirigeants. On pourrait alors se demander pourquoi ils n'avaient pas fait la même chose avec les informations télévisées diffusées en tamazight. Mais il existe une différence majeure. Les informations télévisées sont diffusées en trois dialectes: Kabyle, Chaouia et Mzab. Beaucoup prétendent que ce dédoublement de la langue a été calculé afin d’empêcher toute revendication d'officialisation. En fait, il n’y a aucune limite à ce que les dirigeants pourraient énoncer afin d’asphyxier n'importe quelle revendication en faveur de la langue amazighe. En réaction au rapport que tamazight ne sera jamais officielle, M. Bouteflika avait répondu en traitant la forte protestation des kabyles comme du terrorisme intellectuel. La chose la plus triste dans ce langage d’oppression est que, plus la langue amazighe est mise sous pression, plus grande sera la résistance contre la langue arabe, et par conséquent contre le processus d'arabisation.

Voyons maintenant, donnons-nous des circonstances favorables, supposons que le tamazight peut être reconnu comme langue officielle et nationale. Cette langue doit par conséquent être largement diffusée, une grande part doit être faite sous forme de l'écrit. Maintenant, la question est de savoir quel système d'écriture doit être employé ? La réponse la plus évidente pour beaucoup de savants du tamazight est le système de transcription latin. En fait, un bon système de transcription à base de caractères latins existe déjà et il a été utilisé et l'est encore pour écrire la langue amazighe. Beaucoup de travaux dans le cadre des études amazighes a été mené à bien dans ce système. Mais la question de savoir quel système à utiliser n'est pas aussi simple que cela. En posant la question de savoir s'ils reconnaîtraient la langue amazighe, s'il leur arrivait d'accéder au pouvoir, certains islamistes répondent par l'affirmative, mais à condition qu'elle soit transcrite en caractères arabes. En fait, le tamazight peut être transcrit dans n'importe quel système, et les caractères arabes conviennent bien en effet à la langue amazighe du fait que c'est une langue consonantique comme l'arabe, dans le sens que les voyelles ne sont pas représentées dans l'alphabet, mais ils jouent un rôle morphologique dans la langue. En outre, ceci est renforcé par le fait que le Tifinagh, qui avait été utilisé et l'est encore par les Touaregs et même par les Kabyles aujourd'hui, et qui semble être un ancien alphabet du tamazight, est également un alphabet consonantique. Par conséquent, il y a en fait uniquement des avantages théoriques dans l'utilisation de l'alphabet arabe. De plus, ceci pourrait résoudre le problème de savoir qu'un nom donné en kabyle, par exemple, pourrait commencer par une voyelle a (abidi = "manteau" par exemple) ou bien par une voyelle i (ibidi) dans d'autres sous-dialectes. Il y a également le problème de savoir si une voyelle médiane, comme dans agrVs (V représentant la voyelle) doit être u (agrus = "glace") ou i (agris). Tous ces problèmes peuvent être résolus en évitant d'écrire simplement la voyelle. L'alphabet Tifinagh peut également résoudre tous les problèmes mentionnés ci-dessus, exactement de la même manière. En effet, beaucoup de gens, pour des raisons sentimentales, préféreraient probablement l'alphabet Tifinagh. Cependant, si nous considérons maintenant cette question, on pourrait conclure, pour des raisons pragmatiques, qu'il est probablement plus avantageux d'utiliser le système basé sur les caractères latins, et déjà bien établi. La question des voyelles instables n'est pas un problème. Les variantes du même mot peuvent simplement coexister sans se déranger. En outre, le tamazight n'est pas aussi consonantique qu'il l'a été et autant que l'est encore la langue arabe, par exemple. Il existe des mots tels que i = "à", "pour", a = "qui", u = "fils de" qui sont des mots complètement dépourvus de consonnes. Puis, que dirions-nous à propos de la plupart des mots masculins qui commencent, dans le tamazight d'aujourd'hui, par des voyelles: "amalu"= "l'ombre," uccen"= "chacal", "irgazen"= "hommes" ? Il n'y a aucun doute que la reconnaissance totale du tamazight s'engage sur une piste difficile. Il y a trop de conflits d'intérêts, idéologiques et personnels dans le même temps. Seul un véritable État démocratique peut ouvrir la voie à une reconnaissance honnête et véritable des droits de la langue amazighe. Une reconnaissance de tels droits n'est pas une simple formalité, mais requiert sûrement beaucoup de moyens et de support, économiques et pédagogiques dans le même temps. Dans tous les cas, la première condition pour que le tamazight puisse survivre et se développer, c'est la volonté politique, le support gouvernemental doit être considéré comme le facteur clé dans la promotion de la langue standard du fait que c'est le gouvernement qui contrôle le système éducatif (Johani p.36.) Ce qui reste à faire, après cela, n'est qu'une simple affaire de travail.

