La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Printemps berbère - Kabylie

Depuis bientôt deux semaines, la Kabylie est le théâtre d'affrontements sanglants entre les forces de l'ordre et une jeunesse en colère, à la suite du décès d'un lycéen tué dans les locaux de la gendarmerie. Le bilan actuel fait état d'une soixantaine de morts et de plusieurs centaines de blessés, les gendarmes n'ayant pas hésité à tirer sur la foule à balles réelles. De nombreuses organisations humanitaires ont exprimé leur profonde indignation, exigeant du pouvoir algérien qu'il ordonne une enquête impartiale sur les événements de ces derniers jours et cesse de recouvrir du voile de l'impunité les exactions innombrables commises par l'armée depuis plusieurs années.

La mort du jeune homme, tué dans la gendarmerie de Beni-Douala, une localité proche de Tizi Ouzou, a été le catalyseur d'une révolte longuement contenue par une population en proie à une oppression tant politique qu'économique et culturelle. En effet, si les Berbères de Kabylie souffrent, comme beaucoup d'Algériens, d'un manque cruel d'emplois et de logements, ils font aussi l'objet, depuis des décennies, d'un véritable déni de leurs droits fondamentaux : alors qu'ils composent près du tiers de la population de l'Algérie, leur langue (le Tamazight) n'a pas de reconnaissance officielle et leur culture est en but aux outrages de l'arabisation forcée conduite par les autorités depuis l'indépendance. A tel point que le gouvernement a interdit, en 1980, une conférence sur la poésie berbère, déclenchant une vague de protestations qui fut violemment réprimée... Le "Printemps berbère" venait de naître et c'est à sa nouvelle et rouge floraison que nous assistons aujourd'hui, vingt-et-un an plus tard. Pourtant, les Berbères ne demandent rien que le pouvoir ne puisse leur accorder : il n'est point question de séparatisme, mais seulement d'une autonomie sur le plan de l'éducation, de la culture et de la langue, seule façon de retrouver un peu de dignité.

Face à des revendications aussi raisonnables, l'attitude du gouvernement algérien semble difficile à comprendre. En effet, promouvoir les droits fondamentaux des Berbères pourrait apparaître comme la démarche naturelle d'un régime soucieux de faire obstacle à la montée de l'islam radical. Or, c'est précisément en sens inverse que les autorités se dirigent, prenant le risque de jeter une jeunesse exaspérée dans les bras des mouvements islamistes armés. Mais c'est que le pouvoir lui-même souffre d'affections qui handicapent sa lucidité : insuffisance de démocratie, omniprésence des généraux dans les hautes sphères du pouvoir, mépris des droits humains, luttes internes, corruption et discrimination sont les tumeurs qui le rongent, le poussant au monolithisme alors que la nation a un besoin urgent de libertés, de promotion de l'individu, de pluralisme culturel et linguistique... Bref, de tout ce qui permet à une société de se développer harmonieusement et de dépasser les épreuves lorsqu'elles se présentent. En somme, les Berbères n'aspirent à rien d'autre qu'à rester fidèles à eux-mêmes, refusant une fatalité qui les contraindrait de choisir entre des dirigeants qui les méprisent et des fanatiques prompts à les asservir. Une requête simple et juste, mais que seul un pouvoir libéré de ses vices serait apte à leur accorder. Mais combien d'hivers rigoureux faudra-t-il avant que fleurisse ce printemps ?

source: fraternet.com


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