La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Mouloud Feraoun

La parole de Mouloud Feraoun portée par la voix de Sid Ahmed Agoumi

En cette année de célébrations algériennes, le comédien Sid Ahmed Agoumi a choisi de prêter sa voix à Mouloud Feraoun dans Jours de Kabylie, une adaptation du Journal signée Marie-Agnès Sevestre et “mise en espace” par Gérard Châtelain. Événement important et osé, car Mouloud Feraoun, assassiné en 1962 par un commando de l’OAS, est d’abord un romancier et l’auteur injustement oublié et méconnu de ce Journal, livre unique et courageux sur la Guerre d’Algérie, écrit entre 1955 et 1962. L’instituteur y a consigné, au jour le jour, les faits, la grandeur et la petitesse de ses semblables, ses doutes, ses commentaires et, malgré la relativité de toute situation humaine, le devoir de s’engager et de dire “la part des victimes”.

Seules les années 1955 et 1956 figurent dans cette première adaptation, mais le spectateur y (re)trouvera l’acuité, le sens de la mesure, le respect de la complexité des faits et l’humanisme toujours intègre de Feraoun. Il pourra même, grâce au souffle inspiré d’Agoumi, constater que depuis, rien n’a été écrit de mieux et d’aussi visionnaire sur ces années terribles et sur l’avenir du pays. Tout est déjà chez Mouloud Feraoun. Le reste ne sera que répétitions, plus ou mois savantes et circonstanciées.

Rescapé de ces “monstres sacrés” qui ont fait le théâtre algérien, ancien directeur du Théâtre national d’Alger et, avant, de la Maison de la culture et du Théâtre de Tizi-Ouzou, Sid Ahmed Agoumi a interprété un vaste répertoire en arabe et en français. En France depuis 1994, il a entamé une seconde carrière, au cinéma mais surtout sur les planches où il a joué dans Pirandello, Koltès, Alloula, Benaïssa... Dernièrement, il excellait dans La Chute de la jeune Serbe Biljana Sbrajanovictc et, aux côtés d’Anne Alvaro, dans Mariage de David Lescot.

“Chaque jour est un jour de plus volé à la vie” pour celui qui a vu beaucoup trop de ses frères en culture emportés par la tragédie algérienne. La meilleure façon de rendre hommage à ces disparus étant de vivre comme ils ont vécu : “la mort me fauchera vivant !” assène-t-il d’un rire retentissant, l'œil vif et le regard perçant. À soixante-deux ans, Agoumi déborde d’énergie. Goulu et curieux, il multiplie les rôles, se remet en question à chaque spectacle, après chaque représentation.

En épicurien averti, nul plaisir ne détourne ce croyant de cette foi qui fait de “la scène une mosquée”. Au centre d’un cercle sacralisé par cet unique officiant : Mouloud Feraoun. “On ne porte pas impunément la parole d’un auteur” prévient le comédien en charge de ranimer cette fragile flamme dans la nuit algérienne mais aussi dans un monde passablement déboussolé.

L’instituteur kabyle, pionnier du roman algérien, va donc être lu par l’enfant d’Alger dont le père, pourtant lui-même kabyle, poussera son fils dans les études arabes et religieuses espérant ainsi préserver l’intégrité de sa progéniture en rééquilibrant l’acculturation à la France. Agoumi tétera des deux mamelles : fréquentant les bancs de l’école coranique il sera aussi formé par la culture française. Les voix algériennes ouvrant sur l’universel, l’homme brille aujourd’hui aussi bien dans la langue d’Al Mutanabbi que dans celle de Molière.

Ainsi, par son histoire personnelle, Agoumi porte en lui le brassage culturel, historique, linguistique et humain d’un pays qui aurait pu compter plusieurs longueurs d’avance sur un monde en train de découvrir les vertus du métissage et s’essaye, ici ou là, à de nouveaux imaginaires identitaires.

Une autre façon de retrouver Mouloud Feraoun et de mesurer son actualité, lui qui, en 1956, écrivait ces lignes qui terminent le spectacle : “Je reçois fréquemment des lettres de Roblès. Dans cette faillite de la camaraderie et de l'amitié, la sienne m'est restée fraternelle et entière. Mais Roblès n'est pas seulement un ami ou un Français. Je ne lui donne aucune patrie car il est de n'importe où, c'est-à-dire exactement de chez moi”.

source : www.alterites.com


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