Maintenant, supposons que le tamazight est parlé dans des États différents et souverains, la question de savoir si le tamazight doit être standardisé et même harmonisé dans sa version globale ou dans ses versions algériennes, marocaines, etc. nécessite un débat. Il n'y a pas de doute que la tâche de la standardisation du tamazight dans les limites d'un État est moins difficile et l'évolution de la langue serait plus uniforme. La standardisation entière de la langue amazighe peut ne pas assurer nécessairement une évolution uniforme de la langue à travers ces différents pays, politiquement parlant. Même les langues internationales tels que les langues anglaise et française se développent différemment du fait qu'ils sont parlés dans différents pays. Par exemple, le français du Canada n'est pas exactement le même que le français de France. Naturellement, il y a communicabilité mutuelle entre les différentes versions du français, néanmoins ils demeurent différents. Un autre exemple beaucoup plus approprié sont les langues scandinaves: danois, suédois et norvégien qui sont des langues indépendantes et différentes sur beaucoup de points. Il y a cependant beaucoup de communicabilité mutuelle entre elles. La même chose pourrait être dit du tamazight s'il doit être enseigné en tant que le tamazight marocain, le tamazight algérien, et ainsi de suite. Cependant, en normalisant la langue amazighe dans sa composante globale, on pourrait craindre que le développement de la langue soit identique à ce qui est connu de la langue arabe. Tandis que les différentes versions de la langue anglaise se développent selon les populations qui la parlent, la langue arabe se développe indépendamment des versions arabes parlées dans les différents pays arabophones. En d'autres termes, la distance entre l'anglais ou le français parlé et écrit est très étroite, alors qu'il est énorme entre les versions arabes populaires parlées, particulièrement les versions de l’Afrique du Nord, et l'arabe écrit. Il n’y a aucun doute qu’il est beaucoup plus facile d'alphabétiser les gens dans leur langue maternelle que dans des langues pseudo-maternelles. En outre, une culture et un enseignement nationaux réussis, sur une grande échelle, est beaucoup plus facilement réalisable avec une langue maternelle quotidienne et développée.

L'aspect linguistique

Comme mentionné auparavant, la langue amazighe est constituée de beaucoup de dialectes et de sous-dialectes que nous ramenons en trois dialectes principaux, en combinant les dialectes proches les uns des autres. Les dialectes algériens, tels que le Kabyle, le Chaoui et le Mzab, peuvent être groupés ensemble en un seul dialecte et même en une seule langue. La même chose peut être fait en ce qui concerne les dialectes marocains, dans le sens que les dialectes Rifain, Tamazight et Tachelhiyt, peuvent être groupés ensemble en un seul dialecte ou en une seule langue, à l’instar des dialectes algériens. Puis, nous avons le grand dialecte touareg qui peut être groupé avec les petits dialectes voisins de ce type, ceux du Ghat et de Ghadamès, et d’autres dialectes voisins, pour constituer un grand dialecte ou même une langue. En fait, le dialecte touareg est probablement le seul dialecte qui pourrait présenter de sérieux problèmes dans la standardisation globale du tamazight. Le touareg constitue presque déjà une langue indépendante puisqu’il diffère considérablement des autres dialectes du point de vue lexical et phonétique. En dépit de cette différence, le touareg peut en fait entrer dans le processus de standardisation sans occasionner trop de coûts. Nous reviendrons sur ce point plus tard. Voyons maintenant quels sont les aspects qui différencient les divers dialectes du tamazight les uns des autres et sur quels aspects sont-ils plus semblables les uns par rapport aux autres. Il y a quatre aspects principaux à considérer: l’aspect lexical, l’aspect syntaxique, l’aspect morphologique et l’aspect phonétique.

