La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
ACCUEIL | KABYLIE | CULTURE | MUSIQUE | PHOTOS | FORUM
MUSIQUE
News
Chanteurs
Chansons
Vidéos

La chanson kabyle

La vitalité de la chanson kabyle : AÏT MENGUELLET, LOUNÈS MATOUB, CHERIF KHEDDAM ORGANISENT LA RÉSISTANCE.

L'ALGÉRIE VA MAL. Tous les livrets des disques kabyles parus ces temps-ci nous le rappellent. "Chaque être [y] est la victime potentielle d'un totalitarisme émanant aussi bien de l'Etat que d'une partie des prétendus opposants à cet Etat", avertit la notice de La Complainte de ma mère, l'album que vient de publier Matoub Lounès, héros éphémère et controversé d'un enlèvement par des islamistes en septembre 1994. Quant au mode d'emploi de l'opuscule très synthétisé de Massa Bouchafa, une des voix féminines de la Kabylie moderne, il indique que la carrière de "cette voix authentique" s'est installée en 1989, lors de la commémoration du printemps berbère (des émeutes avaient été durement réprimées en mars 1980) "devant quatre-vingt mille spectateurs". Claviers en nappe, belle voix : ce best-of de Massa Bouchafa, une opposante aux clivages régionaux, néanmoins berbère, tire la chanson kabyle vers son versant pop.

Comme à son habitude, le poète berbère Aït Menguellet, qui publie Le Voyageur de nuit, reste dans le registre de la discrétion. On rappellera donc qu'il fut arrêté en 1986 ce qui provoqua des émeutes en Kabylie, mais qu'il est un défenseur du Verbe et de la culture amazigh, un "artisan mélodique et quasiment un rappeur qui utilise la musique pour mieux faire passer son propos", plutôt qu'un militant. "Où êtes-vous allés, rêves ? Au pays du songe. Vous craignez de revenir Au pays qui hait la vie" (La Fuite), écrit ce sculpteur de mots, chanteur à la voix chaude, profonde, peu enclin aux concessions modernistes.

LA COMPLAINTE TELLE UNE BARRICADE !

Menguellet joue de la guitare comme ses ancêtres du luth, les percussions coulent comme des sources montagneuses. Choeurs d'hommes, balancements des rythmes, lancinements de la mélodie, il y a de l'Aït Menguellet dans Idir, le champion de la chanson intelligente à fredonner. Avec ses quelques touches de synthétiseur violoneux, de basse électrique, Le Voyageur de nuit est un superbe album, tout miel mais terriblement acéré. Il y a davantage de violence exprimée chez Lounès Matoub, musicalement plus âpre, plus sauvage, plus direct, mais aussi plus orné, à l'oriental. Lounès modernise, met des voix féminines, des flûtes et des riffs de cuivres. Même style pour les mots, Menguellet se joue des métaphores, Lounès Matoub frappe : "Je te laisse en paix, toi ma patrie. L'exil s'est emparé de mon coeur". Appels aux combattants qui ont offert leur sang en sacrifice, à "nos enfants [qui] à Paris pleurent à chaudes larmes, eux qui veulent revoir l'Algérie". Comme Menguellet, Lounès Matoub rassemble les foules, en France, et en Kabylie, où il est allé chanter en avril 1995, par défi. La Complainte de ma mère est une barricade. Pour retrouver les racines de la Kabylie chantante, il faudra écouter Cherif Kheddam, né en 1927, à Aït Bou Messaoud, en Haute-Kabylie, ouvrier dans une fonderie française après la guerre et dont la gloire s'est bâtie dans l'émigration à partir de 1955. Poète de l'amour, de la femme, de la liberté et de l'exil, Kheddam produit une musique enjouée, que les jeunes loups (Menguellet, Ferhat, Idir) n'ont pas encore épurée, pleine de violons, de derboukas, de rythmes à danser.

Le Monde - VERONIQUE MORTAIGNE mai 96


FORUMS
Music
Poésie
Tchatche
Rencontres
© Kabylie 2015 | Charte | Recommandez-Nous | Plan | Archives | Contact