La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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La musique kabyle est universelle

Pleins phares sur la culture kabyle, ses chants et sa musique. Deux stars berbères en tracent les contours ." La musique kabyle est universelle ".

Le chef d'orchestre Ahmed Cherfaoui, musicien amateur depuis toujours et professionnel depuis trois ans seulement, nous raconte sa vie au travers de quelques photos. Pour lui, le langage musical ne connaît pas de frontières.

Ahmed Cherfaoui est chef d'orchestre : même pendant l'interview, son métier l'incite à conduire l'entretien. Son groupe est un " idhabalen ", un quatuor de musique abassi qui anime les mariages et les fêtes dans le respect de la culture berbère. Il connaît la musique et les mots pour en parler. De sa poche, il sort un lot de photos, les pose sur la table, et raconte sa vie, son ouvre, au fil des images, avant de repartir avec.

" Ici, c'est un concert, donné dans une fête à Vitry, un dimanche après-midi. L'équipe des organisateurs voulait faire des tracts, je les en ai dissuadés. Je travaille de manière traditionnelle, je fais venir les gens au son de mon tambour. Il n'y a pas eu de tracts : on a commencé à jouer, au bout d'une heure la salle était pleine.

" Ici, c'est le groupe dans lequel j'ai commencé à jouer, une formation traditionnelle de quatre musiciens. Devant, c'est moi qui joue du " tbal ", tambour de peaux de chèvre, deux trompettes, " iretta ", et un second tambour, derrière, le " bendir ". Je l'ai monté en 1990, avec des musiciens algériens rencontrés en France. La tenue que nous portons là est une adaptation personnelle, plus moderne, de la tenue traditionnelle des musiciens berbères : pantalons blancs, chemise brodée de même couleur, burnous, képi gris sans visière en couvre-chef, pour remplacer le foulard de tête, que je trouve dépassé. Avec ces musiciens-là, et un particulièrement, j'ai eu le problème typique des musiciens traditionnels kabyles qui se sont fait un nom en France : ils prennent la grosse tête, veulent mener le group et bâcler leurs concerts pour se faire de l'argent, en pensant que les Français, de toute façon, n'y verront que du feu. Je me suis séparé de certains et j'ai pris des jeunes kabyles d'Algérie à leur place. Seuls les musiciens d'Algérie, formés là-bas à cette musique, son sens et ses contraintes, sont capables de la représenter. Là-bas, le public ne fait pas de cadeaux aux mauvais orchestres, la sélection se fait comme ça.

" Ici, c'est une photo de moi dans un village, en Algérie, où je suis revenu l'été dernier. Je me suis promené autour d'Igoufaf, mon village natal, pour écouter les groupes qui jouent la musique berbère. J'en ai écouté vingt-cinq, je n'en ai retenu que quatre. Les autres sont bons, mais du travail les attend pour atteindre un niveau honorable. J'aimerais faire venir ces quatre groupes, mais étant donné les contraintes de visa et d'argent, c'est très difficile de faire traverser la Méditerranée à ces artistes. Je suis très exigeant sur la qualité de la musique, la mienne comme celle des autres. J'ai été l'élève de Kaci Aboudrar, un professeur exigeant, qui s'est éteint récemment à plus de quatre-vingt-dix ans, et qui m'a transmis, en même temps que les rites, la haute idée qu'il se faisait de son métier de musicien. Les jeunes chanteurs de raï jouent une musique qui doit beaucoup à la tradition, certains ne le savent même pas ! Le raï est reconnu aujourd'hui en Algérie, mais en famille ça ne passe pas : les paroles sont trop crues, elles gênent les parents vis-à-vis de leurs enfants, et réciproquement. La musique que je joue parle aussi des sentiments amoureux, mais sans paroles : c'est plus pudique.

" Ici, c'est un mariage traditionnel aux Buttes-Chaumont. Regardez, les promeneurs sont attirés par la musique, il y a des gens en jogging autour de l'orchestre ! Le mariage est un art délicat dans la culture berbère. C'est un moment très important pour les familles, il y a un rituel très délicat à respecter. L'orchestre vient chercher la mariée chez elle. À ce moment-là, une partie d'elle-même quitte la maison de ses parents pour toujours et n'y reviendra qu'à l'occasion, en tant qu'invitée. L'orchestre joue cette émotion-là, un mélange de joie et de tristesse qui déchire le cour. C'est un moment intense. Puis, on accompagne la mariée à la mairie et on ne cesse de jouer qu'au moment de l'office. Et là, souvent, j'ai eu la surprise agréable d'entendre le maire nous dire : allez, continuez, cette musique me plaît beaucoup. " Ces petits gestes réchauffent le cour de mes musiciens. Ils bossent beaucoup, c'est une récompense pour leur travail.

" Ici, c'est moi en Algérie, en Kabylie, avec les enfants d'une famille qui nous a accueillis à l'occasion d'un mariage. Les gens accueillent avec chaleur et profitent des fêtes pour oublier leurs soucis. La situation est difficile là-bas, j'y ai vu des choses terribles, que les gens essaient de cacher aux gens qui passent, mais qui crèvent les yeux : la désunion totale, le frère qui se méfie du frère. C'est cette méfiance générale qui fait que l'Algérie va aussi mal aujourd'hui. C'est pour ça que je suis contre l'autonomie de la Kabylie, présentée par certains comme la solution à tous les problèmes. Les Kabyles sont déjà divisés entre eux : diviser l'Algérie ne changera rien au problème.

" Ici, c'est moi à la Fête de l'Humanité, l'été dernier. Un très bon concert, Nicolas (le programmateur de la scène du village du monde - NDLR) me réinvite l'an prochain. Ce succès, j'ai su l'attendre. J'ai bientôt soixante ans et pourtant ça ne fait que douze ans que je joue, et trois ans que je suis " pro " ! J'ai d'abord travaillé à la chaîne, à l'usine, puis, après l'armée, je suis devenu chef restaurateur à la cité universitaire, en jouant de temps en temps, en apprenant le métier. J'ai pris le temps d'apprendre le métier. Aujourd'hui, je souhaite transmettre mon savoir au monde entier. La musique kabyle est universelle : elle vient de Turquie et a traversé les pays pour parvenir jusqu'à la Kabylie. J'ai joué avec un saxophoniste américain, un groupe suédois, on n'a jamais eu de problème pour se comprendre parce que le langage musical n'a pas de frontière.

" Pour le nouvel an kabyle, je suis invité à jouer pour BRTV, la télé berbère dont le siège est à Paris. J'aimerais intéresser les autres télévisions à la musique que je joue, celles de France et d'ailleurs. Quand on a appris comme moi la culture traditionnelle de son pays, on a envie de la transmettre au monde entier. "

Propos recueillis par Gaël Villeneuve.
http://www.humanite.presse.fr/


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