L'aspect lexical

Quelle est la différence entre les dialectes du tamazight en ce qui concerne leur vocabulaire ? Les Imazighen, à travers l’histoire, avaient connu de nombreuses invasions de peuples étrangers: Phéniciens, Romains, Byzantins, Vandales, Arabes, Turques, Français et Espagnols. Cependant, les Arabes avaient influencé le plus les berbères, et la langue arabe avait assurément laissé les plus grandes traces sur la langue. En fait, la majorité des berbères avaient perdu leur langue maternelle, sous l’islamisation, en faveur de la langue arabe qui était devenue, par conséquent, leur langue maternelle et quotidienne, mais c'est une version de l’arabe qui est plus ou moins influencé par tamazight. Néanmoins, en dépit de l’impact des langues des conquérants, le tamazight avait gardé encore un grand pourcentage de son vocabulaire originel, particulièrement avec le dialecte touareg qui, pour des raisons en rapport avec leur mode de vie, avait gardé le vocabulaire le plus pur parmi l'ensemble de tous les dialectes du tamazight. Comparée à d'autres langues dans le monde, on peut en effet dire que Tamazight est une langue tout à fait conservatrice. Ainsi, étant donné que tamazight, dans toutes ses différentes versions, avait été influencé par exactement les mêmes langues, le vocabulaire, y compris les mots étrangers, ne diffèrent pas raisonnablement d'un dialecte à l'autre. Presque chaque mot, amazigh ou étranger, d'un dialecte donné, peut être retrouvé dans un autre dialecte ou du moins dans l'un de ses sous-dialectes. Par exemple le mot amazigh agdid = "oiseau" existe dans certains dialectes, tel que le touareg, mais il n’existe pas dans les sous-dialectes kabyles les plus connus, et pourtant on le retrouve dans des sous-dialectes moins connus. Ainsi, d'un point de vue lexical, la langue amazighe ne présente pas un problème sérieux. Cependant, il existe une exception en ce qui concerne les dialectes touareg et rifain. Le premier en plus d'être parlé dans des zones sous influence du français et de l'arabe, il est également parlé au Mali, au Nigeria et au Burkina Faso, et par conséquent il est plus ou moins influencé par les langues des populations noires environnantes. Le dernier a été influencé par l'espagnol sous la conquête espagnole. Ainsi, à l'exception d'une petite quantité de mots espagnols dans le dialecte rifain et de mots provenant des langues appartenant aux populations noires dans les sous-dialectes du touareg méridional, la langue amazighe n'est sûrement pas différente raisonnablement d'un dialecte à l'autre. En conclusion, dans le cas du processus de la normalisation du tamazight, l'influence des langues étrangères peut être considérée, à long terme, comme une extension et un enrichissement de la langue.

L'aspect syntaxique

Tous les savants du tamazight sont unanimes que l'aspect le plus unificateur de la langue amazighe est son aspect syntaxique. Tamazight, dans toutes ses versions, révèle quasiment les mêmes caractéristiques syntaxiques. En d'autres termes, la syntaxe du tamazight est actuellement régie, dans ses moindres détails, par exactement les mêmes principes. Cependant, s'il existe certaines différences, s’il est absolument nécessaire de parler de différences, en ce qui concerne certaines structures, il existe certaines structures qui peuvent être retrouvées dans certains dialectes mais pas nécessairement dans d'autres. C'est par exemple le cas du sujet prépositif dans ce qui est appelé l’état d’annexion dans les phrases nominales qui sont normales et tout à fait fréquentes en kabyle, mais pas dans tous les autres dialectes. Bien qu'il existe des structures syntaxiques qui caractérisent uniquement certains dialectes, ces structures sont néanmoins prévisibles en partant des principes fondamentaux communs sous-jacents. Néanmoins, bien que tous les savants du tamazight soient d’accord en ce qui concerne la prévisibilité syntaxique, les études et les recherches sur d'autres langues ont montré que les structures syntaxiques n’apparaissent ni ne disparaissent arbitrairement dans les langues, mais le font selon des principes fondamentaux bien définis. Il n’est donc pas étonnant du tout de trouver certaines structures dans un dialecte du tamazight et pas dans d’autres. Ceci peut être expliqué par la prévisibilité syntaxique. En conclusion, d'un point de vue syntaxique, la langue amazighe demeure une, et dans le cas de la normalisation des dialectes, les différences qui peuvent être observées sont loin de constituer un problème majeur.

