La Kabylie du rebelle kabyle Matoub LOUNES
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Mohamed Fellag : « Les cris, l'espoir, les rires et les tragédies »

Fellag, vous n'êtes jamais retourné pour jouer en Algérie ?

Aujourd'hui, la situation sécuritaire ne permet pas à un artiste de travailler sur la longueur. C'est-à-dire que je pourrais aller jouer une fois ou deux, puis revenir. Mais ça ne sert à rien. Mon désir est de pouvoir aller faire une tournée de six mois et de m'imprégner de l'Algérie telle qu'elle est aujourd'hui. Je suis un acteur populaire : je parle des miens. J'ai envie de donner de la tendresse, de l'énergie, de la résistance à ces gens-là.

Vous devez leur manquer ?

Oui . Des millions de cassettes vidéos circulent en « piratage officiel », c'est-à-dire à la vitrine des magasins ! J'ai une présence de tous les jours à Alger, plus que jamais. Quand une voiture passe avec dedans quatre types qui rigolent, les gens sur le trottoir disent qu'ils écoutent Fellag ! Le rire, c'est aussi l'Algérie, comme sa générosité, sa tendresse, sa violence.

Mais moi, je n'ai pas leur cassette. Je ne connais plus leur vie de tous les jours. Cette parole me manque pour écrire des sketches qui révèlent les blessures de la société algérienne. En même temps, l'exil me pousse à faire d'autres choses, à écrire des romans, comme « C'est à Alger ». Le manque fait que j'essaye d'aller dans ma mémoire pour essayer de retrouver les choses vraiment fortes, celles qui sont là tous les jours et qui seront encore là dans 20 ans.

Votre roman « C'est à Alger », paru chez Lattès, dévoile une façon d'écrire différente.

Au théâtre, il y a du jeu, une façon d'attraper le langage : quelques mots nous disent beaucoup. Le non-dit est souvent plus important que le dit, de façon à ce que le spectateur se fasse sa propre histoire. Dans l'écriture littéraire, il faut aller chercher la précision. Du coup, j'essaye d'aller plus loin dans le cerveau des personnages. J'aime l'écriture « cinéma » : je vais directement dans la situation donnée. J'enlève tout ce qui est superflu, je ne fais pas de descriptions. J'essaye de planifier et de comprendre de très grosses émotions. Tous mes personnages sont des gens fragiles face à des situations immenses, face à l'amour, face à la mort, mais dans la vie de tous les jours. Je parle toujours du choc de la puissance sur la fragilité. Ça doit permettre aux gens qui connaissent mon théâtre d'aller plus loin, de comprendre comment les choses se passent.

Mais ce sont toujours les mêmes choses qui vous inquiètent... et nous font rire ?

Ah oui ! J'essaye toujours de forer dans ce bloc compact qui entoure la société algérienne. Les trous permettent aux gens qui sont à l'intérieur de respirer. Et ceux qui sont à l'extérieur peuvent voir et entendre ce qui s'y passe : les cris, l'espoir, les rires et les tragédies.·

Fellag, « C'est à Alger », éd. Lattès, 218 pp., 15 euros.

Le Soir du samedi 4 mai 2002, http://dossiers.lesoir.be


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