La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Conte kabyle : Conte du chat

Ma chahou thelam chahou
Que mon conte se déroule comme un fil.

Un jour parmi les jours de Dieu. Un vieil homme avait un moulin, trois fils, un âne et un chat. Quand l'heure de la mort arriva, il réunit ses enfants et fit le partage : à l'aîné, il légua le moulin, au puîné le bourricot et au cadet le chat. Et il ne tarda pas à mourir.
Les deux grands frères prirent sa place, le plus jeune au chat se dit :
Aux aînés, il a laissé le moulin et l'âne. Ils peuvent s'associer ; l'un moudra le grain l'autre le transportera. Et moi, j'ai un chat. Qu'en ferai-je ? Si je le tue, je le mangerai en un repas... Si je le vends... qui achètera un chat ?

Le chat était à coté et avait tout entendu. Il dit :
Ne crains rien. Si tu suis mes conseils, tu ne manqueras de rien.
Le jeune homme fut d'abord étonné :

Louanges à Dieu qui fait parler les animaux ! Puis répondit au chat :
Même si je t'écoutais, que pourrais-tu changer pour moi ?

Nous ferons ce que Dieu voudra bien permettre.

Il ajouta :
Achète-moi des sandales de cuir, une calotte, un serroual et un sac.

Le jeune homme les lui acheta le jour du marché. Le chat revêtit les habits et fut content. Il jeta le sac sur son épaule et déclara :

Je m'en vais. Toi, occupe-toi de tes affaires et attends-moi ici.

Le chat alla dans les champs, il choisit une aire de battage fréquentée par les lapins. Il disposa le sac en piège et le maintint ouvert à l'aide d'un dispositif de ficelles et de branchettes. Il dispersa un peu de son à l'ouverture du sac et en mit en bonne poignée à l'intérieur. Puis il alla se dissimuler dans les cactus où il se mit à l'affût. les lapins arrivèrent un moment après. Ils jouèrent sur l'aire, virent le son, et se mirent à manger. ils se rapprochaient ainsi du sac, dans lequel certains pénétrèrent. le chat tira la ficelle et en prit ainsi quelques-uns. il égorgea quelques bêtes et garda les autres vivantes.

Dans ce pays, il y avait un Roi. Le chat lui offrit les lapins vivants en disant que c'était un présent de son maître, Sid el câïd. le Roi accepta les bêtes et pria le chat de remercier Sid el caïd. Le chat revint à la maison. Il ramenait avec lui des lapins égorgés. Ils les firent cuire et les mangèrent.
Une autre fois, le chat piégea des perdrix et en offrit encore au Roi, "de la part de Sid el caïd". Il en fut ainsi pour les étourneaux, les grives, les palombes, les tourterelles...

Un jour le Roi lui dit :
Sid el caïd m'a beaucoup honoré. Il est temps que je fasse sa connaissance. Dis-lui de venir ; je l'invite à m'accompagner à la chasse.

Le chat répondit :
Si tu veux , je lui dirai de t'attendre sur la route près de la rivière.

Ils fixèrent le jour de la rencontre et le chat partit.
Le chat revint à la maison et informa son maître qui accueillit la nouvelle avec consternation : il ne savait comment affronter le Roi, n'étant ni caïd, ni chasseur... Le chat le rassura et lui dit :
tu n'as qu'à y aller et te taire.

Le jeune homme se résigna :
Par Dieu qui m'a imposé cette épreuve, je t'accompagnerai ! et advienne ce que Dieu aura voulu !

Ils se rendirent à la rivière au jour convenu. En arrivant le chat dit à son maître :
Prépare-toi ; quand le Roi arrivera, déchire tes habits et jette-toi à l'eau, et attends.

Et ils guettèrent l'arrivée du Roi. Lorsque ce dernier fut en vue, Sid el caïd se jeta à l'eau et le chat se mit à crier :
Accours, Oh Roi ! la rivière emporte Sid el caïd !

Le Roi donna des ordres à sa suite pour qu'on repêchât Sid el caïd. Le chat dit aussitôt :
Attends. Tout son linge est déchiré.

Le Roi demanda qu'on offrit un de ses costumes à Sid el caïd. On sécha Sid el caïd ; on habilla Sid el caïd, et il prit place dans la calèche du Roi, en silence.

Le Roi, Sid el caïd et la troupe reprirent la route. Le chat précédait. Il coupait à travers champs et disparut bientôt à leur vue.

Le chat marcha... marcha... (© publié par Tamurth.net)et il rencontra un groupe de moissonneurs. Il les salua et leur demanda à qui appartenait le champ. Ils répondirent :
C'est la propriété de l'ogre.

Il leur dit :
Je vous préviens ; le Roi va arriver, il vous posera la même question. Si vous répondez que c'est la propriété de l'ogre, il vous coupera la tête. Dites que tout appartient à Sid el caïd.

Peu près, le Roi arriva et les interrogea. Ils répondirent :
C'est la propriété de Sid el caïd.

Le Roi se tourna admiratif vers Sid el caïd et lui dit :
Belle terre que tu as là !
Ce n'est rien ! Répondit Sid el caïd.

Le chat rencontra ensuite des ouvriers qui cueillaient du raisin, des pastèques, des melons, des poires, des figues...
Chaque fois il leur demandait de répondre que c'était la propriété de Sid el caïd. Chaque fois le Roi disait son admiration et chaque fois Sid el caïd répondait que ce n'était rien.

Le chat arriva devant un château. Il frappa à la porte et demanda à qui était cette maison. On lui répondit :
C'est la demeure de l'ogre ; on te conseille de fuir si tu ne veux pas être dévoré.

Le chat dit :
Je suis venu le voir. Menez-moi devant lui. L'ogre lui dit :
Parle vite. Qu'es-tu venu faire ? Que veux-tu ?
Seigneur l'ogre, je connais ta réputation. Et je viens voir si ce qu'on raconte est vrai.
Qu'est-ce qu'on raconte ?
Que tu peux te changer en lion.

L'ogre gonflé d'orgueil se transforma en un lion gigantesque et rugissant. Le chat, effrayé, se réfugia sur le toit. L'ogre redevint l'ogre et rit :
Descends, n'aie pas peur.

Le chat redescendit admiratif, il prit le ton le plus humble pour dire :
On raconte aussi une chose qui me semble impossible, que tu peux te métamorphoser en souris.

Bien sûr ! Regarde bien.

Et il se transforma en petite souris. Le chat sauta sur la petite bête et la mangea.

Il réunit les domestiques de l'ogre et leur déclara :
L'ogre est mort. Le Roi va arriver avec ses hommes et Sid el caïd. Vous sortirez tous lui souhaiter la bienvenue dans le château de Sid el caïd. Sinon il vous coupera la tête.

Le chat alla accueillir les arrivants et dit :
Bienvenue ô Roi dans la maison de Sid el caïd.

Tout le monde entra dans le château. On mangea, on but et on s'installa pour la nuit. Le Roi dit :
Sid el caïd, tu as plus de bien que moi. Je te donne ma fille et je te lèguerai mon trône.

Sid el caïd épousa la fille du Roi et il succèda à son beau-père. Le chat devint alors le conseiller le plus en vue et le plus avisé du nouveau Roi.

Mon compte a coulé comme l'oued
Je l'ai dit pour les fils de Djouad
Les chacals, que Dieu les maudisses
Et nous, qu'ils nous bénissent.

Conte recueilli du kabyle et traduit par Hamza et Zineb Ali Benali
Contes Algériens. Christiane Achour et Zineb Ali-Benali
Media-Plus Algérie (1993) L'harmattan, 1989.


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