L'aspect morphologique

Les aspects morphologiques et phonétiques, que nous verrons ci-dessous, sont indubitablement les aspects les plus différenciés de la langue amazighe. C’est précisément sur ces aspects que les dialectes du tamazight sont plus ou moins différents les uns des autres. La différence peut être assez grande pour que la communicabilité mutuelle s’avère impossible. Cependant, comment les dialectes du tamazight sont-il arrivés à être différents sur ces deux aspects ? Dans n’importe quelle langue, les mots, chargés de sens, sont également des formes, et les formes changent avec le temps. En fait, les plus grandes différences morphologiques peuvent être réduites à des différences phonétiques. D’autres différences sont dues au fait que certains dialectes avaient gardé la majorité des caractéristiques morphologiques originelles du tamazight, tandis que d’autres, au moyen d’analogie, avaient simplement abandonné les formes originelles. C’est le cas, par exemple, des formes verbales, communément appelées les participes, qui existent en touareg sous trois formes distinguant les formes plurielle et singulière d’une part, et les formes féminine et masculine, d’autre part. C’est également le cas de la particule prédicative "d" conservée par certains dialectes, tel que le kabyle, et que d'autres dialectes avaient perdu ou avaient partiellement perdu, tel que le touareg. Il y a également des différences qui sont dues au fait que les dialectes avaient simplement développé des variantes des formes originelles. Cependant, quoique ces variantes puissent être tout à fait différentes d'un dialecte à l'autre, elles peuvent être néanmoins reconstruites pour retrouver les formes originelles sans trop de coûts. En conclusion, nous pouvons facilement dire que les différences morphologiques telles que décrites, ne poseront pas de sérieux problèmes dans la standardisation de la langue amazighe.

L'aspect phonétique

L'aspect phonétique est apparemment celui qui est censé poser le plus de problèmes dans la normalisation et l’homogénéisation de la langue, particulièrement du nord au sud. En fait, les dialectes nordiques semblent être très loin de dialectes méridionaux. Par exemple, des dialectes nordiques tels que le Kabyle, le Chaoui, le Rifain, etc. sont caractérisés par des consonnes douces qui sont complètement absentes dans les dialectes méridionaux, tels que le Touareg, le Mzab, le Tachelhiyt, etc. Il existe beaucoup d'autres caractéristiques phonétiques qui différencient les dialectes du tamazight. Par exemple, le nombre de voyelles dans le Touareg est plus grand que dans d'autres dialectes de tamazight. En outre, la voyelle est très stable dans le Touareg tandis qu'elle demeure très instable dans beaucoup d'autres dialectes. D'autres différences peuvent être mentionnées, mais la question la plus intéressante est celle de savoir si tamazight peut être normalisé et harmonisé au niveau phonétique. Beaucoup de gens diraient probablement que non. Mais si on étudie soigneusement ces différences, on aboutirait à la conclusion que la majorité de ces différences n’est pas pertinente du tout. En d'autres termes et linguistiquement parlant, elles ne sont pas phonologiques et ne méritent pas qu’on leur donne beaucoup d’importance. Alors, comment ce problème peut-il être résolu en normalisant la langue ? Nous pensons que le problème peut être résolu en optant pour un système phonologique strict et nécessaire de transcription. Cela veut dire que toutes les caractéristiques phonétiques, dans n'importe quel dialecte, qui ne sont pas pertinentes ou qui semblent avoir une moindre importance, ne seront pas représenté dans le système. C'est le cas, par exemple, des voyelles "e" et "o" du Touareg, pour lequel la rentabilité linguistique est de toute façon mineure. Quoique Prasse, dans son étude de la voyelle "e" basée sur des exemples concrets, ait conclu que c'est une voyelle antique de Tamazight que seul le Touareg avait conservée, il est improbable que ces voyelles soient proto-amazighes parce qu'elles constituent la plupart du temps des variantes respectivement de "i" et de "u" et apparaissent normalement dans des contextes prévisibles. D'autre part, la voyelle instable devrait être conservée (pour des raisons esthétiques afin d'éviter d'écrire xmmm = "penser" et écrire au lieu de cela la forme la plus esthétique xemmm) et stabilisée pour satisfaire les besoins du touareg. Le choix d'un système phonologique strict d'écriture implique, à long terme, l'avantage d'affaiblir les différences phonétiques entre les différentes versions du tamazight. Il n’y a aucun doute qu'un système phonétique d'écriture dans lequel toutes les caractéristiques phonétiques d'une langue sont représentées est préférable, cependant dans le cas d’une langue, comme tamazight, qui a besoin d’un grand travail de standardisation et de normalisation, un système phonologique est la seule alternative. En fait, il n’existe aucune langue pour laquelle la version écrite correspond entièrement à la version parlée, pour une raison simple: la langue écrite a tendance à être conservatrice, ce qui n'est pas le cas de la langue parlée qui change avec le temps.

Par: Madjid Alaoua, Ph.D.
Traduit de l’anglais par: Ali Amaniss


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